Regards critiques sur la consommation

Comme chrétiens, nous sentons-nous concernés par les enjeux de la surconsommation et des ressources limitées de la planète? André Beauchamp, prêtre, spécialiste de l’environnement, nous invite à une véritable conversion écologique.

« La Terre est en voie de devenir un unique marché unifié, une société de consommation universelle et illimitée. Or la Terre est petite, fragile et limitée. […] Il n’y a pas de développement infini ou indéfini dans un monde fini. La Terre ne pourra pas porter dix milliards d’humains vivant sur le mode de vie des Américains, des Canadiens ou des Allemands, et bientôt des Chinois. Il y aura un jour effondrement, effondrement des populations et des consommations. La société de consommation implosera. Et nous entrerons dans une nouvelle barbarie. C’est pourquoi c’est ici et maintenant qu’il faut défaire la société de consommation. » D’entrée de jeu, André Beauchamp, théologien et spécialiste de l’environnement1, ne ménage pas ses mots. Un constat qui devient le moteur de son engagement pour un monde meilleur. Et c’est en observateur avisé du quotidien qu’il « prend la plume pour jeter un regard sur nos habitudes et leurs impacts sur la crise écologique » dans le livre Regards critiques sur la consommation (Novalis) qu’il vient de publier.

Avec doigté et finesse, il nous amène à nous interroger sur les enjeux actuels de la société de consommation à laquelle nous participons et nous convie à une réelle conversion – c’est-à-dire un changement de comportement – écologique. De courts récits, souvent teintés d’anecdotes personnelles et d’images frappantes, ouvrent la voie à une réflexion profonde à propos de nos choix quotidiens. Les centres commerciaux seraient-ils les nouveaux temples? Le cellulaire est-il le gage de la liberté? L’auto, bien qu’à notre service, ne dicte-t-elle pas plutôt nos conduites? Le crédit est-il une prison? Le temps doit-il toujours être de l’argent? La bourse de quelques-uns prime-t-elle sur le bien commun?

« La société de consommation est un état d’âme, une manière de pensée. Ce n’est pas un simple marché accessible », écrira-t-il. Pour ma part, je suis souvent surpris de constater le peu de cas que nous, chrétiens et chrétiennes, faisons de cette réalité. Je crois qu’en ce temps de Noël, au nom de l’Enfant qui s’est fait humble, nous devrions porter spécialement attention à la manière dont nous consommons, et le faire de façon plus responsable. Je l’avoue : je suis le premier à tomber dans le panneau… Au sein de l’Église que nous sommes, trop peu de voix encore s’élèvent à propos de la surconsommation, de la protection de l’environnement et de la fragilité de la Terre, notre premier berceau. André Beauchamp, prêtre éveillé, homme de conscience, ose cette parole marginale. Je la tiens du sentier et de celle d’un prophète des temps modernes… D’autant plus que les avenues qu’il propose pour alimenter le débat et retrouver notre liberté sont remplies de promesses.

1. André Beauchamp a développé une solide expertise en matière d’éthique de l’environnement et d’intégration des valeurs. Il a, entre autres, présidé la Commission sur la gestion de l’eau au Québec (2000) et participé à de nombreux travaux de recherche en environnement. Il a notamment publié Environnement et Église (2008), L’eau et la terre me parlent d’ailleurs (2009) et Hymnes à la beauté du monde (2012).

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