Révélations et implications du lavement des pieds

Nous vous livrons ici quelques extraits du livre Le lavement des pieds : un asacrement de François Nault, publié aux éditions Médiaspaul. « C’est le corps nu, non voilé, non ennobli que ce rite ose montrer... »

Extraits du livre Le lavement des pieds : un asacrement de François Nault (Éditions Médiaspaul, 2010)

C’est tout à la fois le corps, le corps sexuel, le corps libidinal, le corps dans toute sa beauté et dans toute sa laideur, dans sa bassesse et dans sa saleté aussi (au sens propre), c’est le corps nu, non voilé, non ennobli, que le rite du lavement des pieds ose montrer…

Mais la liturgie déréalise le corps d’une certaine façon, grâce aux vêtements liturgiques et à toute une scénographie qui programment les corps, les rendent en quelque sorte plus amples, plus élégants, plus angéliques […]. [Elle] a aussi tendance à déréaliser le corps des parties nobles, […] le visage et les mains.
[ p 85 ]

Il faut une communauté dont les membres sont dans leur corps, plutôt que dans leur tête, pour consentir à descendre dans les zones troublantes de l’éros, pour accepter que le Sexe soit un lieu possible de rencontre avec Dieu, qu’il y ait quasi coïncidence entre le contact de la peau et le toucher divin.

Il faut que le corps ne soit pas simplement l’espace du péché, un lieu qu’il faille purifier, préalablement à la rencontre avec Dieu, mais le lieu même – déjà purifié par le Christ, Dieu fait chair – de cette rencontre.
[ p 79 ]

En Jésus Christ, Dieu se révèle ainsi à travers une relation de faiblesse qui a pour effet de briser en retour tout modèle de subordination. Déconstruisant la hiérarchie fondatrice, celle d’un Dieu tout-puissant régnant en maître, le christianisme annonce un autre type de relation sociale possible. La kénose autorise une autre figure de Dieu que celle qui est proposée par les religions, un « Dieu différent ». Le lavement des pieds montre la souveraineté en acte du Christ – une souveraineté à laquelle il convie ses disciples à participer – une souveraineté d’amour et de service, d’abandon plutôt que de subordination.

Rite de la non-différenciation, du refus des clivages, le rite du lavement des pieds est l’anti-rite par excellence. La répulsion de Pierre s’explique : on comprend pourquoi « les hiérarques se réclameront de Pierre qui gardait ce sens hiérarchique dont le Seigneur venait de la défaire ».
[ p. 107-108 ]

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