Rencontres de l’altérité : sentiers d’une foi libératrice

L’ouverture aux sentiers des autres dans la confiance, autant d’occasions d’étonnements, d’enrichissements, de reconnaissances et de questionnements sur notre propre marche. Pourquoi ne pas aller plus loin dans l’altérité?

Déjà le 100e numéro de Sentiersdefoi.info! Tout autant d’expériences individuelles et collectives qui m’ont confirmée dans mes quêtes et dans mon Espérance. Alors que la désespérance est palpable et que le cynisme ambiant est en croissance, autant sur le plan politique qu’ecclésial, chaque numéro est porteur de prises de parole à contre-courant de la morosité et du fatalisme.

SDF nous met en relation avec des personnes qui ont un nom et une histoire de vie qu’elles acceptent de nous dévoiler. Elles nous disent leur quête et leur soif de vérité. SDF nous révèle des projets collectifs qui placent la dignité des personnes et la recherche de sens comme horizon de l’action. Les entrevues et les relectures d’itinéraires proposées nous parlent de multiples routes empruntées pour vivre en cohérence, en dialogue avec les réalités du monde et faire l’expérience d’une foi ou d’une spiritualité libératrice.

J’ai choisi de revisiter les textes de SDF qui nous ouvrent des fenêtres sur l’œcuménisme, l’interreligieux, l’interculturel et la solidarité internationale. Ces textes nous invitent à une attitude audacieuse de la rencontre de l’autre, qui va au-delà de l’ouverture timide de notre Église depuis Vatican II. En parlant de l’ACAT ou du ROJeP, ils nous montrent une vision de l’unité qui n’est pas celle d’un retour à « Une Église », mais qui est un accueil de la richesse de nos diversités dans l’agir ensemble (vol. 3 nos 6 et 7). Les expériences relatées témoignent d’une reconnaissance du Dieu que les autres confessions, spiritualités et traditions de foi révèlent. Le texte Nuit de la spiritualité (vol. 2, no 12) nous rappelle bien que chacun ressort de ces rencontres « à la fois ébranlé et solidifié ».

Une reconnaissance véritable qui permet à SDF de présenter la Confession de foi de l’Église Unie du Canada comme « une parole inspirante, un souffle sacré, un élan plein d’espérance pour notre monde et vers ce Dieu qui nous unit » (vol. 6 no 2), comme le sont aussi les parcours de vie de personnes appartenant à des Églises protestantes (vol. 1 no 14 et vol 6 no 14). SDF nous invite aussi à un rapport de reconnaissance avec les autochtones dont la spiritualité peut nous offrir la richesse d’une « vision circulaire [qui] permet d’accueillir et d’accepter l’autre en considérant la richesse de ses traditions » (vol. 1 no 16).

Les textes font appel à des expériences de solidarité à portée internationale, comme l’EMI ou le CATHII qui sont autant de propositions « d’un Évangile incarné : la sensibilité à la souffrance de l’autre, la confiance en l’autre, l’ouverture à l’histoire d’un monde à faire, mais aussi d’un monde qui se fait » (vol. 4 no 2 et vol. 5 no 10). Par des expériences comme Vivre ensemble et Somos Hermanos pour les travailleurs migrants, ils nous invitent aussi à « mettre en discussion permanente les enjeux des migrants avec les autres questions de justice sociale » et à voir la défense des droits des étrangers comme une responsabilité des croyants (vol. 4 no 4 et vol. 7 no 6).

J’ai ainsi repéré une dizaine de numéros, parmi les 100, qui nous offraient la parole de personnes ou de groupes interpellant notre propre démarche de foi à partir de la solidarité internationale, d’une posture culturelle, religieuse ou confessionnelle autre. Ce 10 % est déjà remarquable quand on sait l’effort nécessaire pour sortir des réseaux qui nous sont plus familiers et le défi de rendre compte d’expériences pour lesquelles nous avons à apprivoiser des univers que nous ignorons.

Mais cette prise en compte de l’altérité est insuffisante. Pour découvrir l’essentiel de notre foi et la richesse de notre humanité, nous avons besoin de nous mettre davantage à l’écoute de ce qui fait vivre les personnes d’autres traditions culturelles et religieuses, de ce qui porte les hommes et les femmes d’autres sociétés qui prennent au sérieux l’appel de la justice comme dimension intrinsèque de leur foi. C’est un sentier indispensable pour les chercheurs et chercheuses de lumière que nous sommes et qui avons à mettre la main à la pâte afin que le monde célèbre la diversité de la vie au lieu de l’instrumentaliser pour nourrir des conflits interminables et assassins.

Pour les 100 prochains numéros de ce webzine et les nombreuses années à venir, nous formulons le souhait de retrouver plus fréquemment des voix qui nous ouvrent à des pratiques religieuses, culturelles et humaines pouvant pallier nos ignorances et ébranler nos certitudes.

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