Quarante pas vers une vie nouvelle…

Exercice révolu pour certains, synonyme de privation pour d’autres, le carême ne soulève plus les « passions ». À quoi rime-t-il aujourd’hui? Quels sentiers peut-il nous inviter à explorer? Nous avons demandé à quarante personnes d’horizons divers de proposer un geste concret qu’elles s’engageraient à poser pour vivre le carême autrement. Contre toute attente, l’exercice a redonné à plusieurs le goût de s’offrir ce temps unique d’arrêt. Comme l’avoue une participante : « Je ne croyais pas participer au carême, pourtant cet exercice de réflexion me donne envie d’y entrer. Jusqu’à Pâques... et bien après. »

40 personnalités
40 propositions
pour vivre le carême autrement

1

Je propose cette action concrète durant le carême : aller visiter une fois par semaine une personne âgée qui est hébergée dans un centre de soins de longue durée et lui apporter une rose. Si possible, visiter une personne qui reçoit peu ou pas de visites. Le personnel infirmier peut donner ce renseignement.

Marie Gendron, directrice de Baluchon Alzheimer
www.baluchonalzheimer.com

2

Prendre 5 minutes chaque matin, au réveil, pour rendre grâce et re-découvrir le cadeau qu’est cette nouvelle journée, tout simplement.

Dominique Boisvert, un des membres fondateurs du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV)

3

Je vais faire de cette demande d’action concrète pour le carême le sujet de réflexion, de partage et d’engagement de la prochaine rencontre d’une communauté de base qui réunit quelque vingt personnes engagées.

André Myre, bibliste retraité

4

J’ai l’âge de la retraite et je suis assez désolée de voir combien les personnes de mon âge se désengagent. C’est une société de retraités qui cherchent le divertissement : j’ai assez travaillé, je me fais plaisir, je mérite ça. Je ne suis pas en désaccord avec cette idée, mais je trouve juste que ça devient un discours vide. Si on a la forme pour jouer au golf ou voyager, on ne peut pas dire que c’est parce qu’on est fatigué que l’on ne peut pas s’engager. Vivre le carême autrement, ce serait : en tant que personne rendue à la retraite, je ne suis pas prête à retraiter. Je vais continuer à m’engager dans la société.

Louise Chamberland, retraitée, directrice du Festival de cinéma religieux et humaniste de Saint-Séverin

5

Aujourd’hui, je vais vers une personne d’une autre origine ethnique que moi et je la remercie de participer au dynamique multiculturalisme de la vie québécoise et canadienne.

Annie Pettigrew, spécialiste en éducation, Équitas
Centre international d’éducation aux droits humains

6

Relire mes journées sous l’angle des conversions auxquelles je suis appelée, les accueillir sous le regard de Dieu et les noter afin de les enraciner davantage dans mon quotidien et de vivre en convertie.

Hélène Laflamme Petit, directrice,
Centre de spiritualité Manrèse, Québec

7

Aujourd’hui, dans un moment de détresse, je choisis d’actualiser le triomphe de la vie et de l’amour, en prenant le temps d’inspirer la vie et d’expirer mon malaise.

Marie-Paule Ross, docteure en sexologie clinique, fondatrice et directrice générale de l’IIDI
www.iidicanada.com

8

Comme le carême est souvent associé à la privation, je pense aux gens qui sont privés non pas pendant quarante jours mais à l’année longue, et non pas du superflu mais de la nourriture de base nécessaire à une bonne santé physique et spirituelle (le corps est le temple de l’esprit). Cette année, en famille, décorez une boîte ou un panier et, chaque jour du carême, déposez-y un produit tout en priant pour ceux et celles qui ont faim dans votre communauté. Après Pâques, apportez le tout à la « banque alimentaire » près de chez vous.

Darla Sloan, pasteure, Église Unie du Canada

9

Je serai attentive à la nature qui, dans ses mouvements les plus subtils, prépare en ce moment son dégel et son éclosion. La nature sera mon guide spirituel. J’apprendrai d’elle. Nous cheminerons ensemble dans la confiance en une vie nouvelle en harmonie avec la Terre.

Marie-Andrée Michaud, cofondatrice et directrice du Centre de spiritualité écologique Terre sacrée

10

Pourquoi un choix de vie nouvelle à teneur pascale devrait-il être empreint de mine défaite et d’air abattu? (Matthieu 6, 16-18)

Richard Guimond, dominicain prédicateur et animateur de Messe sur le monde à Radio-Ville-Marie

11

Je ferai un rapprochement avec l’autre, l’étranger, pour trouver des accommodements, afin de préserver le caractère laïque de notre société, sans diluer la dimension religieuse de chacun…

Raymond Gravel, prêtre-député de Repentigny

12

Je propose de vivre une rencontre fraternelle avec une personne d’une autre origine culturelle. Nous pourrions la recevoir dans notre demeure et nous pourrions échanger sur nos rêves communs d’un monde plus humain, plus beau et plus inclusif. Nous avons tant à apprendre l’un de l’autre. Pour ma part, j’inviterai le responsable de la mosquée de Trois-Rivières à un souper chez moi.

Rémi Doré, coordonnateur des projets d’intervention communautaire de l’Université du Québec à Trois-Rivières

13

Voici ce que je propose : aller visiter des églises et prendre le temps de méditer dans au moins deux églises que je ne connais pas, une plus ancienne et une moderne. Passer du tourisme culturel au pèlerinage.

Mario Dufour, théologien et président de la Commission des biens culturels du Québec

14

Petit exercice de vigilance. Des dizaines de fois par jour, notre corps entre en contact avec l’eau. À chaque « rencontre », faire une brève pause, et être attentif à l’instant et au geste. Laisser monter une prière, un sentiment, une image : par exemple, rendre grâce à Dieu pour le bienfait de l’eau, le privilège d’y avoir accès, son utilisation respectueuse, son caractère sacré, un droit pour tous les vivants, etc. Pour vivre un carême de re-connaissance, conscient du don et en rendant grâce à la Source par laquelle, tous, nous naissons d’eau et d’esprit.

Denis Fortin, pasteur, New Richmond

15

Prendre un temps quotidien pour rendre grâce à l’Univers pour la Beauté et la Créativité qui s’offrent à moi : observer et rendre grâce en marchant; m’émerveiller pour la multitude de couleurs, de lignes, de lumières ou d’espaces qui m’inspirent; remercier pour ce don de créativité qui permet de contribuer activement à la Beauté du monde; remercier pour l’abondance reliée à ma vie d’artiste.

Louise Lefebvre, artiste en arts visuels

16

Pour qui prend la peine de la décoder, c’est une action très exigeante! Voici mon action de carême : « J’irai voir Ailleurs si j’y suis. » Bon carême.

Jean Abud, superviseur de la Mission Urbaine

17

Je vais regarder mon agenda de la semaine et « sacrifier » les activités qui créent une tension chez moi en ayant des objectifs très réalistes et agréables, ou encore en ayant le courage de les annuler ou de les reporter.

Pierre Lalonde, psychologue et président de Sentiers de foi

18

Alors que je viens tout juste de donner la vie, je pense à tous ceux qui nous ont quittés durant l’année, particulièrement aux personnes malades et à leur famille que j’ai eu la chance d’accompagner dans le cadre de mon travail, et je prie souvent pour eux. Chaque journée de mon carême 2007 sera dédiée à une de ces personnes dont j’ai conservé la photo et qui trônera sur mon bureau ce jour-là. Autant d’occasions de rendre grâce pour ces rencontres pleines de vie jusqu’au dernier moment et au-delà…

Isabelle Bisson, animatrice en pastorale de la santé

19

Pour moi, je veux accueillir le plus cordialement possible les personnes et les idées qui viennent me déranger. Bonne montée vers Pâques.

François Lapierre, p.m.é., évêque de Saint-Hyacinthe

20

Je suis un feu qui dort sous les cendres… Je suis baptisée, épouse, mère, femme, missionnaire, coordonnatrice d’une maison de jeunes. J’ai entrepris la démarche de devenir membre du Réseau des Alliés, à G.R.I.S.-Québec. En devenant membre, je m’engage à lutter contre l’homophobie, en rappelant à mes proches et à tous que chaque être humain est un don de Dieu et que chacun a le droit d’aimer librement.

Luce Dubé, missionnaire urbaine… et humaine

21

Je prends conscience du droit d’auteur et je le respecterai. Ce faisant, j’honore et j’encourage l’unicité de chaque artiste : de la scène, du théâtre, de la chanson, de la musique, de la littérature, de la danse, des arts visuels, de l’audiovisuel, des métiers d’arts. Tout un chacun offre par son don une brèche dans ce monde où se côtoient Beauté et désolation, étonnement et interrogation.

Édouard Mosseau, artiste en arts visuels et en métiers d’arts,
collaborateur à la revue Langues de feu

22

Pour une présence plus humaine à la détresse, je vais organiser une rencontre avec un jeune prêtre dominicain, Bertrand Lebouché, médecin spécialiste du sida et coauteur du livre Où es-tu quand j’ai mal? (Cerf)

Claude Giasson, Réseau Culture et foi, Montréal

23

En ce Carême 2007, j’ai simplement décidé de contrer le rythme effréné de la vie en prenant 15 minutes chaque matin et 15 minutes le soir pour arrêter, prendre le temps de respirer et mettre mon esprit et mon coeur à la disposition de l’Esprit Saint. Bref, ne pas être à la merci de diverses incitations qui portent mon attention à l’extérieur, mais prendre du temps pour être attentive à l’amour de Dieu pour ma vie.

Louise Deschamps, secrétaire au Centre étudiant Benoît-Lacroix
Membre du conseil d’administration de Sentiers de foi

24

Je m’y engage : je me propose de prendre la plume et de m’écrire un mot tous les jours du Carême. Et ce afin de me rapprocher de moi-même, de m’accompagner, de me demander des nouvelles : Comment vas-tu ce matin? Qu’est-ce qui se passe pour toi? Et peut-être, éventuellement, écrire tout ce qui émerge! Se rapprocher de son coeur, c’est aussi se rapprocher de celui des autres et de Dieu!

Yves Rochette, animateur de pastorale en santé mentale et réadaptation en toxicomanie

25

Mon action concrète est relativement simple : je lis chaque jour, à petites doses, tôt le matin ou en fin de soirée, quelques pages du livre du P. Timothy Ratcliffe, Pourquoi donc être chrétien? (Paris, Cerf, 2005). J’y trouve une parole fraîche et inspirante qui nourrit ma réflexion.

Jean Duhaime, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Montréal

26

Je souhaite expérimenter une recette de savon à vaisselle maison. Ingrédients : savon pur, eau et vinaigre. Préparation : Raper le savon dans une casserole et le recouvrir d’eau. Faire mijoter. Ajouter une cuiller à thé de vinaigre blanc et une cuiller a thé de bicarbonate de soude. Je m’engage à fabriquer ce savon, à l’utiliser et à ne plus acheter d’autres savons à vaisselle. Du coup, je bannis l’usage des phosphates et je respecte la santé de la Terre, des eaux et des humains.

Reine Magnan, consultante en formation pour Eau secours! −Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau

27

Je m’engage à lire un texte biblique par jour (selon le calendrier SOCABI), après avoir terminé une démarche spirituelle de six semaines avec l’aide du livre (en anglais seulement) The Cup of Our Life, A Guide for Spiritual Growth de Joyce Rupp (Ave Maria Press). Cette démarche est très stimulante.

Nicole Hamel, auteure, Église Unie Saint-Pierre, Québec

28

Me rappelant que nous sommes tous des étrangers sur cette terre, je profite du carême pour redécouvrir la pratique ancienne de l’hospitalité: inviter chez moi à un repas une personne seule.

Pierre-Olivier Tremblay, o.m.i., membre du Tisonnier de Québec

29

On dit que le carême peut être un temps de privation. Pourquoi ne pas jeûner d’essence? Ménager l’auto, utiliser le transport en commun pour une meilleure écologie de notre planète.

Gérald Linteau, prêtre à la paroisse Sainte-Anne de Ville Saguenay

30

Moi et ma sœur, nous avons décidé de jouer à un jeu pour le carême : ne pas parler en mal des autres ou de soi-même pendant 24 heures. Le manquement à cette simple règle nous oblige à rejouer un autre 24 heures. Il y a gros à parier que le plus difficile ne sera pas de contenir notre langue contre les autres, mais bien contre nous-mêmes. Notre vie est jonchée de petits commentaires, de reproches ou d’autojugements qui minent notre amour de nous-mêmes et, par le fait même, nous empêchent véritablement d’aimer notre prochain. Bienvenue aux autres joueurs et joueuses et bon Carême!

Hélène Parent, chargée de projets au Centre étudiant Benoît-Lacroix et Marie-Christine Parent, sa sœur, technicienne en loisirs

31

Pâques signifie « passage »; j’en profiterai pour m’interroger sur la pertinence, la nécessité réelle et l’effet environnemental de chacun de mes achats. Ce sera le début d’une nouvelle façon consciente d’aborder mes choix, la fin d’une consommation « automate ».

Lucie Brousseau, libraire, photographe et collaboratrice à Sdf.info

32

Je m’engage à marcher plusieurs fois par semaine. La marche est d’abord, pour moi, un bienfait pour mon corps : j’ai besoin de faire de l’exercice. Mais marcher sans but représente aussi un moment d’intériorité qui me permet de me recentrer sur ce qui est important, une occasion d’actions de grâce pour ce que la vie m’offre. Marcher me permet parfois de clarifier des choses qui me tourmentent, de dénouer des impasses intérieures. À mon avis, l’idée de la marche est très congruente avec le carême, qui est une marche vers Pâques.

Suzanne Desrochers, formatrice d’agents de pastorale et étudiante de 2e cycle en andragogie

33

Après avoir vu le film Le Grand Silence, dans lequel le réalisateur attire notre attention sur toutes les entrées de lumière dans le monastère (à travers l’embrasure d’une porte, des piliers, le haut d’une fenêtre, une verrière, une chandelle…), j’essaierai de reconnaître les « tentatives » quotidiennes d’entrée lumineuse du Seigneur dans ma vie (rencontres, lectures, prières, événements, réunions, etc.)

Pierre-André Fournier, évêque auxiliaire à Québec

34

Je me propose de « célébrer » chaque jour les moments agréables de la vie (une rencontre intéressante, une belle pièce de musique, un partage enrichissant, un paysage magnifique, etc.) de manière à me préparer à vivre pleinement l’Alleluia! Bref, vivre un carême axé sur l’extraordinaire mystère de la Vie et sa célébration.

Gisèle Lebeau, animatrice de vie spirituelle et d’engagement communautaire au secondaire

35

« Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts. » (Ph 3,10-11) Pas de meilleur moyen de le connaître que de le fréquenter régulièrement. Cela peut paraître évident pour un théologien et agent de pastorale, et pourtant… Je m’engage à ouvrir l’Évangile tous les jours pour « le connaître et éprouver la puissance de sa résurrection ».

Daniel Laliberté, agent de pastorale au diocèse de Québec et doctorant à l’Université Laval et à l’Institut catholique de Paris

36

J’ai l’impression que tout va vite autour de moi ces temps-ci. Plus que jamais, je sens le besoin de me recentrer sur ce qui est essentiel, sur ce sentiment de paix et de confiance qui m’habite parfois. En ce sens, j’ai le goût de prendre de 15 à 20 minutes par jour pour m’arrêter, me concentrer sur ma respiration, méditer et faire le vide. Pour que chaque jour commence dans l’harmonie, et avec le goût de créer de la beauté qui monte en moi alors…

Ghislain Bédard, artiste et secrétaire de rédaction de Sdf.info

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Pendant ce carême « électoral », je vais exercer ma responsabilité de citoyen en tentant de saisir pleinement les enjeux à venir, en prenant position sur divers sujets, en favorisant les discussions entre amis, en écrivant à mon député, bref en participant le plus possible aux débats de société et en votant de façon éclairée.

Jean-Philippe Perreault, rédacteur en chef de Sdf.info

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Une invitation demeure encore persistante : « Lève-toi et va vers toi-même. » (Le Cantique des Cantiques) Aussi, en ce temps de carême, bottes aux pieds et silence en tête, je sors très souvent pour m’entendre marcher et écouter la voix du Vent.

Marthe Boudreau, agente de pastorale retraitée et de retour après 42 jours sur le chemin de Compostelle à l’automne 2006.

39

Pour le carême, je propose de vivre une expérience dépaysante. D’abord, on peut participer à une liturgie autour de Pâques dans une église chrétienne d’une autre tradition que catholique romaine. Ou on peut faire une visite spirituelle de l’ancienne prison du Musée des Beaux-Arts du Québec qui est un véritable lieu d’inspiration. Ou on peut visiter une exposition d’art moderne, un lieu d’art qui nous dépayse et nous questionne…

Daniel Fradette, coordonnateur de l’animation religieuse de l’Université Laval, à Québec.

40

Votre propre proposition…
pour vivre le carême autrement. Bonne route!

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