Vivre ensemble dans un Québec pluraliste

Le secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi ose s’aventurer, courageusement et intelligemment, sur le terrain miné de l’immigration au Québec et au Canada.

L’homme est chaleureux, accueillant, aussi costaud intellectuellement que physiquement. Il parle un québécois impeccable… Mouloud Idir, issu de l’immigration algérienne, arrivé au Québec à l’âge de 10 ans, est le responsable du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi de Montréal. Provenant d’un milieu populaire et d’une famille engagée socialement, il porte une « mémoire politique » qui va de l’engagement syndical étudiant aux luttes collectives pour la justice sociale. Pour lui, c’est un choix de vie. Pas étonnant qu’il ait fait ses études en sciences politiques et qu’il se soit retrouvé au Centre justice et foi qui suit depuis plus de 25 ans les questions d’immigration au Canada et au Québec. « Ce centre est un exemple de collaboration interculturelle dans la convivialité pour notre société », affirme Mouloud Idir.

L’accueil de l’étranger, du réfugié, comme membre de la famille humaine, est une constante dans toutes les religions, surtout dans le christianisme. D’Abraham à Emmaüs en passant par l’auberge de Bethléem, Dieu se présente comme l’étranger. Pourtant, encore aujourd’hui, c’est une question brûlante qui soulève les passions et révèle la xénophobie rampante dans tous les pays. Il y a recul partout du droit d’asile et du droit de libre circulation des gens. Des questions délicates qui demandent du doigté, car elles sont hautement inflammables par instrumentalisation politique, comme dans le discours populiste de la sauvegarde de l’identité nationale et de la sécurité d’État. « Vivre ensemble travaille à la construction d’une société accueillante pour les nouveaux arrivants et dénonce les injustices qui entravent le processus d’intégration sociale et de participation citoyenne1. » Ses activités se déploient donc en lien avec trois enjeux principaux : société québécoise et pluralisme; migrations internationales et protection des réfugiés et pastorale interculturelle. Un guide substantiel a d’ailleurs été produit sur les enjeux culturels actuels au Québec.

L’intégration à une nouvelle société, à une nouvelle culture, avec son univers symbolique, ses codes de comportement, son histoire, est un processus long et complexe. Plus délicat encore dans un contexte de pluralisme socioéconomique et religieux et, depuis 2001, d’islamophobie qui stigmatise les immigrants arabes provenant de pays musulmans. L’accès au monde du travail, facteur principal d’intégration, demeure très problématique pour eux. « Les préjugés de supériorité culturelle des Occidentaux interfèrent toujours dans leur regard sur l’étranger, affirme mon interlocuteur. Comme disait Lorraine Guay, nos cerveaux sont des territoires occupés qu’il faut libérer. » Sur une note plus positive, il ajoute : « Les plus jeunes ont un rapport plus ouvert que les plus vieux avec l’univers des religions et des autres cultures, car ils en vivent la diversité et la richesse de la maternelle à l’université, en plus de s’engager dans des mariages mixtes. Mais ils sont moins conscients de l’apport du christianisme et de l’immigration dans le mouvement communautaire, les luttes sociales et syndicales au Québec. »

Les dossiers prioritaires du secteur Vivre ensemble concernent les femmes et l’immigration, les migrants à statut précaire, la traite humaine (femmes et enfants) avec le réseau CATHII2 et la communauté haïtienne. Les causes culturelles et économiques de l’émigration sont toujours actives dans notre monde. Le désengagement des États quant à la protection des réfugiés préoccupe l’équipe de Vivre ensemble qui analyse ces enjeux internationaux et intervient en concertation avec le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) et d’autres groupes. La tendance canadienne en immigration va vers des programmes temporaires de travail et de stages fondés sur la seule logique utilitariste ciblant des travailleurs qualifiés et des secteurs en demande présentant souvent des conditions précaires de travail comme celles des travailleuses domestiques et des maraîchers saisonniers en agriculture. De plus, au Québec, des dizaines de secteurs d’activités sont soustraits aux normes du travail, fragilisant ainsi davantage les droits et les conditions de vie de ces travailleurs. À entendre les opinions exprimées sur les ondes et dans les journaux, Vivre ensemble a du pain sur la planche pour faire évoluer nos perceptions et la qualité de nos relations communautaires.

1. Page d’accueil du site Internet.

2. Voir le numéro de Sentiersdefoi.info du 24 mars 2010 (vol. 5 no 10).

Le secteur Vivre ensemble produit un bulletin qui porte son nom. Site Internet : www.cjf.qc.ca

Date à retenir

15 janvier 2012 : Journée mondiale du Migrant et du Réfugié

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