« Prends, lis! Prends, lis! »

Depuis toujours la parole de Dieu est une source de relèvement, de guérison, d’appel pour une mission. Un texte de saint Augustin qui inspire Sébastien Doane.

« Je disais et je pleurais dans toute l’amertume d’un cœur brisé. Et tout à coup, j’entends sortir d’une maison voisine comme une voix d’enfant ou de jeune fille qui chantait et répétait souvent: «Prends, lis! Prends, lis!» Et aussitôt, changeant de visage, je cherchai sérieusement à me rappeler si c’était un refrain en usage dans quelque jeu d’enfant; et rien de tel ne me revint à la mémoire. Je réprimai l’essor de mes larmes, et je me levai, et ne vis plus là qu’un ordre divin d’ouvrir le livre de l’Apôtre, et de lire le premier chapitre venu. Je savais qu’Antoine, survenant, un jour, à la lecture de l’Évangile, avait saisi, comme adressées à lui-même, ces paroles : «Va, vends-ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; viens, suis-moi» (Matthieu 19, 21) et qu’un tel oracle l’avait aussitôt converti à vous.

» Je revins vite à la place où Alypius était assis; car, en me levant, j’y avais laissé le livre de l’Apôtre. Je le pris, l’ouvris, et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes yeux : «Ne vivez pas dans les festins, dans les débauches, ni dans les voluptés impudiques, ni en conteste, ni en jalousie; mais revêtez-vous de Notre Seigneur Jésus-Christ, et ne cherchez pas à flatter votre chair dans ses désirs.» Je ne voulus pas, je n’eus pas besoin d’en lire davantage. Ces lignes à peine achevées, il se répandit dans mon cœur comme une lumière de sécurité qui dissipa les ténèbres de mon incertitude.

» Alors, ayant laissé dans le livre la trace de mon doigt ou je ne sais quelle autre marque, je le fermai, et, d’un visage tranquille, je déclarai tout à Alypius. Et lui me révèle à son tour ce qui à mon insu se passait en lui. Il demande à voir ce que j’avais lu; je le lui montre, et lisant plus loin que moi, il recueille les paroles suivantes que je n’avais pas remarquées : “Assistez le faible dans la foi.” (Romains 14, 1) Il prend cela pour lui, et me l’avoue. Fortifié par cet avertissement dans une résolution bonne et sainte, et en harmonie avec cette pureté de mœurs dont j’étais loin depuis longtemps, il se joint à moi sans hésitation et sans trouble.»

Confessions de saint Augustin, extraits du chapitre 12.

Mots clés :
, , ,