Zo ou la foi au large

Voici une relecture toute personnelle du parcours d’un artiste qui voit le large, s’en inspire pour sa propre réflexion et qui « voit large ».

D’abord, il va sans dire que cette lecture m’est propre et qu’elle n’engage pas Zo.

Zo n’a pas de problème à répondre de sa foi : « Je crois en la religion judéo-chrétienne, j’ai été élevé dans cette foi-là… », mais du même souffle, il s’en distancie : « ce qui m’amène à une recherche plus grande, carrément plus large ». On a l’impression que, comme pour beaucoup de Québécois, il se sent confiné dans l’institution, qu’il lui faut prendre le large, en Gaspésie. Paradoxalement, il continuera à décrire sa vie et son travail en terme religieux. Pour lui, il va de soi que son travail de sculpteur de bois échoué a quelque chose de très sacré.

Il assume d’ailleurs la métaphore de quelqu’un qui le décrivait comme « entre ciel et terre ». La métaphore se renforce quand il voit l’artiste comme des fils d’ange ou qu’il accepte de se voir, lui-même, comme un fabriquant de ponts (pontife) entre ciel et terre1, ou entre ce qui lui apparaît dans le bois et les gens qui viennent voir ses œuvres, voire en acheter en souvenir de leur périple gaspésien.

On peut n’y voir que des jeux mots. Mais la tendance est lourde et elle s’étoffe d’ailleurs. Certes, on ne peut le prendre au pied de la lettre quand, ce non-célibataire, se prête à une vie de moine. Cependant la métaphore se justifie quand il explicite son choix de vie pour cette région relativement isolée, démographiquement et culturellement : « J’appellerais ça, de l’innocence monastique. (Rires) Tu vis dans ta bulle, tu ne t’en rends pas trop compte. C’est un genre de prière constante, un peu comme dans un monastère, c’est très monastique ce que je fais. L’hiver, il n’y a pas un chat, c’est la neige qui tombe. Je vis dans ma maison avec mon amie, c’est tout. Je travaille 18 h sur 24. C’est comme ça, c’est une vie de moine. »

La métaphore se fonde particulièrement quand il parle de son travail. Il le présente tour à tour comme de quelque chose de spirituel, de l’ordre du recueillement, comme une prière ou une offrande : « Il n’y a pas une pièce que je fais en ne me disant pas que c’est une offrande à Dieu, à la Vie. On a tous à remettre quelque chose. J’ai un talent, je le remets. Puis je ne pose pas de questions. C’est mon chemin… »

La sculpture semble surtout pour lui profonde méditation. « Le fait de se retirer. On pense beaucoup. Le bois de grève m’amène à la méditation. […] Quand tu es en train de traiter d’un sujet – par exemple, j’ai fait un homme qui tient un poisson à bout de bras; ça représente la Gaspésie –, j’ai pu penser au travail de ces gens. Tu ne peux pas sculpter des heures de temps, sans donner une âme à ta pièce. Cette âme-là, c’est toute ta discussion avec ton bois. » Une méditation qui peut avoir une dimension anthropologique et théologique (cf. la méditation au sujet du trophée dans l’itinéraire).

Cette méditation n’a rien du « penser pour penser », comme il le dit. Elle se fait dans l’action et elle engage à l’action. Il y aura l’œuvre elle-même. Il y aura les échanges avec les visiteurs. D’aucuns repartiront avec une œuvre et continueront peut-être le dialogue entamé par Zo. Mais la méditation de Zo est aussi politique : il faut garder vivante, une région que plusieurs ont déjà condamné. C’est dans cette foulée que s’inscrit son projet d’une école de sculpture.

1. Veuillez noter que certaines références ou citations sont tirées du verbatim de l’entrevue. C’est pourquoi elles n’apparaissent pas proprement dit dans l’entrevue précédente.

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