Sur le chemin de la fraternité

Comment dire Jésus Christ autrement que par nos façons traditionnelles? Comment faire Église autrement?

Voilà la question qu’on s’est posée au Carrefour Foi et spiritualité. En fait, c’est la question qu’on se pose aujourd’hui dans tous les milieux animés par la foi catholique. Car s’il y a un constat qui fait l’unanimité, peu importe où l’on est dans l’Église catholique en ce début de 21e siècle, c’est bien celui de la nécessité de « passer sur l’autre rive », d’envisager à frais nouveaux les relations qui animent et fondent la vie des communautés chrétiennes, où qu’elles soient.

Cet « autrement », il nous semble qu’il faille l’envisager sur au moins deux plans. D’une part, à « l’interne » des communautés chrétiennes se manifeste de façon toujours plus claire l’enjeu de la qualité des relations fraternelles : « Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. » Qu’est-ce qu’être « un seul corps, un seul esprit »? Le mot communauté est aujourd’hui utilisé à tellement de sauces, alors que ce mot n’est même pas présent dans le Nouveau Testament. Ce qu’on y retrouve par contre, c’est la communion et la fraternité : la communion de chacun au Christ, qui nous fait tous frères et sœurs. Voilà qui trop souvent sonne creux. Sauf là où on a sérieusement réinvesti la signification de la fraternité, pour en faire un réel lieu de reconnaissance et de sollicitude mutuelle. Ces lieux ne sont certes pas encore très nombreux, et le Carrefour Foi et spiritualité semble bien s’engager en ce sens. Bref, il me semble que le tout premier enjeu, interne, du « faire Église autrement », c’est la redécouverte du sens fraternel, ce qui n’adviendra que dans la mesure où l’on acceptera de s’en donner les moyens. Il faudra oser aller de l’avant, avec ceux et celles qui le veulent bien sûr, car on ne peut pas forcer la fraternité, et avec la conviction que cette voie est la seule qui puisse assurer un avenir à l’Église.

Nous rejoignons ici le deuxième enjeu du « faire Église autrement ». Cet enjeu concerne la relation de l’Église avec « le monde ». Le Carrefour Foi et spiritualité a bien pressenti les implications de la présence de l’Église au sein d’un terreau hétérogène. On peut bien penser qu’il s’agit d’une situation exceptionnelle, liée au caractère multiethnique d’un quartier, mais ce serait se faire illusion. Car même là où la majorité de la population est, comme on dit, « de souche », les rapports de l’Église avec la population sont à repenser sérieusement. Comment ne pas voir que, dans le Québec d’aujourd’hui, bien qu’il puisse être considéré comme une terre qui a déjà été évangélisée, Jésus Christ et l’Évangile ne constituent pas, ne constituent plus la référence première par laquelle les personnes guident leur vie. Et ce, autant dans Montréal-Nord qu’à Roberval! L’Évangile doit y être annoncé de nouveau.

Seulement voilà : comment s’y prendre? S’agit-il pour l’Église et pour ses nouveaux missionnaires de sortir dans les rues pour « asséner leur kérygme aux incultes »? Poser la question, c’est y répondre, bien sûr! Mais alors? Alors, probablement qu’avant de parler, il faut être. Mais peut-on penser que le témoignage individuel aura une grande portée évangélisatrice, dans un Québec qui a hérité de profondes racines chrétiennes? Cependant, là où notre témoignage individuel a peu de chances de se démarquer, on peut par contre penser qu’un témoignage communautaire a nettement plus de chances d’être rayonnant, interpellant.

Pour le dire autrement, renouveler la qualité et l’intensité des liens fraternels et communautaires constituerait non seulement un « faire autrement » salutaire pour la vitalité de nos communautés chrétiennes, paroissiales ou autres, mais un « faire autrement » apte à interroger nos contemporains et, qui sait, à les inciter à poser une question du type : « Pouvez-vous bien me dire ce qui vous anime? Vous avez l’air heureux! »

« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 35) Redécouvrir la signification profonde de cette phrase du maître, ne serait-ce pas cela, au fond, « faire Église autrement »?

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