Somos hermanos ou rendre le monde plus humain

Des communautés chrétiennes traditionnelles peuvent-elles rejoindre les travailleurs agricoles saisonniers de leur milieu?

Depuis plus de 30 ans, le Québec accueille, du Mexique, du Guatemala et également des Antilles, un grand nombre de travailleurs saisonniers agricoles dans les fermes maraîchères. En raison d’un système économique injuste, les conditions de vie en Amérique latine s’aggravent. C’est pour cela qu’ils acceptent de quitter leur pays afin de se tailler un avenir plus prometteur sur une terre étrangère. Comment les accueillir? Comment intervenir auprès d’eux? Ce sont des questions que le Service de promotion humaine (SPH) du diocèse de Saint-Jean-Longueuil s’est posées et qui ont finalement abouti à un projet concret de présence et d’accompagnement auprès de ces travailleurs. Daniel Pellerin, permanent au SPH et Juliana Talbot, animatrice du projet, partagent avec joie et simplicité ce rêve qui est en train de devenir une réalité.

L’origine du projet date des années 1980. La région de Saint-Rémi accueillait ces travailleurs qui se rendaient à la messe dominicale. Cela a piqué la curiosité des paroissiens, et quelques personnes ont interpellé le Service de promotion humaine du diocèse afin de se concerter pour mieux les accueillir et améliorer leur intégration. Malgré quelques approches, le projet n’arrivait pas à décoller. Comment faire sans les ressources suffisantes?

Diverses personnes dont Clément Bolduc, prêtre des Missions étrangères, ainsi que Mariano Tabora, membre du SPH, ont interpellé les gens concernés afin de les inviter à rencontrer les travailleurs saisonniers et à s’impliquer auprès d’eux. En 2006, Daniel Pellerin reçoit un appel demandant un agent de pastoral auprès de ces travailleurs. Il faisait alors partie de la Table interdiocésaine de pastorale auprès des travailleurs saisonniers. Le projet naîtra finalement en 2008 en collaboration avec le diocèse de Valleyfield.

Ce projet proposait d’offrir une présence auprès des travailleurs afin de connaître leur réalité sur le terrain et de pouvoir améliorer leurs conditions de vie. La personne choisie devait avoir les habiletés nécessaires pour conjuguer la foi et la justice, c’est-à-dire amorcer un projet d’Église dans la spiritualité chrétienne et porter une analyse sociale. Pour Daniel Pellerin, cela fait toute la différence : « Le travail de pastorale doit être en lien avec une analyse sociale, car pour mieux comprendre les injustices, nous devons connaître les causes afin d’être responsables de nos actions. » C’est ainsi que le projet a pris le nom de Somos hermanos (« nous sommes frères »), afin de signifier que ces travailleurs sont bien plus que des « outils de production ». Ils sont nos frères.

Pour Juliana Talbot, p.s.a., la situation des travailleurs saisonniers l’interpelle particulièrement. Ancienne missionnaire au Guatemala, elle a été choisie pour travailler comme agente de pastorale auprès des travailleurs. Pendant l’été 2008, sœur Juliana avait participé à la messe de « despedida » (messe d’au revoir) pour les travailleurs à Saint-Rémi. Le désir de s’impliquer de manière concrète s’est alors éveillé en elle : « La personne humaine est un tout, sa dignité et ses droits sont une partie indissociable d’elle. La manière dont on traite la terre reflète la manière dont on traite les personnes, et chaque personne a une dimension sacrée. » Sœur Juliana nous rappelle que le travail pastoral touche plusieurs aspects, dont l’accompagnement des travailleurs saisonniers ainsi que la présence auprès de la communauté québécoise.

Les deux responsables du projet soulignent que nous ne pouvons plus penser de manière régionale ou locale. Le Québec ne peut se fermer les yeux et les oreilles à la réalité des travailleurs saisonniers, car ils nous interpellent. C’est cet appel que Moïse entend près du buisson ardent : « J’ai vu la misère de mon peuple et j’ai entendu son cri. » (Ex 3, 7) Cette expérience nous rappelle comment la foi doit se matérialiser en gestes concrets envers les autres. Ainsi, les membres de l’équipe, comme une sentinelle, sont attentifs aux besoins des travailleurs et interpellent les communautés afin de les responsabiliser.

Pour Daniel Pellerin et Juliana Talbot, le rêve lié à ce travail est que le Québec puisse devenir un modèle international d’accueil où le respect des droits humains et une vie digne prévaudront pour tous ces travailleurs. Pour ce faire, ils ont besoin du soutien de toute personne ayant le désir de connaître cette réalité et de poser des gestes concrets. Le projet Somos hermanos n’est pas là juste pour aider les travailleurs à endurer leur situation; au contraire, il existe pour faire advenir une libération dans leurs conditions de vie.

Pour obtenir plus d’informations sur le projet, vous pouvez joindre Daniel Pellerin du Service de promotion humaine au 450 679-1100, poste 293.

Le projet Somos hermanos est soutenu financièrement par la Fondation Béati. info@fondationbeati.org

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