Une école de vie et de dignité

La JOC est bien vivante et s’inspire toujours de ce Jésus, travailleur et rassembleur, et des témoins d’aujourd’hui. France Labrie, permanente nationale du mouvement, en témoigne.

« Un jour, une amie est allée à un lave-auto de la JOC à Longueuil, puis s’est impliquée. Comme j’étais à la fois étudiante en théâtre et travailleuse comme agente de sécurité, elle m’a demandé de faire une vidéo sur la JOC pour une soirée festive. » Ainsi débute le parcours d’engagement de France Labrie dans ce mouvement dont elle est devenue la permanente nationale en 2009. Elle poursuit : « Je me souviens du vieux film en noir et blanc qui présentait le fondateur, Cardjin, et qui résumait ainsi la vie de travail des jeunes : produire! produire! » Avec quelques amis qui formeront son équipe de base, France passera une semaine, jour et nuit, à créer la vidéo. Ayant eu à quitter son milieu familial pour ses études, elle trouvera une véritable famille dans la JOC.

Défendre ses droits et sa dignité

Heureusement, car au travail, seule femme entourée d’hommes plus âgés, elle vit du harcèlement psychologique et sexuel. À 19 ans, elle ne parvient pas à nommer ce qui lui arrive et devient vite triste et dépressive dans ce climat de peur et d’agression. Elle en parle à Bernadette Dubuc et à Isabelle Pépin de la JOC qui l’informeront sur ses droits et les normes du travail au Québec. Elles l’appuieront dans ses démarches auprès de son syndicat et du patron, qui ne bougeront pas, puis auprès des Droits de la personne où on lui apprend que les procédures peuvent prendre jusqu’à deux ans. Ce qui la décourage. Son patron finit par la changer de place, mais ses heures de travail s’en trouvent diminuées. Réfléchissant avec des anciennes de la JOC, elle quittera son emploi non sans avoir vécu une confrontation digne d’une scène de cinéma où six patrons masculins dans la cinquantaine, de la compagnie de sécurité, débarquent à son bureau, en veston et cravate, avec deux représentants syndicaux, pour une séance de médiation… Elle recevra 1 500 $ de dédommagement pour trois ans et demi de harcèlement. Elle conclut : « La JOC m’a dit que j’avais des droits et de les défendre. Ce que j’ai fait avec leur soutien. Avec ces militantes, j’ai vu plus clair sur le système social d’oppression et d’exclusion dans lequel nous vivons. La méthode voir-juger-agir m’a permis d’en comprendre les mécanismes et les causes et d’agir en solidarité. »

« Un vrai job, c’est un droit. »
– La JOC

Depuis son implication à la JOC, France confie qu’elle a beaucoup changé et mûri. Bien qu’elle ait eu un exemple de combativité dans sa famille – « ma mère s’est battue toute sa vie pour défendre ses droits et ceux de mon frère handicapé », dit-elle –, elle n’avait pas confiance en elle. C’est avec la JOC qu’elle a découvert et développé ses forces et retrouvé l’estime d’elle-même. Son sentier d’engagement illustre bien comment fonctionne la JOC, c’est-à-dire en partant de la réalité quotidienne des jeunes dans leur milieu de vie : longues heures de travail (9-10 heures) sans pause, même pour les besoins élémentaires, salaire minimum, jobs atypiques, à temps partiel ou en disponibilité, petits travailleurs autonomes aux contrats contraignants comme une prison, harcèlement au travail. « Comment se sortir de la pauvreté dans ces conditions? Avec 25 heures par semaine, c’est impossible. Ces situations sollicitent constamment mon indignation », affirmera France.

Pour son 75e anniversaire en 2007, la JOC a monté un spectacle, à Québec, présentant plusieurs tableaux en mode voir-juger-agir sur des réalités que vivent les jeunes de Québec, de Montréal, de Saint-Hyacinthe. À Montréal, l’équipe de Côte-des-Neiges regroupe plusieurs immigrants qui se heurtent aux préjugés et aux difficultés d’adaptation, surtout en milieu de travail. La campagne nationale de la JOC portera cette année sur le harcèlement psychologique et l’endettement des jeunes, en concertation avec d’autres groupes comme le Front de défense des non-syndiqués.

C comme dans…

Puis, je lui pose la question incontournable… qu’elle attendait : « Et le C de la JOC, c’est rendu quoi? » Elle affirmera avec conviction : « Les gens de la JOC sont des missionnaires qui font sur le terrain ce que dit la Bible. Ils sont moins des pratiquants du dimanche que du terrain. La foi prend du temps et est reliée à l’engagement. Le Dieu argent-consommation prend de plus en plus de place dans leur vie. Comment les sortir de son emprise pour les tourner vers le Dieu qui est amour/amitié, entraide, solidarité, famille? L’amitié et le groupe étant les premières choses qu’ils viennent chercher à la JOC. Les jeunes travailleurs sont concrets, terre à terre. Ils ne comprennent pas les discours et les écrits officiels, sinon dans leurs propres mots. C’est tout un défi pédagogique pour nous, car leurs parents leur ont transmis leurs préjugés. Alors, ils doivent découvrir le C en pratique, en marchant avec nous. »

« La JOC est une école de vie et de dignité. Pour moi, la résurrection, c’est tous les jours quand quelqu’un retrouve sa dignité. »
– France Labrie

Si cette femme si engagée a clarifié sa foi et persévère dans ses engagements, c’est qu’elle a rencontré des témoins crédibles et qu’elle y retrouve son Souffle. « La parole de Jésus m’éclaire pour voir la réalité d’aujourd’hui. L’exemple du Jésus-terrain qui va chercher d’autres travailleurs, cela m’inspire. Dieu est pour moi comme un projet de société, de famille », affirme-t- elle. Mais il y a aussi les témoins d’aujourd’hui, près d’elle : « Bernadette Dubuc, une mère pour moi; Lucie Lépine, qui rend la Bible et la « religion » bien concrètes pour moi; Josée Desrosiers, ex-présidente internationale du mouvement, toujours présente; Françoise David, Jean-Paul Asselin, Denis Plante. » Elle affirme croire aux amis, à l’amour, à la famille et à la dignité. « Ma spiritualité, c’est aider des jeunes à prendre conscience de leur dignité, personnelle et collective. Je vois la vie qui repousse partout. Pour moi, la résurrection, c’est tous les jours quand quelqu’un retrouve sa dignité. »

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