Un autre Québec est en marche

Du 8 au 12 octobre, quelque 4 000 personnes se sont rencontrées au cégep du Vieux Montréal (CVM) et à l’UQAM à l’occasion du deuxième Forum social québécois (FSQ) et sous le thème : « Un autre Québec est en marche ».

Cet important espace d’échanges se situe dans la dynamique des Forums sociaux mondiaux nés en 2001 à Porto Allegre (Brésil) et dont l’un des initiateurs, Chico Whittaker, a activement participé à l’événement de Montréal. Les personnes participantes à un tel forum sont toutes actives; en effet, les personnes et les groupes engagés dans telle ou telle lutte pour un autre monde possible viennent partager leurs expériences. Par leur présentation ou leur écoute, ces personnes découvrent les interrelations étroites existant entre leur préoccupation pour l’environnement, leur combat contre les paradis fiscaux, et les batailles pour sauver l’eau en tant que bien commun et les dénonciations des méfaits de l’industrie minière tant ici (Osisko à Malartic) qu’au Sud (Barrick Gold à Pascua Lama au Chili).

Du vendredi après-midi au dimanche 18 h, plus de 350 ateliers étalés sur quatre périodes quotidiennes de deux heures ont permis d’informer, de sensibiliser, d’appeler à l’action. Certaines personnes ont cependant dû rester aux stands d’information ou à la foire de l’économie sociale. Un aperçu de mon propre parcours : atelier sur la situation des travailleurs agricoles mexicains sur les fermes du sud de Montréal, atelier sur l’industrie minière, en particulier à Malartic, auquel Richard Desjardins participait comme intervenant, atelier sur les paradis fiscaux présenté par ATTAC-Québec, atelier sur la Déclaration de l’ONU reconnaissant les droits des peuples autochtones que le Canada est un des très rares pays à ne pas avoir signée. Permanence de quatre heures au stand de Développement et Paix : présentation de sa campagne en faveur de la souveraineté alimentaire menacée par les agrocarburants (pudiquement appelés biocarburants) et appel à l’action auprès du gouvernement canadien pour que les produits agricoles servent à nourrir le monde et non à rendre moins polluantes les autos des habitants des pays riches.

Dans la cafétéria du CVM, plus d’une quarantaine de stands permettaient aux gens impliqués de faire connaître leurs préoccupations, leurs actions, leur matériel éducatif. S’y sont déroulés des échanges favorisant la complémentarité des actions des uns et des autres, toutes orientées vers l’avènement d’un Québec et d’un monde autre, plus juste et égalitaire, plus respectueux de notre unique planète qui ne pourra bientôt plus supporter tous les maux qu’on lui fait subir. Cet autre Québec possible et en marche se retrouvait également dans une autre salle où les producteurs équitables, biologiques d’ici ainsi que les intermédiaires équitables offraient confitures, fruits, cafés, meubles, et combien d’autres belles pièces d’artisanat dont le commerce ne se fait ni au détriment des agriculteurs et des artisans ni des consommateurs et des clients. Les soirs, on pouvait assister à de grandes conférences abordant des thèmes comme la survie de la planète (à laquelle a participé Albert Jacquard), la présence des régions dans la dynamique québécoise, le respect dû aux Premières Nations, le traitement fondamental de l’essentielle ressource qu’est l’eau.

Quotidiennement, les espaces de nos grands médias rendent compte des contestables remèdes pour redonner du souffle au capitalisme néolibéral, responsable de la crise que nous vivons et de l’accroissement de la pauvreté ici et dans le monde. Ils n’ont que très peu parlé du FSQ, ce grand événement qui alimente l’espoir dans ce monde en crises, de ces regards critiques, de ces solutions souvent très simples, de ces engagements dans le quotidien de nombreuses personnes, souvent jeunes, de ces modifications des habitudes individuelles et collectives, autant de contributions positives pour sauver la planète, faire advenir plus de justice, répartir la richesse, faire que cet autre Québec en marche devienne toujours plus réalité au profit des gens d’ici et du monde.

Les personnes participantes au FSQ se refusent à accepter l’inéluctable réalité inégalitaire et sont tendues vers la recherche d’un autre aménagement de notre monde. Pour le chrétien que je suis, ce rassemblement a des saveurs de Royaume, à l’avènement duquel toute personne, croyante ou incroyante, contribue dans la mesure où elle porte attention aux humains et se lève contre tout ce qui ne respecte pas leur dignité. C’est un autre Québec en marche. C’est Matthieu 25 en marche.

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