Qu’est-ce qu’une foi adulte?

« On ne peut rester tout sa vie avec la foi de son enfance! » Avec le passage à la vie adulte, la foi est appelée à grandir, à s’épanouir. À devenir une foi qui cherche à se vivre pleinement, au sein de notre monde...

Le sentier où nous propose d’avancer l’itinéraire de ce numéro me suggère une première halte : « On ne peut rester toute sa vie avec la foi de son enfance! » Puis une autre, un peu plus loin : « Cette petite fille existe encore en moi et elle est toujours en recherche… » Contradiction apparente… Et pourtant, les Écritures nous invitent autant à « devenir comme des petits enfants » (Mt 18, 3) qu’à « nous nourrir en adultes » (cf. He 5, 14). Ces deux pôles me semblent tout aussi essentiels l’un que l’autre à une saine expérience de foi. Dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui, ne faut-il pas à la fois savoir se reposer en Dieu « comme un enfant tout contre sa mère » (Ps 130) et savoir « rendre compte de l’espérance qui nous habite » (1 P 3, 15). C’est toute cette dynamique qu’on ressent dans l’expérience de Mme Louisette Pelletier Gosselin : une foi qui cherche à se vivre de façon mature, dans notre monde.

La foi dont il s’agit en effet, me semble-t-il, c’est d’abord une attitude fondamentale de confiance, la confiance la plus inébranlable possible. Telle est la « vraie foi », la foi la plus importante, la foi dont l’Évangile dit qu’elle peut déplacer les montagnes. Elle est de l’ordre de l’attitude intérieure et, bien qu’elle ne permette pas d’esquiver les difficultés de la vie, elle confère une profonde sérénité. Cette attitude de confiance en Dieu, combien de nos ancêtres ne l’ont-ils pas partagée, forts de cette conviction que « le bon Dieu est bon! » Cependant, nos ancêtres avaient rarement à « rendre compte de leur espérance »! Il importait peu alors de savoir tenir un discours sur ce à quoi l’on croyait : on l’apprenait par les questions du catéchisme, et cela suffisait. En quelque sorte, la foi, à cette époque, pouvait sans grand problème demeurer « la foi de l’enfance ». Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et l’exigence d’une foi adulte ne vient pas que de l’extérieur, d’une quelconque nécessité d’expliquer sa foi aux autres. Cette exigence, elle est d’abord intérieure : le cri du cœur de Mme Pelletier Gosselin montre bien à quel point, avec tous les courants de pensée, les philosophies et autres propositions de sens, c’est d’abord face à soi-même que l’on se doit cette exigence d’une foi adulte. Or qu’est-ce qu’une foi adulte, et tout particulièrement une foi chrétienne adulte? Je dirais que c’est tout d’abord une foi qui trouve dans l’Incarnation et la Résurrection de Jésus Christ la source de sa sérénité – sinon il ne s’agirait pas de foi chrétienne; c’est ensuite une foi qui laisse une part à l’esprit critique, capable d’entrer en dialogue avec la modernité, avec le monde d’aujourd’hui et ses enjeux; c’est enfin une foi concrète, engagée, mise au service de sœurs et de frères doués d’une dignité humaine qu’il faut souvent œuvrer à restaurer.

Mme Louisette Pelletier Gosselin dit des démarches de Mess’AJE et des Seuils de la foi qu’ils sont destinés à des adultes, à des personnes précisément en quête d’un passage vers une foi capable de dialogue avec le monde contemporain. Ce qui m’apparaît comme la plus grande source d’espérance, d’un point de vue catéchétique, c’est l’enracinement biblique de l’approche de Mess’AJE. Bien souvent, qui dit catéchèse dit « cours », avec une organisation de la matière par « thèmes ». Or la catéchèse a pour but de mettre en contact avec la Parole pour que celle-ci trouve un écho dans nos vies, et que cette résonance soit source d’avancées dans l’intimité de la relation au Christ. Mais pour cela, ne faut-il pas « donner à manger la Parole », et libérer la parole sur la Parole? C’est l’échange entre des sujets croyants à partir de la Parole qui peut le mieux, à mon sens, susciter une mise en présence réellement transformante avec le Dieu de Jésus Christ.

C’est ce qu’arrive à faire Mess’AJE. Ça l’a fait, à l’évidence, chez Mme Louisette Pelletier Gosselin, de même que chez plusieurs autres personnes côtoyées au fil des ans. Ces personnes traversées par la Parole deviennent elles-mêmes Parole : il y a quelque chose du Christ, du Verbe, qui se dit à travers elles.

Des personnes qui échafaudent des plans pastoraux, il y en a déjà plusieurs. Mme Pelletier Gosselin a bien le droit de ne pas vouloir s’y mêler pour être ailleurs, à « travailler les cœurs ». Pour que ces cœurs trouvent à leur tour dans le Dieu de Jésus Christ des bras ouverts où ils viendront se reposer, sereins…

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