Un petit creux spirituel? Bienvenue aux cinq-à-sept

À New Richmond, sur la rive de la baie des Chaleurs, une soif d’amitié nouvelle se fait sentir. À l’initiative d’une pasteure, des personnes en recherche spirituelle vivent des soirées de partage au-delà des confessions et des catégories habituelles.

Autrefois, dans la ville de New Richmond, en Gaspésie, qui était à majorité anglophone, les rapports entre les protestants et les catholiques se faisaient rares. Aujourd’hui, le paysage a changé : chaque mois, un groupe de personnes, composé de catholiques et de membres de l’Église unie – personnes à la retraite, mais aussi quelques jeunes fin trentaine et un jeune du secondaire accompagné de son grand-père – se retrouvent, lors d’un cinq-à-sept, dans la salle communautaire attenante à l’église St-Andrews pour partager leur foi, nourrir leur engagement et discuter de questions qui les préoccupent…

C’est à l’initiative de la pasteure de l’Église unie, Darla Sloan, que ces rencontres ont pris forme. Elle et son conjoint, Denis Fortin, ont tenté de rejoindre la population francophone, nominalement catholique, mais comme partout majoritairement absente des rassemblements liturgiques. Elle raconte avec bonheur encore comment l’idée a surgi : « J’étais à la piscine municipale, dans le temps de Noël. Souvent je parle de ma foi, je ne suis pas gênée. J’ai discutée avec une dame. Quand on rencontre des gens, ils demandent souvent ce que l’on fait dans la vie. J’ai dit : “je suis pasteure”. La dame a réagi : “C’est donc ben le fun d’avoir quelqu’un avec qui on peu parler de ces choses-là!” Souvent, même si on est pratiquant, ce n’est pas lors de cultes ou des messes qu’on va poser des questions. Je suis revenu à la maison et j’ai dit à Denis : il faut que l’on fasse de quoi. »

Réunir des gens qui ont soif

« On a pensé proposer des cinq-à-sept spirituels, une formule pas trop menaçante, et s’inspirer des gens qui viendraient, ajoute Denis Fortin, qui participe à l’organisation et à l’animation des rencontres. Le recrutement s’est fait par le journal local, des affiches à la pharmacie, à l’épicerie écologique et par le bouche à oreille. Notre objectif était de réunir des gens en recherche spirituelle, des seekers comme on dit en anglais, autour d’une réflexion et d’une expérience de partage, de méditation à la lumière de la tradition chrétienne, dans une perspective œcuménique et socialement engagée. Les gens qui sont venus, ce sont des catholiques, déjà engagés dans leur paroisse ou leur milieu, mais qui n’ont pas de lieux d’échanges. Et qui aussi sont curieux parce qu’ils en savent très peu sur les protestants. C’est devenu un lieu d’échange œcuménique pour des gens engagés, qui n’ont pas de lieu pour échanger sur leur foi. Aujourd’hui, les cinq-à-sept spirituels en sont à leur deuxième année, à raison d’une rencontre mensuelle, de septembre à juin. Un repas de type potluck apporte un climat de convivialité avant le temps de partage. Bien sûr, la réponse demeure faible, comme dans tous les regroupements communautaires. Toutefois, les personnes qui viennent sont hautement motivées et ont pour la plupart une histoire d’engagement préalable. Le groupe fluctue entre quatre et huit personnes, ce qui est trop peu, compte tenu des inévitables absences. La participation reste un défi; c’est toujours difficile de rejoindre les gens en dehors des rituels religieux. Mais au prorata de ce qui se fait en ville, où j’ai vécu, la participation est assez bonne. »

Un lieu où on se nourrit d’échanges

Dans un esprit de collaboration, le semainier de l’église catholique annonce aussi les rencontres, aux thèmes les plus variés : « Un autre monde est possible » sur la justice sociale, « Des esprits à l’Esprit » à l’occasion de l’Halloween, sur les croyances et la crédulité; à la suite des deux manifestes paru au Québec, une réflexion sur les actions propres à bâtir une société authentique lucide et solidaire; etc. « On y développe, conclut M. Fortin, notre capacité de regarder avec un œil critique nos structures, de prendre un peu de distance, avec bienveillance. On fait équipe pour explorer, on mise sur le fonds chrétien qui nous rassemble. Quelle direction ça prendra? Ce n’est pas évident. Mais je pense que des cellules de soutien d’individus, ça a toujours eu sa place, comme les premières cellules d’Église. C’est un temps de ressourcement et d’exploration où les gens n’ont pas à produire mais simplement à être; et le contexte œcuménique réel est une découverte et un enrichissement réciproque. »

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