Porto Alegre : un appel à la transformation du monde

En février, avait lieu la 9e Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises à Porto Alegre, au Brésil. Les « grands accomplissements » de cette rencontre ont-ils engendré les transformations attendues?

Le Conseil œcuménique des Églises (COÉ) a été fondé à Amsterdam en 1948. Le COÉ est aujourd’hui le plus important rassemblement d’Églises chrétiennes de la planète. On y retrouve 345 Églises, dénominations et communautés, d’une centaine de pays du monde, représentant environ 560 millions de chrétiennes et de chrétiens. Bien qu’ils n’en soient pas membres, l’Église catholique ainsi que de nombreux groupes de la mouvance évangélique et pentecôtiste participent soit de plein droit aux divers comités du COÉ, soit en partenariat dans des programmes de diaconie.

Sous le thème « Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce », la 9e Assemblée générale du COÉ s’est tenue du 14 au 23 février 2006 sur le campus de l’Université pontificale de Porto Alegre, au Brésil. Six plénières devaient permettre de travailler ce thème (injustice économique; identité chrétienne; vaincre la violence; Amérique latine; unité de l’Église et avenir de œcuménisme). En tout, 4 000 participants du monde entier et de presque toutes les dénominations ont participé au rassemblement. Et c’est justement l’aspect le plus spectaculaire : l’immense diversité des Églises et la remarquable richesse de cette diversité. La cérémonie d’ouverture, sous la grande tente, pouvait être vue comme la représentation de la communion indicible des peuples de la Terre : des milliers de personnes de tous les coins du monde, de tant d’origines, de langues, de cultures, de couleurs (vêtements et peau), de confessions, de fois, de traditions religieuses différentes réunies en un seul chœur, une seule espérance, dans le désir partagé et irrépressible de rendre gloire à Dieu.

Pour les participants, chaque jour commence et se termine par un temps de prière. Puis on se retrouve en groupes de 15 personnes (selon leur langue d’usage commune) pour des études bibliques basées sur la documentation de l’Assemblée et des échanges d’expériences; ce qui s’avérera, aux dires de plusieurs, l’un des lieux les plus riches et intéressants. Pour ceux qui ne participent pas aux neuf comités de travail, c’est le temps des « entretiens œcuméniques » dont les buts sont la transformation de l’œcuménisme. Sont également prévues des rencontres par continent, des réunions confessionnelles, des célébrations eucharistiques dans les Églises locales, sans oublier le Programme des stewards par lequel 120 jeunes suivent, tout en travaillant à l’organisation, une formation à l’œcuménisme. Il y a également le Camp des jeunes, le Congrès des professeurs et étudiants en théologie latino-américains, le café théologique…

De retour, je me demande si nous avons vraiment « transformer le monde ». En jasant une dernière fois avec des participants, je reçois deux types de réponses : celle voulant que, transformés, nous devions chacun, chacune de notre côté transformer notre coin du monde; et celle exprimant une déception quant au piètre contenu des plénières, à l’espace réduit de discussion et à la portée limitée des décisions. Dans sa dernière présentation aux journalistes, le secrétaire général du COÉ, Samuel Kobia, décrit avec enthousiasme les accomplissements de cette Assemblée : le fait d’avoir réaffirmé la vitalité, le dynamisme et la diversité du mouvement œcuménique; l’engagement solide et indéfectible à l’unité visible et à la lutte pour vaincre la violence; l’engagement des Églises à travailler ensemble à ces deux objectifs; la pertinence du COÉ en tant que plateforme globale majeure pour atteindre cette mission de l’unité et son rôle privilégié au sein du mouvement œcuménique.

Aucune fois, cependant, il ne prononcera le mot « transformation ». Il n’y a guère eu de dénonciations virulentes, guère d’envolées prophétiques, guère d’appels à lutter contre le mal sous toutes ses formes, contre les oppressions et les injustices, contre les avancées impitoyables de l’impérialisme économique; guère de visions d’urgence vis-à-vis des situations nombreuses et dramatiques auxquelles Dieu nous enjoint de réagir. Qu’avons-nous transformé? Avons-nous été transformés par cette Assemblée qui devait être « celle de la jeunesse »? Est-ce que j’en demande trop? Est-ce que le thème n’était avant tout qu’une prière à Dieu et non pas un appel à l’imagination et à la vision?

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