Quelle mission? Pour quel monde?

Au terme du colloque « Laïcs en Église » organisé par le centre Agapê en collaboration avec le CEI 2008, qui avait lieu du 7 au 9 novembre dernier à Québec, une sage aînée nous livre ses paroles d’espérance.

Le colloque « Laïcs en Église » – dont le thème était : « Quelle mission? Pour quel monde? » – vient de se terminer, au centre Victor-Lelièvre, à Québec. Voilà une parole qu’on avait besoin d’entendre, quand souvent, on est tenté de baisser les bras. Une parole qui a rafraîchi ou remis debout les documents de Vatican II sur l’Église, peuple de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. J’ai eu le privilège d’animer un atelier intitulé « Les aînés engagés en Église », avec le thème « Ce n’est pas le temps de décrocher ». Voici le grain de sel que j’avais préparé, comme petit mot de synthèse. Continuons de rêver l’Église!

En vieille maîtresse d’école, me souvenant qu’avant de parler à Pierre, je dois connaître Pierre, j’inverserais d’abord la question. « Pour quel monde? » avant « Quelle mission? »

Pour quel monde?

a) Un monde à la fois beau et troublant. Un monde capable du meilleur et du pire. Un monde en pleine ébullition, que nous avons vu, nous les vieux, évoluer à une vitesse vertigineuse. Et ce n’est pas fini! Aujourd’hui, avec la crise financière planétaire, on se demande si on n’est pas devant une nouvelle tour de Babel.

Pourtant, il ne faut pas décrocher! Sans rejeter les acquis positifs de la modernité, c’est avec une espérance folle qu’il faut croire qu’un autre monde, plus harmonieux, plus humain et plus juste, est possible. « Yes, we can! », comme nous le dit Obama. Parce que, au fond, ce monde est ancré dans le divin, il y a ses racines, son ADN : « Créés à l’image de Dieu ».

b) Un monde qui ne marche pas à reculons. Ce qui doit accrocher notre regard vers le passé, c’est, avant tout, l’événement fondateur « Jésus ». « Repartir du Christ », de l’Évangile, oui, mais en vérité! L’Esprit Saint n’est sûrement pas en panne dans le chemin de l’histoire. Il n’est pas accroché au concile de Trente ni aux années 1940. C’est lui qui nous fait comprendre et vivre aujourd’hui, dans ce monde en changement constant, ce que le Christ nous a dit, il y a 2000 ans. L’Église sera toujours de son temps si elle s’ouvre à son Souffle qui souffle aussi dans le peuple de Dieu, à la base.

Décrivant les événements troublants annoncés dans l’Évangile, le Christ nous propose de les regarder comme un printemps, comme l’éclosion d’un monde nouveau en train de naître. La comparaison joue autour de la floraison du figuier. La montée de la sève du figuier, dans la Bible, signifie celle de l’amour.

Quelle mission?

a) Mission du grand large. Au cœur de l’Évangile, l’opposé de la foi, ce n’est pas l’athéisme ni la non-foi, c’est la peur! Parce que la peur fait voir tout en noir. Parce qu’elle détruit toute vision lumineuse. Quand Jésus apparaît dans la tempête sur le lac, il dit : « N’ayez pas peur, c’est moi, croyez-en moi. » Croire, c’est affirmer qu’il y a du sens à la vie et non de l’absurde. C’est affirmer que la parole de Jésus possède la lumière et non les ténèbres, la vie et non la mort.

Ce n’est pas en s’accrochant à des formulations périmées ni à des structures inadaptées que l’on rallumera le feu. Aussi, les tensions que nous vivons de ce temps-ci ne sont pas une maladie honteuse, mais un signe de santé, de vitalité, une crise nécessaire à un changement authentique de structures.

b) Mission incarnée dans l’aujourd’hui. On touche ici le mystère de l’Église. Le Christ l’a voulue humaine, dirigée par l’Esprit Saint, mais comme institution, elle est appelée à s’incarner dans l’histoire en marche. Le monde de 2008 n’est plus celui de 1930. Le changement est une attitude normale dans l’Église-institution et même une attitude nécessaire pour que le message intouchable de l’Évangile soit audible dans le monde de ce temps.

Dans cette foulée, nous devrions retrouver la vision positive de Jean XXIII sur l’être humain. Il était si désireux que les chrétiens ne vivent pas dans le passé. Il était attentif aux signes des temps. Avec courage, il a invité l’Eglise à être pleinement présente au monde d’aujourd’hui, et cela dans une fidélité sans faille à la grande tradition. Pour lui, l’Eglise ne pouvait pas être hors du temps. Il voulait qu’elle vive l’aujourd’hui de Dieu.

En parlant du bon pape Jean XXIII, le frère Roger, de Taizé, disait : « Quand inlassablement l’Église écoute, guérit, réconcilie, elle devient ce qu’elle est au plus lumineux d’elle-même : une communion d’amour, de compassion, de consolation. Elle devient reflet limpide du Christ ressuscité. Jamais distante, jamais sur la défensive, libérée des sévérités, elle peut rayonner l’humble confiance de la foi jusque dans nos cœurs humains. »

Envisagée ainsi, la présence de l’Église au monde est une voie d’avenir et certainement l’une des plus prometteuse. Une mission où tous les membres de l’Église, toutes et tous sont envoyés pour représenter Jésus et communiquer sa présence. Nous sommes toutes et tous envoyés, autant que le pape, autant que les évêques, autant que les prêtres, tous envoyés, tous vicaires du Christ, autant que le pape, mais autrement, dans une autre fonction.

Allez, allez, proclamer au monde;
Christ est vivant, il habite parmi nous.
Allez, allez, proclamez au monde;
c’est maintenant le royaume de l’amour.

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