Une foi qui a de la boue après les pieds

« Nous, des JSQ, avons choisi de marcher ensemble pour nous apprendre mutuellement de nouvelles façons d’espérer. » Un texte de Guy Paiement.

Certains groupes ont décidé de prendre la parole et de montrer que beaucoup de croyants et de croyantes sont ailleurs. Le réseau des Journées sociales du Québec en est un bon exemple. Un certain nombre de nos parents et de nos amis d’origine catholique ont rejeté le joug d’une religion aliénante et nous partageons depuis longtemps leur démarche. D’autres ont approfondi la responsabilité inhérente à une conscience adulte et cherchent avidement des lieux de discernement spirituel. La plupart d’entre nous partagent aussi la précarité de milliers de personnes qui cherchent d’autres façons de vivre que celles que tentent de nous imposer les chantres d’une économie qui se pense toute-puissante.

Nous avons choisi de marcher ensemble pour nous apprendre mutuellement de nouvelles façons d’espérer. Peu à peu, nos efforts dessinent une alliance têtue avec un peuple qui cherche à vivre dans un nouveau contexte international, qui connaît la fragilité et l’ouverture à de multiples cultures, qui souffre d’être ballotté par des courants économiques qu’il ne maîtrise pas et qui, pourtant, fait montre d’une créativité certaine dans tous les domaines.

Nous sommes ainsi plusieurs centaines de personnes à participer aux Journées sociales. Ces dernières constituent un vaste réseautage de chrétiens et de chrétiennes. On y trouve des membres de groupes communautaires, des syndiqués, des responsables de pastorale, des universitaires, des prêtres, des religieuses et des personnes sans affiliation, intéressées par les échanges proposés. Nous réfléchissons ensemble à des enjeux sociaux qui traversent l’ensemble du Québec.

L’une des convictions qui se dégage le plus fortement de toutes ces années demeure la suivante : les chrétiens et les chrétiennes n’ont pas de lieu social dont ils seraient les seuls propriétaires, si bien que l’agenda de ceux et celles qui luttent pour plus de dignité et de justice doit devenir leur propre agenda de croyants et de croyantes. C’est là leur chemin et la terre où il leur faut semer dans la confiance d’une moisson qui ne leur appartient pas. Elle comporte sa propre lumière : marcher ensemble, tout en respectant ses découvertes et celles de l’autre, permet souvent à la gratuité de s’infiltrer, si bien que la main qui donne n’est plus au-dessus de la main qui reçoit. Découvrir que nous sommes engagés, ensemble, dans un même itinéraire, où chacun donne et reçoit, ne peut que creuser cette condition de nomade qui nous est commune.

Comme l’inconnu qui a croisé les disciples désabusés qui s’en retournaient à Emmaüs après la mort du Galiléen, l’autre demeure un monde à découvrir. La personne qui n’est pas à la table collective demeure la question permanente qui met en cause l’organisation du repas et la distribution des richesses qui s’y trouvent. S’il est une découverte partagée par plusieurs aux Journées sociales, c’est peut-être cette admiration devant notre histoire humaine qui est lourde d’une Présence qui nous précède et nous accompagne, ce frémissement d’un Souffle qui finit par soulever cette lourde pâte humaine que nous sommes et à en faire du pain qui se partage.

Ces convictions trouvent leurs racines dans la pratique du Nazaréen. Il a dénoncé les rites et l’institution du Temple en prenant toujours le parti de l’exclu et nous a laissé, à la Cène, l’anticipation de l’avenir visé, où le pouvoir serait devenu un service et où tout le monde serait à table en train de partager les biens de la terre et de l’esprit. Ses amis ont reconnu qu’il était toujours vivant au milieu d’eux et qu’il leur donnait son Souffle pour se remettre sans cesse debout, ce que signifie ressusciter. C’est pour témoigner de cette foi dans un avenir humain qui doit demeurer ouvert que nous prenons la parole. Cette foi a de la terre après les pieds et il est bon qu’il en soit ainsi.

Texte de Guy Paiement
pour le Collectif des Journées sociales du Québec

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