Une expérience liturgique porteuse d’avenir

La « messe qui prend son temps » ouvrira-t-elle de nouveaux sentiers pour les assemblées dominicales et, ainsi, façonnera-t-elle de nouveaux rapports en Église?

Colette Beauchemin, membre de l’équipe des services à la mission au diocèse de Saint-Jean- Longueuil, nous présente une expérience liturgique de terrain : la messe qui prend son temps. Cette activité novatrice tient compte des besoins propres aux jeunes adultes. À partir de cette expérience, que pouvons-nous espérer de nos pratiques liturgiques habituelles? Cette question guide notre réflexion. Elle interpelle notre manière de célébrer l’eucharistie pour évaluer la place que nous faisons au climat d’intériorité. Elle nous encourage à choisir des gestes qui rendent la messe plus participative. Nul doute qu’elle stimule notre créativité en liturgie pour favoriser, au-delà des mots, des temps de silence.

Certains jeunes adultes commencent un cheminement de foi. Ils sont à la recherche d’un sens à la vie et d’une expérience d’intériorité. La « messe qui prend son temps » est l’une des propositions qui permet de répondre à leur besoin de développer leur relation à Dieu. Il semble qu’une telle célébration eucharistique par ses chants, son temps de méditation et son rythme plus lent structure leur foi chrétienne. Lorsqu’on observe l’expérience de la « messe qui prend son temps », on apprend qu’il peut y avoir des liturgies accueillantes aux jeunes adultes. Certes, ce ne sont pas tous les jeunes qui ont un intérêt à se réunir pour célébrer une telle liturgie. On peut s’attendre plutôt à un petit groupe. Là où une paroisse fait confiance à de jeunes adultes pour leur permettre de prendre en main la préparation et l’animation d’une eucharistie, elle étanche leur soif d’intériorité; elle prépare l’avenir.

L’expérience liturgique de la « messe qui prend son temps » est aussi un lieu propice qui permet à de jeunes adultes de découvrir les Écritures. Habituellement, la messe dominicale nous convie à une posture d’écoute. La « messe qui prend son temps » propose plutôt une posture de prise de parole lors d’un partage biblique. Ainsi, elle est plus attentive à nos contemporains qui désirent exprimer leur point de vue et réfléchir à partir de leur propre expérience. Leurs témoignages ont souvent plus d’impact chez les autres qu’un enseignement.

Certaines assemblées liturgiques risquent parfois la mise en œuvre d’un partage de la parole de Dieu au moment de l’homélie. Cela demande de bien préparer l’assemblée à cette nouveauté. C’est une activité audacieuse qui permet à des personnes de s’exercer à prendre parole pour lier ce qu’elles vivent quotidiennement au texte biblique. Une paroisse se renouvelle lorsqu’elle organise occasionnellement un partage de la parole de Dieu dans des assemblées liturgiques ou de petits groupes.

La méditation et le long moment de silence occupent une place de choix dans la « messe qui prend son temps ». Certains jeunes adultes cherchent des lieux pour s’arrêter et se recueillir dans le calme. Le quotidien de leur vie les entraîne dans le brouhaha de la vie étudiante ou du travail qui risque de les détourner de la Présence qui habite leur cœur. Où peuvent-ils trouver un temps de silence pour faire le calme en eux et prier? La liturgie dominicale a une carte à jouer pour répondre à leur aspiration en leur faisant vivre une eucharistie rythmée par des moments de silence.

Chacun et chacune connaît des assemblées liturgiques qui ne bousculent pas leur célébration; elles se donnent des moments de silence recueilli. C’est spécialement important après l’homélie et la communion. Il y a aussi ces pauses possibles après les lectures. De tels moments de silence qui ponctuent la liturgie deviennent des chemins de communion avec Dieu. La « messe qui prend son temps » nous relance dans notre capacité de préparer un rassemblement dominical qui valorise un climat d’intériorité, une manière différente d’approfondir les textes bibliques et des temps de silence. Dans ce sens, la Présentation générale du Missel romain (2002) signale l’importance d’intensifier chez les baptisés « la faim de la parole de Dieu » (CA no 11) ainsi que des moments de silence « de manière à favoriser la méditation » (nos 45, 56). Pour que notre Église demeure accueillante aux familles et aux jeunes, puisse notre liturgie eucharistique devenir la messe où nous pourrons prendre le temps de célébrer notre foi.

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