Sur les traces de la soeur verte…

Sœur Estelle Lacoursière semble méconnue, mais pourtant sa feuille de route est remarquable. Sa formation scientifique et son amour de la nature ont fait d’elle une pionnière de la sauvegarde de l’environnement au Québec.

À 70 ans, sœur Estelle Lacoursière est aujourd’hui à la retraite, mais elle demeure tout aussi active en prenant soin des religieuses malades de sa communauté et en continuant de s’engager pour l’environnement. Peut-être encore méconnue, sœur Lacoursière a pourtant une feuille de route remarquable. Sa formation scientifique et son amour de la nature ont fait d’elle une pionnière de la sauvegarde de l’environnement au Québec. En 1952, elle commence une carrière d’enseignante. Peu après, elle entre chez les Ursulines où elle est encouragée à parfaire sa formation. En 1969, elle est la première femme du Québec à obtenir une maîtrise en sciences forestières. Elle devient ensuite professeure en sciences de la nature au Département de chimie-biologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Une enseignante passionnée de nature

C’est là qu’elle deviendra précurseur dans l’éducation relative à l’environnement. Plutôt que de se consacrer uniquement à la recherche, elle choisira, fidèle à sa mission d’éducatrice, de se dévouer à la sensibilisation du grand public. Elle sera l’auteure d’une quinzaine de publications sur la préservation des milieux naturels et de plusieurs ouvrages de vulgarisation scientifique pour les jeunes du primaire et du secondaire, dont L’Arbrier québécois. En 1998, elle est introduite au Cercle des Phénix de l’environnement et, en 2001, nommée Officier de l’Ordre national du Québec. Devenus enseignants ou biologistes, plusieurs de ses élèves s’engagent aujourd’hui à la protection de la nature et suivent la trace de la sœur verte.

En plus de transmettre sa passion de la nature, elle se fait une vaillante défenderesse du respect de l’environnement au nom des générations à venir. « Je me suis beaucoup battue pour qu’on arrête de polluer l’eau, de contaminer les sols et de gaspiller les ressources naturelles, indique-t-elle. C’est une question d’équité envers la génération qui nous suit. On ne peut pas laisser les sols érodés et pollués, et dire : arrangez-vous avec ça1. » De plus, elle n’hésite pas à dire que son intérêt pour la science nourrit sa foi. « Apprendre à connaître la nature, les causes et les effets, c’est important. Pour pouvoir protéger la nature, il faut apprendre à la connaître, c’est essentiel. C’est pourquoi je m’intéresse à la science. Ça ne va pas à l’encontre de mes croyances. Au contraire, quand j’étudie la nature, je peux en apprécier davantage la grandeur. »

L’œuvre sacrée d’un grand Peintre

Quand on demande à sœur Lacoursière ce qui l’anime, elle fait appel à la magnificence de l’œuvre du Créateur. « Si j’admire un peintre, je vais porter aussi attention à ses œuvres. Pourquoi n’en est-il pas de même avec la nature? On ne peut pas passer devant une fenêtre et ne pas porter attention à ce qu’on voit, le fleuve, les étoiles, etc. Les enfants remarquent spontanément les oiseaux, ils tendent l’oreille en entendant leur chant. Ils portent attention à cette beauté. » Elle se désole qu’encore trop peu de croyants s’intéressent à l’environnement. « Beaucoup sont préoccupés de faire des génuflexions à l’église pour adorer le Seigneur, mais ne regardent pas dehors. Quand on s’arrête pour admirer la nature, on voit que Dieu y est présent. Ses œuvres parlent de lui. Il y a eu un courant dans l’Église qui disait qu’il fallait s’élever au-dessus de la matière, de notre existence terrestre. Que si je veux aimer le Seigneur, je dois chercher à monter, à me détacher du matériel, y compris la nature. Il faut plutôt revenir à la nature, à notre dimension matérielle. On a trop spiritualisé les choses. Nous sommes d’abord matière. Notre expérience de Dieu passe par là aussi. »

Quels sont nos défis d’aujourd’hui?

En réponse à cette question, elle affirme : « La surconsommation fait du tort à la nature. Notre société mise trop sur des comportements qui favorisent la destruction de l’environnement. Il ne faut pas cesser de s’informer, de mesurer l’impact de nos habitudes, de penser à l’héritage que nous laisserons. Et appuyer ce que font Équiterre ou Nature Québec2. Comme chrétiennes et chrétiens, ce sont ces sentiers nouveaux qu’il faut suivre… »

1. Cette citation est tirée d’une courte biographie de sr Estelle Lacoursière, incluse dans l’article d’Yvon Larose « Les médaillés Gloire de l’Escolle 2002 ». Cet article apparaît sur le site du magazine Contact de l’Association des diplômés de l’Université Laval : www.scom.ulaval.ca/contact/automne02/10.html. Les autres citations sont issues d’une entrevue téléphonique de Sentiersdefoi.info.

2. Nouvelle identité de l’Union québécoise pour la conservation de la nature. www.naturequebec.org

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