Une grande respiration commune, libératrice

La liturgie est un acte profond, un souffle, une respiration, un grand mouvement qui doit s’appuyer sur quelque chose, et ce quelque chose, selon Richard Boisvert, c’est la musique de la voix.

Richard Boisvert se nourrit de musique, sa spiritualité aussi. Sa rencontre avec un homme – André Gouzes – et sa musique liturgique – la Liturgie chorale du Peuple de Dieu – l’inspire profondément.

« La musique précède tout »

Pour Richard Boisvert, la musique constitue un moyen d’expression qui nous dépasse et qui, bien au-delà des mots, nous ouvre sur les plus grands mystères… La musique est le reflet de « quelque chose de fondamental, de très intuitif et personne n’a véritablement de prise là-dessus. Elle est un lieu universel où tout être humain peut se retrouver et entrer en contact avec quelque chose de plus grand que lui – difficile à nommer – dont tout le monde sent l’importance. Tout ce qui est véritablement musique nous le fera sentir, nous y amènera. »

Il y a aujourd’hui une forme de liturgie chrétienne qui tient de l’étreinte réservée, de la cérébralité stérile et désincarnée.
A. Gouzes

« Il ne faut pas essayer de restreindre la grandeur de ce mystère », reprend le musicien. Dans les années 1990, alors professeur de musique dans un collège de Saskatchewan, il a la charge de faire répéter à ses élèves les chants de la messe obligatoire. Il se retrouve confronté au répertoire « assez peu inspirant ni inspiré de chants qui sonnent vide et creux », un répertoire, selon lui, « propagandiste, détaché de la Parole, du souffle de la Parole ».

Pour monsieur Boisvert, la pratique religieuse est saine en soi : « Elle est un besoin pour l’esprit et le corps. » Cependant, il n’adhère plus aux célébrations qui, en général, sont « tristes à mourir » et qui sont davantage des récitations que des célébrations; pas plus d’ailleurs qu’aux chants-thèmes que l’on jette après usage chaque année. Certes, ces derniers peuvent aider à faire chanter les gens ensemble, mais les amèneront-ils à croire « à ce qu’ils font ensemble à ce moment-là? Être vrai et en accord avec ta foi n’est pas synonyme de répéter des formules. C’est pas la vie, c’est pas la musique… » D’après lui, les croyants doivent se rassembler dans un acte désintéressé, gratuit, naturel. « Il faut des chants qui ont un certain pouvoir, sinon ça ne vaut pas la peine. On peut ainsi échapper à nos petites certitudes, nos limites, nos routines et partir ensemble vers le sacré… »

Laissons le chant libre…

La Liturgie chorale du Peuple de Dieu chante les Écritures et les hymnes séculaires de l’Église. On y a voulu rendre aux fidèles, dans leur langue, les richesses musicales grégoriennes trop longtemps réservées aux moines. Elle s’est répandue dans plusieurs pays depuis une vingtaine d’années, mais elle est encore peu connue au Québec. Près de 5 000 chants laissent ainsi place à la poésie de la Parole qui s’exprime simplement, a cappella, « loin des stéréotypes, de la façon la plus naturelle ».

Par le chant, on commence à ressentir les premières vibrations de la résurrection!
A. Gouzes

Les visites de monsieur Boisvert à Sylvanès (l’abbaye cistercienne, en France, qui abrite toute cette effervescence spirituelle et musicale née de l’initiative du frère Gouzes, dominicain) lui ont permis de voir là « des pratiques très vivantes et très intégrantes de l’assemblée. Tous se sentent dans un même mouvement, une même voix, une même direction, venant s’abreuver à la même source. On se sent emportés tous ensemble : choristes, fidèles, chef de chœur, visiteurs de passage; c’est difficile d’y résister! Cette musique ne peut que rassembler les gens. Elle est une grande respiration commune, libératrice. On y voit beaucoup de conversions; les gens trouvent là ce qu’ils ne savaient même pas qu’ils cherchaient! […] Ce qu’on vit là-bas, on devrait le vivre ici à chaque dimanche! »

Dans son petit laboratoire québécois qu’est l’Ensemble vespéral de Québec, Richard Boisvert installe doucement cette découverte musicale pleine de promesses de renouveau liturgique, confiant envers ses effets apaisants, libérateurs… et inspirants. « Si elle [cette liturgie] a résisté à cette épreuve redoutable de sa réappropriation par le peuple chrétien, sans bénéficier d’aucun soutien officiel des instances de la pastorale liturgique, c’est sans doute parce qu’elle avait retrouvé ces rythmes profonds qui, depuis des siècles, trament et structurent la prière de l’Église, rendent sensible à l’âme humaine l’immensité du mystère divin…1 »

1. Gouzes, A. Sylvanès, histoire d’une passion, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 84.

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