Sur les sentiers de foi, célébrer la marche

Message du coprésident d’honneur de la campagne de financement de Sentiers de foi, M. Raymond Lemieux.

Thermometre10avrilNotre webzine donne une nouvelle impulsion à sa campagne de financement. On vous dira assez qu’il ne peut vivre que de la générosité de ses supporteurs, à la manière d’un pèlerin sur des chemins inconnus. C’est bien vrai. Mais il est une autre facette de cette réalité : célébrer la marche du pèlerin, c’est reconnaître la vie. Dans un monde en mutations profondes, de plus en plus incertain ‒ et on peut penser que cela ne s’arrêtera pas demain! ‒ reconnaître la vie, c’est en devenir solidaire. Collectivement, et non seulement chacun pour soi, c’est se donner des possibilités de survivre, c’est-à-dire de vivre malgré, et souvent dans, les limites et les impasses.

Tel est l’enjeu de fond de votre journal : reconnaître et célébrer la vie là où elle se laisse découvrir. Les grands récits qui structuraient autrefois les quêtes de salut sont aujourd’hui le plus souvent méconnus, ou bien en perte de crédibilité. L’Église catholique elle-même est victime d’un désenchantement, crise de crédibilité plus profonde que ses défaillances gestionnaires ou les difficultés d’adaptation de son langage. Dans le monde sécularisé, une multitude de petits récits se proposent. Certains mettent en scène le clinquant de la réussite, financière, sportive ou autre. D’autres cultivent la radicalité d’expériences hors normes. D’autres encore tentent de donner un visage présentable aux traditions. Mais les engouements médiatiques sont souvent trompeurs : ils visent moins à célébrer qu’à divertir, ils offrent des « illusions consenties pour éviter d’affronter la condition faible et mortelle », comme disait déjà Pascal1. Certes, le divertissement est parfois nécessaire, ne serait-ce que pour réapprendre à respirer. Mais l’accoutumance peut facilement devenir mortelle.

Le croire est diffracté en mille éclats. Pour beaucoup, les chemins entretenus par les Églises sont devenus des pistes parmi d’autres, sans plus de garanties. Pour certains, il n’y a plus de chemin. Est-on condamné à tourner sans répit? La volonté de survie mène beaucoup de personnes à faire du hors-piste. Elles donnent alors leur confiance à « plus grand que soi » sans nécessairement pouvoir nommer cet Autre qui fascine et autorise à risquer sa vie dans l’inconnu.

La ligne peut être mince entre la certitude qui exclut et le subjectivisme qui dilue toute expérience dans la sentimentalité. Les sources chrétiennes de Sentiersdefoi.info peuvent aussi inspirer une autre posture : lire toute histoire humaine comme un « récit de Dieu». Depuis la résurrection, en effet, « il n’y a plus de “terre sainte” aux frontières géographiques précises, la terre de chaque humain [est] déjà sanctifiée». Et les grandes spiritualités modernes, comme celle d’Ignace, enseignent à « chercher Dieu en toutes choses ». Cela ne contredit pas, loin de là, le fait que les humains soient « des êtres finis ouverts sur l’infini […], des êtres éphémères ouverts sur l’éternité; des êtres relatifs ouverts sur l’absolu». Cela fonde la solidarité. Croire, dès lors, engendre une responsabilité : se rendre habile à répondre, solidairement, de la marche de chacun.

Célébrer la marche, célébrer la vie, là où elle germe, fleur de macadam ou fleur de jardin, telle est l’actualité de votre webzine, numéro après numéro. N’est-ce pas la meilleure raison de le soutenir?

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1. Pensées, I, fragment 336.

2. Edward SCHILLEBEECKX, L’histoire des hommes, récit de Dieu, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. « Cogitatio Fidei » 166, 1992, 381 p.

3. Achiel PEELMAN, L’inculturation. L’Église et les cultures, Paris-Ottawa, Desclée/Novalis, 1988, p. 122.

4. André COMTE-SPONVILLE, L’Esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, Paris, Albin Michel, 2006, p. 147.

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