Une Église « tricotée serrée » avec le monde

Les anniversaires sont des occasions de mettre en évidence l’enracinement ecclésial en terre québécoise. Ce que le 35e anniversaire du Centre Saint-Pierre a manifesté clairement.

Le corps social, comme le corps ecclésial, est tissé d’une multitude de réseaux. Comme les fils d’un tissu ou les ramifications du système sanguin, ces réseaux maintiennent le corps vivant et en santé. C’est en assistant à des colloques, à des conventions et à des anniversaires de fondation d’organismes qu’on réalise la vitalité et la nécessité de ces canaux pour garder le Québec en santé. Quant à l’Église, dans la population, elle est souvent réduite à sa partie la plus visible, soit la bâtisse, soit ses cadres dont le pape. Ce n’est que la fine pointe de l’iceberg. Tout le reste est dans l’eau : l’Église « peuple de Dieu » immergée dans le monde, et qui devient visible lors de ces rassemblements de fêtes et de solidarité1.

Ainsi se sont rassemblés, pour le 35e anniversaire du Centre Saint-Pierre, des citoyens, des militants représentant de nombreux groupes sociaux qui défendent la dignité et les droits de leurs concitoyens : des groupes populaires et des regroupements d’organismes (Collectif de lutte à la pauvreté, RAPSIM pour les personnes itinérantes), des centrales syndicales (FTQ, CSN), des regroupements féministes (FFQ), d’autres groupes (le Chantier de l’économie sociale, FRAPRU, Amnistie internationale), des chrétiens engagés dans ces réseaux et des représentants de la pastorale locale et diocésaine et de la Conférence religieuse canadienne. Un maillage serré et coloré. Tous ont manifesté leur grande appréciation pour l’existence de ce centre, son ouverture et la qualité de ses services. Sa mission se résume ainsi : « Le Centre Saint-Pierre est un carrefour multiressources d’évangélisation, d’éducation populaire et un lieu de débat public. Le Centre Saint-Pierre est engagé dans la promotion des valeurs évangéliques de la justice sociale et de la dignité humaine, de la démocratie et de la solidarité de la foi en Dieu et de la spiritualité. » (site Internet du centre) Dans cet esprit, le cinq-à-sept de retrouvailles était suivi d’une table-ronde, animée par Gérald Larose, portant sur la question : « Où en sommes-nous au Québec avec la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale? »

Dans l’introduction du programme des activités du 35e intitulé « Changer le monde avec le monde », Raymond Levac, directeur du centre, fait un bilan révélateur de ces années : « Combien d’organisations ont été fondées en ces murs. Combien d’assemblées générales, de conférences de presse, de rencontres de formation, de débats publics! Quand on pense que, chaque année, plus de 100 000 personnes y sont venues pour y vivre leur engagement citoyen, leur utopie pour une société plus juste, plus démocratique, plus sensible au bien-être des personnes. Ce n’est pas pour rien qu’on a parlé du Centre Saint-Pierre comme d’une agora du mouvement social du Québec. C’est aussi un lieu où des milliers de personnes ont pu se faire accompagner dans leur recherche spirituelle et leurs besoins d’approfondissement d’une foi chrétienne qui soit en syntonie avec leur désir d’engagement et les valeurs nouvelles de la culture contemporaine auxquelles ils adhéraient. » La renommée du Centre Saint-Pierre atteint tout le Québec.

Fondée par la communauté des Oblats de Marie immaculée en 1973, soutenue depuis par une vingtaine de communautés religieuses, l’initiative se voulait dans la suite de l’implication oblate dans ce quartier ouvrier du Centre-Sud de Montréal, le « Faubourg à m’lasse ». Ils étaient présents nombreux, les oblats, à se réjouir de l’évolution du centre et de la maturité qu’il a atteinte. Le provincial, Jean-Claude Gilbert, a rappelé combien la justice sociale était au cœur de leur mission et trouvait sa source directement dans l’évangile. Le poids des années se faisant sentir dans la communauté oblate, les « baptisés-citoyens de la cité », hommes et femmes, ont pris la relève de l’œuvre depuis bien des années. C’est aussi la même relève qui prend sa place depuis des dizaines d’années dans les paroisses. Les communautés religieuses ont bien semé l’Évangile dans la terre québécoise, solidaires des plus pauvres. Elles ont bien entouré et accompagné les jeunes plants. Le temps a passé. Les jardinières ont vieilli. Les fruits sont là partout, savoureusement évangéliques.

1. Voici quelques noms connus de ces réseaux ecclésiaux : le Centre Saint-Pierre, le Centre Justice et foi, l’Entraide missionnaire, le Carrefour de participation, ressourcement et formation (CPRF), le Forum social québécois, le ROJeP, le Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO).

Centre Saint-Pierre : www.centrestpierre.org 514 524-3561

Centre missionnaire oblat : www.oblats.qc.ca/CMO/

Apostolat international, revue missionnaire oblate : www.oblats.qc.ca/apostolat

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