Tout ce qui est juste doit advenir

Bien que les fêtes consacrent la religion de l’argent, les fondements de Noël sont bien ancrés au sein de la société québécoise. Mais les textes bibliques, loin d’infantiliser Noël, sont un appel à sortir de l’approche du p’tit Jésus.

Séquestré par la religion de l’argent, Noël demeure malgré tout d’une grande importance dans la société québécoise. Les gens se visitent, s’embrassent et passent par-dessus leurs différents, se souhaitent du bonheur, échangent des cadeaux et, chose devenue rare, toutes les générations se retrouvent à la même table. Les pauvres aussi réapparaissent dans la conscience collective. Mais la dimension spirituelle s’est beaucoup appauvrie. Nous avons gardé une vision mièvre et infantilisante de Noël. Un approfondissement des textes évangéliques s’impose, si nous voulons sortir de l’approche aliénante du p’tit Jésus. Voici quelques aspects sur lesquels nous pourrions nous concentrer pour entrer dans le mystère de la fête.

Replacer Jésus au cœur de Noël

Tu lui donneras le nom de Jésus, et il libérera son peuple égaré (Mt 1, 21). Joseph, un homme juste, accueille la vie qui bouge en Marie comme venant de Dieu. Il lui donne le nom de Jésus! – Iéshouah, Yhvh libère. Cet enfant est l’envoyé de Dieu qui conduira l’humanité à la pleine liberté. C’est ce Jésus libérateur qu’il convient de célébrer.

En Jésus, Dieu s’est souvenu. « Oui, je vois bien l’oppression de mon peuple, j’entends ses cris, oui je connais ses souffrances. » (Ex 3, 8) Il s’est mis au service des exclus. La vue de ces foules le remuait au plus profond. Voilà des gens qui étaient méprisés, laissés à eux-mêmes, comme un troupeau sans berger (Mt 9, 36). Le nom de Jésus revient 150 fois dans l’évangile de Matthieu! Il en résume tout le message. Noël annonce le nom du Libérateur des pauvres.

Épingler les Hérode de ce monde

Notre terre ténébreuse est témoin d’extrêmes violences avec des Hérode cupides et arrogants qui provoquent cris et sanglots : « Que meurent tous les enfants » de faim, de guerre, de sida! Partout la peur, la fuite, le vie menacée, les camps de réfugiés, les frontières qui se clôturent. Par la mondialisation, les Hérode s’acharnent à augmenter les profits des entreprises au détriment de la vie des multitudes. Il faut replacer Noël dans ce contexte; c’est en Palestine, en Irak, en Colombie, en Afghanistan, au Soudan, sur la rue Sainte-Catherine que se joue l’incarnation de Dieu.

Les marcheurs à l’étoile, ces chercheurs de vérité, sont aussi parmi nous : Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, promoteur du microcrédit pour les plus pauvres; les citoyens de Pointe-Saint-Charles qui ont empêché le déménagement du casino de Montréal dans leur quartier; la route pacifique des femmes au Choco en Colombie; la Béninoise Grâce Dotou, qui, en recyclant des sacs de plastique, lutte contre la pauvreté des femmes; le groupe Solidarité du Bas-Saint-François de Nicolet, solidaire de sans-terre au Brésil, lesquels après huit années, viennent de recevoir le couronnement de leurs luttes, les titres de propriété de la terre. Heureusement, sur tous les continents, des gens découvrent l’étoile de l’espoir et marchent patiemment à sa lumière.

Ouvrir les coffres-forts

L’étoile conduit des mages d’Orient à la demeure d’une mère et son enfant, une famille qui devra fuir son pays pour sauver sa peau. L’étoile s’immobilisa : tout en bas se trouvait le petit enfant. La vue de l’étoile les transporte de joie. Ils entrent dans la maison. Ils voient l’enfant, avec Marie, sa mère. Ils se prosternent, lui rendent hommage. Ils ouvrent leurs trésors apportés et lui en font cadeau (Mt 2, 11). Le grand miracle de Jésus serait d’amener les possédants à mettre les richesses au service de l’humanité. Quand verrons-nous les chefs d’États du G8 entrer dans la maison du pauvre, se prosterner et ouvrir leurs trésors? Comment amener les multinationales de médicaments à partager spontanément leurs remèdes avec les victimes pauvres du sida? Ces mages sages, obsédés de justice sociale, sont le prototype de l’humanité nouvelle. À Noël, ce n’est pas à notre générosité que Dieu fait appel, c’est à notre sens de l’équité et de la justice. Tout ce qui est juste doit advenir. Faisons en sorte de l’accomplir (Mt 3, 15).

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