Rêve d’enfant, rêve de Dieu…

« Chaque cœur a sa beauté. » Un cœur touché par le Christ fait partie de cette assemblée porteuse de ballons, porteuse du rêve de Dieu qu’il importe de ne jamais laisser tomber. Où sont ces assemblées porteuses?

La vie ne se découpe pas en morceaux. Elle est un tout. Elle nous engendre, nous façonne, nous émerveille, nous éprouve, nous assagit, parfois, avant de nous laisser aller! C’est déjà dans l’enfance de Robert Lebel que nous pouvons détecter les signes de son sacerdoce futur. Entre le bonheur tranquille de la maisonnée et les attirances pour le sacré se déroule déjà un drame au cœur de ses rencontres : la rupture. Il apprend qu’on peut jouer et étudier avec les amis, mais pas prier avec eux, car ils ne sont pas du même sérail. Déjà, son histoire de vie prend forme.

Le rêve ne doit pas toucher terre

Des propos relatés par Jocelyne Hudon, une image me vient à l’esprit. Imaginez ces enfants qui jouent avec des ballons que l’on gonfle les jours de fête. Leur jeu est simple : le ballon ne doit pas toucher terre. Très rapidement, le ballon se met à danser au-dessus des têtes et les adultes se mettent à le faire virevolter à leur tour. Tous les gens qui sont là, distraitement ou non, participent à leur manière au jeu commun qui consiste à garder un ballon dans les airs.

Remplaçons maintenant le ballon par un rêve. Un enfant « qui plantait des rêves » en a laissé un émerger du plus profond de lui-même. Le rêve s’élève, se montre, s’essouffle. S’il n’est pas porté par un autre, s’il n’est pas perçu avant qu’il ne touche à terre, il meurt. Dans un plongeon désespéré, le rêve est soulevé de nouveau et renvoyé vers son porteur et les personnes qui continuent de le porter avec lui. Il devient le rêve de tous.

D’un terreau à un autre

Le rêve de Robert Lebel était simple : faire de la musique à partir de son âme. Il s’est mis à chanter et à composer sans plus jamais s’arrêter. Et comme la musique attire les âmes, le prêtre a attiré à lui les chercheurs et les chercheuses de sens, de vérité, de spiritualité. Pour que son sacerdoce continue d’être heureux, il devait aller plus loin dans la créativité et l’ouverture. Pour cela, il fallait le dépoter afin de lui trouver un terreau mixte, plus adapté. D’un terreau à l’autre, c’est le même rêve qui survit.

Depuis ce nouveau terreau, les rencontres se multiplient et s’élargissent d’une nouvelle diversité. Et alors, la rupture de l’enfance se guérit : les enfants peuvent désormais prier ensemble. C’est l’œuvre admirable de Versant-La-Noël qui se réalise, le ballon n’a jamais touché terre, le rêve n’a pas été tué.

Le sacerdoce heureux

Ce prêtre affirme sereinement qu’il vit un sacerdoce heureux. « Comme lui », « ils sont nombreux, les bienheureux », mais si parsemés! Qu’en est-il de tous les autres porteurs du sacerdoce des fidèles? Robert Lebel le dit bien : « Chaque cœur a sa beauté. » Un cœur touché par le Christ fait partie de cette assemblée porteuse de ballon, porteuse du rêve de Dieu qu’il importe de ne jamais laisser tomber. Dans cette Église ou ailleurs, le rêve ne se retient pas à l’intérieur d’une frontière étroite, il se laisse déporter ailleurs, vers d’autres communautés avec lesquelles on devrait prier ensemble, mais aussi dans tous les cœurs humains, car « tout ce qui est beau chez l’autre vient du même Esprit » et « la bonté demeure la bonté », d’où qu’elle vienne.

Il est peut-être temps de donner priorité à cet autre sacerdoce dans une Église qui n’a plus les moyens de féconder les rêves d’enfants, à défaut de pouvoir les accueillir. Que les fidèles du Christ et ceux qui ont les mêmes affinités prennent la relève, sacerdotale, en offrant leur vie au mystère de la rencontre véritable du cœur de l’autre. Chaque rencontre, dit Robert Lebel, est « un appel intérieur à laisser vivre ce qui est le plus vrai ». S’il n’est pas possible de toutes les réussir, si elles sont truffées, comme sa vie, « d’épreuves, de déceptions, d’écarts même », elles demeurent toutes des occasions pour que le rêve soit ravivé et partagé de nouveau.

Une Église coincée dans le béton pourrait ne pas percevoir que le rêve de Dieu s’est dépoté pour être transplanté ailleurs et autrement. Une Église qui « laisse aller la vie » le verrait en se réjouissant qu’il n’a pas été tué, ni par elle, dans ses nombreuses failles déterrées, ni par les humains de bonne volonté, car en chaque cœur se trouve la beauté, l’émerveillement et la sagesse de l’unique Esprit de Dieu.

Mots clés :
, , , ,