Réflexions sur la dissidence

La dissidence dans l’Église : péché ou liberté? Telle fut la question lancée lors d’un débat organisé par le Centre culturel chrétien de Montréal, en septembre dernier.

Invité à réfléchir sur la question de la dissidence, le théologien Gregory Baum a rappelé que l’archevêque de Cracovie, Karol Wojtyla, n’hésitait pas à affirmer qu’une société authentique se caractérise par la solidarité, la dissidence et le dialogue que ces citoyens y pratiquent pour le bien commun. Or, devenu Jean-Paul II, il n’a pas appliqué sa théorie sur la dissidence dans l’Église. D’après monsieur Baum le magistère a grand besoin qu’un dialogue s’instaure vraiment autour des questions morales, en tenant compte de la culture.

Selon la professeure et exégète Odette Mainville, si Jésus avait obéi aux grands prêtres, nous n’en parlerions plus aujourd’hui. Pour madame Mainville, il est clair qu’on ne peut se dire chrétien sans exercer sa liberté. Le lieu concret de la dissidence est pour elle la réinterprétation du dernier repas de Jésus et son invitation toute simple à poursuivre son œuvre après lui.

L’évêque de Rimouski, Mgr Bertrand Blanchet, a quant à lui insisté sur la hiérarchie de la vérité dans l’Église, certains éléments pouvant être plus aisément l’objet de dissidence. Il a rappelé que l’Église a une grande estime de l’intelligence humaine et qu’il faut protéger la liberté de chercher. Mgr Blanchet s’est dit parfois mal à l’aise lorsque l’Église se définit comme experte en humanité. Tout en reconnaissant qu’il importe d’assurer l’unité ecclésiale, il considère que la culture actuelle est à examiner et à mettre en contraste avec les réponses du magistère.

« Pourquoi oppose-t-on liberté et péché? Pourrions-nous vivre la dissidence comme illumination ou grâce? », s’est questionné Michaël Séguin de l’Université de Montréal. Témoignant de ses propres expériences de dissidence, il reconnaît que celle-ci doit se vivre pour drainer la vie, mais qu’il faut faire attention pour ne pas qu’elle se perde dans un cul-de-sac.

La plupart des interventions du public furent pour témoigner de la dissidence responsable. Concluant la soirée, le modérateur Jean-Claude Breton a insisté sur la nécessité de ces débats à saveur polémique.

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