Saint Paul autrement

Paul est-il toujours pertinent pour aujourd’hui? À l’initiative de l’Église Unie Saint-Jean et de son pasteur, une série de rencontres a été organisée avec des gens familiers des écrits de Paul afin de « retrouver » celui-ci, objet de bien des préjugés.

Ne pouvant rendre compte en quelques lignes de l’apport substantiel de ces riches échanges qui ont regroupé une vingtaine de protestants et de catholiques romains, je vous en propose quelques éléments marquants à partir de deux des six intervenants.

Paul était-il misogyne?

Cette délicate question fut explorée par Sylvie Paquette Lessard, bibliste, en considérant l’ensemble de l’œuvre de Paul, et non seulement la partie de sa Lettre aux Corinthiens où il subordonne la femme à l’homme (1 Co 11, 2-16). Même dans ce chapitre, il cherche l’équilibre en rappelant que « si la femme a été tirée de l’homme, l’homme vient de la femme et tout vient de Dieu » (v. 12). Et le terme utilisé dans la fameuse phrase « Épouses, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur » de la Lettre aux Colossiens (3, 18) peut aussi signifier une « attention respectueuse ». Dans un point de vue révolutionnaire pour l’époque, Paul fait mention 13 fois de mutualité dans les rapports hommes-femmes. Dans sa Lettre aux Galates, il établit une position de principe en affirmant que, dans le Christ, « il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ » (3, 26-28).

Ce qui est déterminant, n’est-ce pas la pratique de Paul dans son travail missionnaire? Il a nommé des femmes responsables de communautés. Il en salue plusieurs à la fin de sa Lettre aux Romains : Phoébé (diacre), Prisca, saluée avant son mari Aquilas (peut-être un couple, dit la note de la TOB), et Junia, appelée apôtre par Paul. Dans cette Lettre aux Romains, 11 des 28 salutations de Paul s’adressent à des femmes. Dans la Lettre aux Philippiens, Évodie est saluée de la même manière que Timothée (4, 2-3). Paul a donc une pratique qui traite la femme en égale de l’homme. Mais traduire, c’est trahir, et la culture patriarcale dominante a favorisé tout au long de l’histoire une lecture hiérarchique des rapports hommes-femmes.

Être chrétiens dans l’Empire

Comment vivre sa foi au sein de l’Empire, qu’il soit romain, « américain » ou capitaliste mondialisé? D’entrée de jeu, la pasteure Darla Sloan nous fait remarquer qu’on fait toujours sa théologie à partir d’où on a les pieds. Paul les avait en plein dans l’Empire romain dont l’empereur se disait fils de Dieu, Seigneur, sauveur et source de la Pax Romana. Rien de moins. La pyramide impériale comprenait l’empereur au sommet comme principe, la famille impériale, la classe gouvernante, puis les hommes et les femmes riches et influents, les affranchis et les esclaves. Lorsque le christianisme est devenu la religion de l’Empire, il a calqué son organisation sur la structure impériale. Le christianisme est alors devenu triomphant et très hiérarchisé, et l’Empire s’est toujours servi de lui pour ses conquêtes, même aujourd’hui. Mais, selon Paul, suivre Jésus Christ, c’est se libérer de l’emprise de l’Empire dans des communautés qui sont à l’opposé de l’esprit de cet empire dans leurs rapports (Ph 2, 1-11; Rm 8, 18- 22; 12). L’animatrice ne manque pas de faire référence aux indignés d’aujourd’hui qui s’opposent radicalement aux pratiques déshumanisantes de l’Empire. Même Souffle qu’au temps de Paul.

Peut-on libérer le message de Paul et du christianisme de l’emprise de l’Empire, nous demande-telle? Peut-on se libérer de la « religion oppressante », celle-là même qui est dénoncée par Jésus et chapeautée par le Temple? Comme au temps de Paul, n’a-t-on pas à retrouver le sens de ces petites communautés rassemblées dans leurs maisons, de la liberté intérieure, de la primauté de l’Amour, de la simplicité volontaire et du partage, en opposition à l’individualisme, à la cupidité et à la consommation à outrance imposée par le capitalisme? Comme ces communautés de base qui ont poussé en Amérique du Sud et celles qui sont ici même au Québec. Suivre le Souffle et oser aller là où des citoyens et citoyennes se rassemblent, qu’ils soient indignés ou simplement rassemblés pour fêter, marcher, faire de la planche à roulettes. Connaître quelqu’un de la trempe de Paul est un long et passionnant sentier à emprunter ensemble, entre communautés de disciples. Quant à Jésus, il s’est révélé le Sentier de la rencontre et nous a envoyés marcher avec les humains de notre temps en toute confiance et en toute solidarité.

Lectures

Christophe Senft, Jésus et Paul, qui fut l’inventeur du christianisme?, Fides, 2002.

Daniel Marguerat, Paul de Tarse, un homme aux prises avec Dieu, Éd. Du Moulin, 1999.

Daniel Marguerat et Éric Junod, Qui a fondé le christianisme?, Labor et Fides, 2011, 120 p.

Jacques Ellul, La subversion du christianisme, Seuil, 1984.

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