Retrouver le sens de croire

Poser la question du croire à des intervenants du milieu des affaires, de la santé, de l'éducation, des communications et des sciences, telle fut l’audace du centre Le Pèlerin à l’occasion de son premier colloque annuel.

Quelque 180 personnes étaient rassemblées par le centre Le Pèlerin à l’occasion d’un colloque sur le « croire », les 25 et 26 mai 2007, à Montréal. Ce centre d’accompagnement à la recherche spirituelle propose à la fois un service d’accompagnement spirituel et un programme de formation pour les futurs accompagnateurs. Insistant sur le questionnement et la pertinence de se laisser déranger, Le Pèlerin désire se mettre en route avec celles et ceux qui aiment prendre le risque des chemins intérieurs. La grande particularité de ce lieu est de réussir à rejoindre une portion importante de gens à l’extérieur des circuits ecclésiaux. Durant le colloque en effet, on pouvait voir une belle diversité de visages et d’occupations. Ne manquaient que les jeunes adultes…

Les participantes et participants se sont réunis vendredi soir dans les hautes salles de l’oratoire Saint-Joseph pour écouter Jacques Grand’Maison sur le sens du croire. Le sociologue a rappelé que le croire peut servir de socle pour aider à rebondir dans les crises de la vie. Aussi, si l’on ose sortir de son esprit blindé, de sa petite bulle ou d’une pensée unique, le croire chrétien a cette particularité d’affirmer que si l’être humain doute de lui-même ou de la présence d’un Créateur, Dieu, de son côté, croira toujours en nous; « Vas-y mon gars, vas-y ma fille, j’serai toujours avec toi! », citait le conférencier en résumant les propos d’une de ses connaissances. Mais le croire ne doit pas avoir froid aux yeux : « Nous n’arriverons jamais à une foi adulte avec une conscience infantilisée. » Si Dieu se risque avec nous, en arrimant sa liberté à la nôtre, ne devons-nous pas nous risquer avec lui et oser défricher les chemins pour aujourd’hui? Le croire est donc appelé à rester ouvert comme une question plutôt que clos sur lui-même, comme si toutes les réponses avaient été données.

La matinée du lendemain a fait place à quatre forts témoignages sur la vie du croyant dans le monde contemporain. D’abord en milieu des affaires, Robert Dutton – président et chef de la direction de Rona – n’a pas hésité à parler de son souci de l’éthique, de la solidarité et du service pour son entreprise. Aligner discours et agir, donner l’exemple, et servir Dieu en servant ses frères et sœurs, voilà quelques orientations que se donne cet humble chef d’entreprise. Alors que Jean Dansereau, directeur des études supérieures à l’École polytechnique a parlé au nom du milieu de l’éducation et a abordé le rapport au savoir scientifique, Carole Graveline, journaliste à Radio-Canada de 1980 à 2006, s’est attardée à la question des communications. Enfin, le docteur Patrick Vinay, médecin à l’unité des soins intensifs de l’hôpital Notre-Dame, a donné un vibrant témoignage de son expérience comme accompagnateur des mourants. Par delà le croire et les religions, note le médecin, la maladie éveille au sublime et délicat domaine des relations humaines.

Les discussions en ateliers de l’après-midi ne furent malheureusement pas à la hauteur de ce qui a pu se dire sur l’estrade. Ce fut cependant l’occasion de poser des questions par écrit aux conférenciers, qui sont ensuite revenus pour y répondre très sobrement. Le moment de prière animé par Jacques Morin fut réellement inattendu, comme le titre l’indiquait, et aurait sans doute mérité un meilleur ficelage. Mais dans l’ensemble, les organisateurs se disent extrêmement heureux : « Sur 115 personnes qui ont répondu, 112 se disaient très satisfaites et 3 satisfaites; aucune insatisfaction. »

Ce n’était que le premier d’une longue série de colloques annuels. Et vu la qualité des intervenants, on ne peut que se réjouir de ce qui attend le Pèlerin pour les années à venir.

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