« Racines et Espérances »

Les travailleurs migrants sont de plus en plus nombreux chez nous. Ils sont victimes d’exploitation et vivent dans des conditions difficiles. Voici une initiative de l’Action catholique du Saguenay—Lac-Saint-Jean pour mieux les accueillir et les accompagner.

Raices y Esperanzas. C’est ainsi que les migrants mexicains et guatémaltèques eux-mêmes ont baptisé ce projet d’accompagnement auprès des travailleurs agricoles saisonniers au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Depuis quelques années, les entreprises agricoles québécoises font face à une pénurie de main-d’œuvre. Ainsi, des travailleurs du Sud comblent ces besoins saisonniers, laissant femme, enfants et maison au pays pour améliorer leurs conditions et celles de leur famille.

Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, le phénomène est récent, mais connaît une forte croissance. Ils étaient 93 travailleurs migrants en 2014. Ils sont originaires du Mexique, du Guatemala ou du Honduras. Ce sont 14 entreprises agricoles réparties sur tout le territoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean qui les embauchent pour la cueillette et le conditionnement des bleuets, la production maraîchère et de fleurs ou la production laitière. Leur saison de travail chez nous varie de 6 semaines jusqu’à 10 mois. Ils travaillent en moyenne de 60 à 70 heures par semaine, vivent sur la ferme ou à proximité et sont unilingues hispanophones. Choc culturel, isolement et sentiment de solitude sont le lot de la majorité d’entre eux. Même la communication avec leurs proches restés au pays est parsemée de difficultés.

Les intervenantes parlent français et espagnol, connaissent aussi bien l’Amérique latine que la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Elles sont accueillantes et, surtout, éprises de justice et de dignité humaine. Jenny Diaz-Escobar a émigré de la Colombie et vit au Saguenay depuis 8 ans. Elle est coordonnatrice du projet Raices y Esperanzas et intervenante auprès des travailleurs saisonniers. Huguette Gagné et Maria Luisa Olivares sont des religieuses de Notre-Dame-du-Bon-Conseil de Chicoutimi. Sœur Huguette a été missionnaire au Chili pendant 40 ans. Elle est de retour au pays depuis peu avec sa consœur qui est Chilienne d’origine, sœur Maria Luisa. Engagées bénévolement dans le projet, elles accompagnent les travailleurs migrants des secteurs de Normandin, de Girardville et d’Albanel.

Toutes les trois, elles accompagnent, soutiennent et écoutent les travailleurs de toute la région. Souvent traductrices, elles les mènent à la banque, à la pharmacie, à l’hôpital ou à la ville voisine pour faire des provisions. Elles offrent de petits cours de français et aident parfois les entrepreneurs à mieux comprendre et subvenir aux besoins particuliers de leurs employés. Par leur présence, leur écoute et leurs services concrets, elles contribuent d’une manière significative à briser l’isolement, à faciliter la communication avec leur famille comme avec le milieu d’accueil et à aplanir les difficultés de tous genres qui peuvent survenir dans un pays étranger, là où la langue et la distance sont des obstacles permanents.

Petit historique

C’est lors des Journées sociales du Québec en 2011 que Claire Lavoie, militante de l’Action catholique de longue date et agente de pastorale au diocèse de Chicoutimi, prend contact avec la réalité des migrants, ces travailleurs saisonniers venus d’ailleurs. Dans la même année, avec d’autres partenaires issus de la grande famille de l’Action catholique, Claire Lavoie met en place les conditions d’une recherche pour connaître la situation concrète au Saguenay—Lac-Saint-Jean et établir les besoins. Le projet Raices y Esperanzas peut démarrer en 2012, grâce à une subvention de la fondation Béati. Pour Claire, comme pour les militants de l’Action catholique qui continuent d’encadrer et de soutenir le projet, il s’agit là d’une manière concrète de répondre à l’invitation du roi dans la parabole du jugement dernier (Matthieu 25) : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli… »

La spiritualité qui imprègne Raices y Esperanzas en est une de proximité. Une spiritualité de la présence qui consiste à se faire proche de l’autre, avec amour, patience et accueil pour y reconnaître humblement la présence de l’Autre chez « le plus petit d’entre les miens ».

Un projet qui porte des fruits

Un projet comme Raices y Esperanzas permet à toute une communauté d’expérimenter l’accueil de l’étranger. L’exemple de Normandin, une ville d’un peu plus de 3000 personnes au nord du Lac-Saint-Jean est éloquent : 36 travailleurs migrants y séjournent pendant 6 semaines. Un ancien magasin de meubles a été acheté par l’entreprise qui les emploie afin d’aménager chambres, douches et salles de bain, de même qu’un salon avec deux téléviseurs captant un poste en espagnol, un ordinateur et une connexion Internet pour la communication avec les familles, une grande cuisine et un petit dépanneur, etc. Pendant cette période, la Caisse populaire ajoute des services pour répondre adéquatement aux besoins particuliers de ces travailleurs étrangers. La chorale de la paroisse apprend même quelques couplets en espagnol et une fête d’accueil est organisée. Chacun et chacune se laisse toucher par la présence et l’accueil de l’autre.

Raices y Esperanzas change la vie de ces travailleurs migrants. « C’est la première fois que je me sens accueilli comme ça », affirme Emilio, un cueilleur de bleuets, qui en est à sa quatorzième saison au Canada et à sa deuxième au Lac-Saint-Jean. Un autre dira : « Vous nous considérez comme des êtres humains. » Soulignons également que d’autres projets visant l’accueil et le soutien de travailleurs saisonniers agricoles existent dans d’autres régions du Québec, souvent portés par les pastorales sociales diocésaines. Une table provinciale des intervenants diocésains en pastorale auprès des travailleuses et travailleurs migrants agricoles (TIDPTMA) a d’ailleurs été mise sur pied.

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