Vigile au parc de l’Espoir

Des jeunes font mémoire de la trop brève vie de seize de leurs semblables qui se sont suicidés, victimes de moqueries, de harcèlement et d’agressions...

Nous étions une cinquantaine ce soir-là, le mercredi 6 octobre dernier, sous la pluie battante, avec nos chandelles, au parc de l’Espoir dédié aux personnes décédées du VIH/sida, à l’angle des rues Sainte-Catherine et Panet à Montréal. Nous y étions pour faire mémoire particulièrement de 16 jeunes gars et filles – leur photo était affichée – qui se sont suicidés cette année, au Canada et aux États-Unis, à la suite de moqueries, de harcèlement et d’agressions dont ils ont été victimes à cause de leur orientation sexuelle principalement, en plus de leur apparence et de leur habillement. Des jeunes en bas de 21 ans dont trois de 13 ans et quatre de 15 ans.

Quelque 16 chandelles plantées dans un carré de sable, disposées sous un chapiteau blanc au centre de la place, vacillaient au vent, fragiles comme nos vies. Fait émouvant : une grande majorité de jeunes composait ce rassemblement. L’organisateur de ce rassemblement, Jean-Pierre Roussain, ami de la Maison Plein Cœur, et Pierre-Olivier Laliberté, représentant de GRIS Montréal1, nous firent comprendre qu’il y avait encore beaucoup à faire pour contrer l’homophobie. La moitié des écoles du Québec refuse de placer dans l’agenda des étudiants et étudiantes le numéro de téléphone de la ressource Gai Écoute. Après avoir nommé chacun des jeunes disparus et évoqué les circonstances ayant conduit à leur suicide, nous avons gardé quelques minutes de silence. Nos chandelles s’éteignaient souvent sous le vent comme pour nous rappeler qu’il est facile de perdre la motivation ou d’oublier et qu’il faut se rallumer sans cesse les uns aux autres. Ce que fit cette rencontre.

J’étais très fier de faire partie de la paroisse inclusive Saint-Pierre-Apôtre qui travaille intelligemment à l’élimination de cette arme mortelle qu’est l’homophobie, et d’autres formes d’exclusion sociale. Chacun et chacune peut faire sa part dans son milieu en informant les gens, en étant à l’écoute des jeunes en détresse, en intervenant auprès d’eux, en s’affirmant contre les blagues et les insultes homophobes qu’on laisse trop souvent passer par négligence ou manque de courage. Les religions sont généralement productrices d’homophobie, mais depuis quelques décennies, les recherches des sciences humaines et les relectures contextuelles de la Bible ont conduit plusieurs Églises chrétiennes à développer un autre discours et d’autres pratiques au nom même de l’Évangile.

La paroisse Saint-Pierre-Apôtre a produit des articles sur la question en lien avec la foi chrétienne pour aider les plus vieux et les plus vieilles qui ont des « références morales religieuses anciennes fortes » à se resituer quant à cette question controversée. Pour ces communautés, être homosexuel n’est pas une tare, ni une maladie, ni un péché. Le cœur de la pratique chrétienne est l’amour des autres et de soi. Jésus ne passait pas à la loupe la vie sexuelle de ses interlocuteurs. Il allait droit à l’essentiel : la personne. Il a accueilli à bras ouverts tous les marginalisés, exclus et blessés par les jugements et les condamnations des hommes religieux de son temps.

1. « Le GRIS-Montréal (Groupe de recherche et d’intervention sociale) est un organisme communautaire sans but lucratif dont la mission générale est de favoriser une meilleure connaissance, en milieu scolaire, des réalités homosexuelles et de faciliter l’intégration des gais, des lesbiennes et des bisexuels dans la société. Comme pour la lutte contre le racisme, l’intégration d’une minorité dans la société ne peut se faire qu’en s’efforçant d’éliminer l’ignorance et les préjugés. » www.gris.ca

Gai Écoute : 1 888 505-1010 ou 514-866-0103 www.gai-ecoute.qc.ca

À lire

« L’homosexualité nous interpelle », dans revue Prêtre et pasteur, juillet-août 2010. Revue disponible à : laverdureg@gmail.com. Coût : 5 $ poste incluse.

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