Quel type de leadership voulons-nous?

Dans ce temps de passage vers davantage de prises de responsabilité des baptisés dans l’organisation de la mission, le leadership pastoral est un enjeu majeur. Les équipes des paroisses oblates ont abordé la question.

Beaucoup d’églises ferment et les communautés se rassemblent avec d’autres pour poursuivre la vie communautaire et la mission. Il manque de prêtres pour assumer le service presbytéral et le leadership pastoral. Même les communautés religieuses, qui fournissaient une main-d’œuvre abondante, voient leurs membres se retirer du service paroissial, car épuisés, malades ou trop âgés. Assumer une paroisse recomposée de plusieurs autres, œuvrer à susciter dynamisme et unité, et responsabiliser pour la mission commune, c’est une tâche immense. Trop pour un seul homme. Les Oblats de Marie Immaculée, qui ont une longue tradition de travail d’équipe en collaboration avec les laïques, rassemblent depuis plusieurs années les équipes de pastorale de leurs paroisses au Québec afin de voir venir et de préparer ce temps où de plus en plus de paroisses seront animées par des équipes de laïques, présidées par quelqu’un de la communauté, appuyées par un presbytre itinérant.

Lors de la dernière rencontre au Sanctuaire Notre-Dame du Cap, en mai, les équipes pastorales oblates ont participé à une formation sur le leadership donnée par une personne membre du CPP de Saint-Pierre-Apôtre, ayant bénéficié d’une formation à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) et riche d’une expérience de 17 ans comme directrice d’école. Madame Lyse Desroches1, avec compétence et beaucoup d’humour, nous a exposé les diverses théories sur le leadership et aidé à prendre conscience de notre propre dynamique dans nos rapports en équipe.

Une dimension essentielle dans la réalisation de la mission, c’est bien le leadership, généralement assumé par le curé, qui doit parvenir à conjuguer, à mettre à contribution les forces (ou leaderships) de son équipe. A-t-on porté attention, dans l’Église, à la qualité des leaderships et vu à leur formation? Ce fut éclairant pour les participants et participantes d’apprendre qu’il y a plusieurs sortes de leadership, selon les théories. Une première approche est liée aux traits personnels. Ainsi, les leaders de haute performance sont : énergiques, stables, altruistes, matures émotionnellement, intègres, persévérants et tenaces, flexibles. Suit la théorie du comportement du leader situationnel (Hershey Blanchard) où le « patron » adapte ses interventions selon le degré de maturité et d’autonomie de ses collaborateurs et collaboratrices.

Enfin, le leadership transformationnel (Bass) ou visionnaire, que la personne ressource qualifie de « chrétien ». Il va au-delà du rendement. « Il survient lorsque le leader amène ses subordonnés à élargir leurs horizons, à mieux comprendre les objectifs de la Mission du groupe et à se les approprier; lorsqu’il incite les subordonnés à voir au-delà de leur propre intérêt pour envisager celui d’autrui. » Ce leader présente une force d’attraction (le charisme), est inspirant (un modèle), porte de l’intérêt aux employés et est stimulant intellectuellement. Il communique, est capable de faire des bilans critiques et de détecter les problèmes. Il est créatif et met en place des projets de changement. L’assemblée avait suffisamment de repères pour que tous évaluent leur style de leadership en vérité… l’humour aidant.

En soirée, l’assemblée a rendu hommage aux Oblats en faisant le tour du Québec, repérant au passage les nombreux chênes qu’ils ont plantés au bout de leur champ2 : en pastorale missionnaire et paroissiale, en éducation universitaire et formation populaire, en animation de pèlerinage (Sanctuaire Notre-Dame du Cap), etc. Ont-ils perdu leur peine et leur temps parce que de nombreuses paroisses ferment et que la relève « presbytérale masculine » n’est pas au rendez-vous? N’y a-t-il pas une relève de personnes baptisées engagées passionnément dans la mission de mille façons, pas juste en paroisse? Plusieurs étaient présents, hommes et femmes, pour les remercier de la part qu’ils ont pu prendre dans la mission et témoigner de la confiance qu’on leur a manifestée. Combien d’autres ont semé des chênes dans leur champ pastoral qui s’inquiètent du résultat? Il leur tarde d’en voir les fruits.

« Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu’un homme prend et sème dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les semences; mais, quand elle a poussé, elle est la plus grande des plantes potagères; elle devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent faire leurs nids dans ses branches. » (Mt 13, 31-32) Patience! Confiance!

1. Lyse Desroches a été aussi directrice du Centre bouddhiste Kankala de Montréal pendant quatre ans. Elle est actuellement présidente du CPP de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre-Sainte-Brigide.

2. Référence à la célèbrechanson de GillesVigneault, qui dit :« J’ai planté un chêne/ Au bout de mon champ/ Perdrerai-je ma peine?/ Perdrerai-je mon temps? [sic] »

Mots clés :
, , ,