Une vie dans les pas du Nazaréen

Comprendre la société d’aujourd’hui et dénoncer les causes des injustices. Puis, marchant dans le projet social de Jésus, collaborer avec humilité au Souffle qui traverse nos vies et notre histoire. Voilà le chemin suivi par Jean-Paul Saint-Amand.

SDF – D’où venez-vous?

Je suis né à Saint-Hyacinthe en 1947 et j’y vis toujours. Je suis le septième d’une famille de huit enfants. Je suis marié depuis 1969, j’ai quatre enfants dont deux filles et deux garçons. Je suis grand-père aussi d’une petite-fille et d’un petit-fils.

SDF – Quelles sont vos responsabilités actuelles?

Depuis 1989, je suis responsable de la pastorale sociale pour le diocèse de Saint-Hyacinthe. J’ai participé à la fondation et à la mise en place de diverses associations communautaires et ecclésiales. Actuellement, je vis une grande implication dans une coalition d’organismes nommée Solidarité populaire Richelieu-Yamaska qui lutte pour la justice sociale. Je me désigne comme un militant engagé dans le mouvement communautaire et préoccupé par la justice sociale. Avec mon passage à la permanence nationale de la JOC, j’ai maintenant 43 ans de permanence dans l’Église.

SDF – Qu’est-ce qui vous a conduit dans ces engagements sociaux?

J’ai commencé à m’engager parce que quelqu’un m’a appelé, m’a fait une proposition. Ça a été le point de départ d’une mise en route qui dure depuis plus de quarante ans. Toutes les personnes que je connais ont eu préalablement une proposition pour les mettre en marche. Je suis donc sensible à l’importance de l’appel qui est à la base de nombreux engagements et de plusieurs actions.

« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et toutes ces choses vous seront données par surcroît. » (Matthieu 6, 33)

Une expérience marquante pour moi a été lorsque j’ai fait mes premiers pas dans l’engagement social en m’impliquant de plus en plus dans la JOC. J’étais motivé par les paroles de Cardjin : « Un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde1. » Une école de vie, une pédagogie qui correspondait aux valeurs que je portais. Un lieu inestimable où j’ai pu identifier mes forces et mes limites et progresser dans la confiance en moi. Grâce à ce rassemblement de jeunes travailleurs et travailleuses, j’ai pu améliorer mes propres conditions de vie tout en améliorant celles des autres. C’est là que j’ai compris la force d’un groupe et la portée de la solidarité. Fort de cette solidarité, j’ai osé des gestes, j’ai osé la parole, j’ai osé être et j’ai défoncé les murs de la solitude. La solidarité, c’est la lumière au bout du tunnel.

C’est aussi dans la JOC que j’ai fait mes premières analyses sociopolitiques avec la méthode voir-juger-agir, où j’ai pris conscience qu’il y avait des causes aux situations que nous vivions : qu’elles n’étaient pas le fruit du hasard, qu’elles dépendaient du système économique et politique dans lequel nous vivions. J’ai réalisé également que ma vie était interreliée à celle des personnes qui m’entouraient. Cet engagement s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui. Pour moi, la militance est maintenant un choix de vie. Mon passage dans la JOC a fait naître en moi un militant et un chrétien, ce qui est probablement la même chose.

SDF – Quelle fut votre expérience marquante?

Au cours des années 1980, j’ai vécu une expérience forte qui m’a marqué; j’ai été engagé activement dans une coopérative alimentaire. Cette expérience a duré près de dix ans. Elle s’est terminée par un échec, ce qui m’a plongé dans une crise de l’engagement. Au fond, j’avais pris conscience de l’écart existant entre le changement que nous souhaitions et notre rêve d’une société meilleure d’une part et, d’autre part, des faibles capacités et des petits moyens disponibles pour les réaliser. Mais même les petits moyens avaient échoué! J’ai mieux compris qu’il fallait situer notre lutte dans le long terme. Comprendre qu’on n’est pas les premiers militants et qu’on ne sera pas les derniers. C’est une grande chaîne de solidarité dans laquelle on a à s’inscrire pour faire avancer toutes les causes sociales possibles. En ayant cette vision, tu comprends que des projets vont tomber, mais que, toi, tu ne tomberas pas.

J’ai laissé tomber l’illusion de parvenir à un changement radical du monde pour collaborer avec humilité au Souffle de vie qui traverse nos vies et notre histoire de façon souvent déroutante. J’ai décidé de me mettre au service du projet de Jésus de Nazareth, de le découvrir avec d’autres et de m’abandonner. Ainsi, je peux situer mes petits espoirs dans une espérance plus large et rêver avec d’autres à une société où il y aura davantage de justice, de paix, de partage des richesses, de respect pour l’environnement. Je suis convaincu que Dieu est en train de construire un monde nouveau avec la collaboration de tous ceux et celles qui acceptent de promouvoir la vie. Je crois que mon amour pour Dieu ne peut être vrai que si j’aime les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

SDF – Et votre référence à l’Évangile?

N’est-ce pas ce Souffle qui soulève aujourd’hui tous les « indignés » du monde?

Ma référence à Jésus de Nazareth est fondamentale. Ma foi ne se réduit pas à une recherche uniquement intérieure d’une rencontre avec mon Dieu. Celui-ci est le Dieu de tous et toutes, et se préoccuper du sort de nos frères et sœurs, chrétiens ou pas, est une exigence cohérente pour suivre Jésus, car une foi sans les œuvres est une foi morte. Peut-on adhérer à Jésus en mettant de côté son projet? Ne perdons pas de vue que Jésus était entouré de personnes ou de groupes rejetés : publicains, malades, Samaritains, femmes, petits, etc. Pour Jésus, Dieu est préoccupé de droit et de justice. Il s’inquiète du manque de pain et il s’oppose aux inégalités. Pour Jésus, la Bonne Nouvelle est destinée à tous les humains et le signe qu’elle se réalise, c’est lorsqu’elle se réalise pour les pauvres. Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez (cf. Matthieu 11, 4).

SDF – Ce n’est pas chose facile aujourd’hui de demeurer dans l’Église…

J’aurais eu beaucoup de raisons de la quitter, mais j’ai choisi de maintenir cet engagement malgré les faiblesses constatées. J’essaie de comprendre les difficultés et les défis qui la concernent et je cherche des solutions adéquates; je la critique parce que je l’aime et je crois qu’elle peut s’améliorer. Une Église incarnée et amoureuse du monde d’aujourd’hui fait partie aussi de mon rêve d’un monde meilleur. Je crois que Dieu agit dans l’Église. Je veux lui faire confiance!

Se soucier des personnes et des choses, c’est leur donner notre attention,
nous approcher d’elles, leur ouvrir notre cœur, entrer en communication avec elles,
leur donner de la valeur et les comprendre dans leur être profond.
Ce dont nous nous soucions est ce que nous aimons.
Leonardo Boff

1. Mgr Cadjin, fondateur de la JOC et reconnu comme inspirateur des mouvements d’action catholique.

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