Théodicée au pays de Vivian

Le visage féminin de Dieu que représente la femme lui rendrait-il plus justice que le visage masculin? Les sentiers des femmes en ce monde semblent le révéler bien davantage.

S’approcher de chaque être humain, c’est être en présence d’un mystère, mais certaines personnes nous révèlent, par leur manière d’être, l’existence de quelque chose qui les transcende, les illumine et les habite. C’est comme si un canal s’ouvrait sur plus grand que soi, noblesse du cœur empreinte d’humilité, invitation permanente à l’ouverture, à l’écoute et à l’agir aimant. Au cours de mon existence, au Québec et ailleurs, j’ai eu la chance d’être en présence de ces personnages singuliers qui, comme Vivian Labrie, nous reflètent le meilleur dont nous sommes capables. Sans nous écraser par leur grandeur d’âme, ces personnes nous invitent au dépassement de soi et à l’évolution permanente.

Considérant la part de féminin qu’il y a en chacun et chacune de nous et en m’inspirant de Leonardo Boff dans son livre O rosto materno de Deus1  – traduction : « Le visage maternel de Dieu » –, je dirai que l’Esprit Saint est une femme. Par ses attributs, ses valeurs, sa manière d’entrer en communion, empreints de douceur et jamais d’imposition, appelant à la miséricorde et écartant de notre esprit la peur et la rancœur, celle-ci nourrit en nous ce rêve de liberté et de fraternité à partir des petits et des humbles. Elle est le souffle de vie qui nous guide depuis l’aube de l’humanité, l’amour agissant jusqu’à l’oubli de soi. (Un soi que les bouddhistes qualifient d’ego, un semblant de soi-même, un masque qui finit par nous définir dans notre vulgarité.)

Dans les Saintes Écritures, écrites par des hommes dans une mentalité de domination de l’homme sur la femme, je trouve peu de satisfactions pour ce que je cherche à exprimer. La sollicitude d’une mère envers son enfant est sans doute plus près de l’intuition que je porte. À l’inverse, l’enfermement égoïste de certains m’amène à désespérer du genre humain.

Contrairement à Vivian qui ne désespère jamais. Cela fait d’ailleurs partie de son mystère.

Si peu de noblesse et tant de rapine, si peu d’amour et tant de matérialisme calculateur et excluant. Un vrai dieu grec, impitoyable et sans entrailles, prométhéen jusqu’à la destruction finale. Je ne vois pas dans l’être humain de sexe masculin modèle à suivre ou inspiration pour le devenir de l’humanité. Comme un enfant insatiable, il ne cherche qu’à accumuler du pouvoir et des richesses et il ne voit pas poindre à l’horizon la fin de ses illusions. Il faut à tout prix chercher une nouvelle définition de l’homme, un noble idéal permettant de suggérer un homme nouveau, mais je crains que, sans dimension spirituelle, nous n’y arrivions point. Debout pour la justice! Qu’est-ce qui mérite d’être défendu au prix même de notre vie?

Pour revenir au versant positif de ce propos, l’image de la femme enceinte, porteuse de l’humanité nouvelle, qui se renouvelle à chaque naissance, et matrice de la vie elle-même, force le respect et commande l’admiration. Dieu est certainement une femme; je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Elle nous révèle toute la douceur et la tendresse de son amour. Non pas un amour mièvre, car Elle s’engage à nos côtés dans nos luttes de libération. Sa douceur est empreinte de fermeté et Elle ne recule pas devant le mensonge ou la corruption. Elle purifie les intentions du cœur, polit les sentiments, éveille les consciences, et nous garde du malin. Et si la persécution s’abat sur nous, Elle demeure fidèle pour nous inspirer le courage. (Je parle de Dieu, et non pas de Vivian.)

La Sagesse est un autre nom pour l’Esprit Saint que l’on retrouve dans la Bible. Non pas la sofia des grecs qui peut paraître semblable à une stratégie pour avoir le dessus sur un ennemi, mais celle du Dieu de la vie qui émane comme la brume au-dessus du cours d’eau, libérant dans l’air l’essentiel de ce qu’Elle est, demeurant toujours attachée au droit et à la vérité. Sa mutation d’un état à l’autre n’affectant en rien sa nature originelle, comme si l’amour devenait soudainement lumière de l’intelligence et de la vérité.

La parole de Dieu nous révèle cette Sagesse agissante en consonance avec la vérité : « Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même. » Elle situe ainsi la hiérarchie véritable qui commande notre vie et le fondement même, la source de cet amour, pôle nord de notre existence. Aimer Dieu, c’est comprendre que je ne suis pas le centre de l’univers et que je dois me situer en altérité pour saisir la complexité du monde. Pendant que les hommes s’agitent au service du temple, les femmes travaillent en permanence à la transformation du monde. C’est un peu tout cela Vivian, mais ne lui dites surtout pas.

1. Leonardo Boff, O rosto materno de Deus, Vozes, Brasil, 1979.

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