Pour l’amour de Dieu

Ce film de Micheline Lanctôt nous raconte l’éveil à l’amour – et ses complications – d’une jeune préadolescente des années cinquante, Léonie. C’est de son point de vue que nous vivrons ces événements.

Une travailleuse des médias reçoit un jour un colis à son bureau. Elle y trouve son journal personnel, perdu depuis belle lurette, qu’elle s’empresse de lire. Nous plongeons alors dans son passé, les années 1950, au Québec, où la religion catholique régnait en maître absolu.

Une jeune religieuse enseignante, sœur Cécile, est toute à la joie de son travail d’éducation auprès des jeunes filles du primaire. Dans sa classe, il y a cette élève, Léonie, 11 ans et demi, qui manque grandement d’affection à la maison et qui trouve son réconfort dans la religion, auprès de son Jésus tout en douceur et de sœur Cécile.

Son petit bonheur se porte bien jusqu’au jour où le séduisant Malachy, candidat au sacerdoce chez les Dominicains, vient saluer sœur Cécile au nom de son frère. C’est le coup de foudre pour sœur Cécile et Léonie. Mais à mesure que sœur Cécile et le père Malachy se rapprochent, Léonie, qui voit tout, réalise qu’elle risque de perdre sa seule source d’affection.

Négligée par sœur Cécile qui a la tête ailleurs, elle devient jalouse. À ce premier triangle amoureux s’ajoute celui qui relie chacun des deux adultes à Jésus, envers qui ils se sont engagés par vœux pour la vie. Léonie en aura plein la conscience et peinera à dénouer ces nœuds sous le regard d’un Jésus bienveillant et fort silencieux.

Lanctôt évoque avec pudeur les désirs amoureux et les rapprochements du couple : des regards d’émerveillement, des effleurements, une balançoire qui va au rythme d’une relation sexuelle, des nuits sans sommeil, un extrait du Cantique des cantiques qui assimile l’amour divin aux désirs et aux rencontres amoureuses des humains. Puis, à bout de résistance, vient l’aveu réciproque en confession. Une sœur est aussi une femme et un prêtre, un homme. Cela nous est dit dans une scène particulièrement touchante où sœur Cécile enlève doucement une partie de son costume religieux, révélant un corps de femme sous l’enveloppe, tout en chair et en désirs. Comme si elle vérifiait la réalité de son corps. C’est d’ailleurs ce qu’elle lancera à ses consœurs lorsqu’elle les quittera : « Je n’ai pas honte d’être une femme », ajoutant : « Vous n’avez jamais aimé alors que Jésus est amour. » Le film nous laisse voir qu’à cette époque, on rencontrait Jésus (Dieu) surtout à l’église ou à la chapelle et en prière dans l’intimité de sa chambre. Par ailleurs, les communautés religieuses et les paroisses, par leurs « œuvres sociales », parvenaient à le retrouver chez les pauvres et les exclus.

Le débat intérieur est grand – à en perdre le sommeil! – chez nos deux amoureux qui ont consacré leur vie à suivre Jésus fidèlement. Le feu de la passion est puissant. Le doute s’installe… Ai-je fait le bon choix? Est-ce vraiment ma vocation? Au secours! Seigneur, réponds-moi! Route inévitable de tous les engagements. Ce Jésus doux et humble de cœur, qui parle peu, dira pourtant à sœur Cécile : « Je suis la porte; qui entre par moi trouvera un pâturage. » Quant à Léonie, sans vraiment le réaliser, elle viendra trancher ce noeud en dénonçant les amoureux en confession. Elle y perdra ses deux amours, les « autorités compétentes » relocalisant le père Malachy, et sœur Cécile changeant de cap.

Rendue âgée, sœur Cécile revoit Léonie qui lui demande si elle est heureuse. On sent bien que sœur Cécile se donne des justifications : ça n’aurait pas marché, lui et moi, on était trop pareils. Celle-ci semble éteinte. En partant, Léonie aperçoit Cécile qui se berce en chantant : « Le Seigneur est mon berger; je ne manque de rien… » Mais son visage et le ton de sa voix ne sont pas convaincants… Ils existent pourtant bien, ces verts pâturages. Quel mystère que notre parcours terrestre et que nos amours en cette vie! Il y en a qui se font eunuques pour le Royaume des cieux. Comprenne qui pourra!

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