Porter la célébration au cœur de la vie

Le projet rimouskois RESPIR offre des solutions de rechange au modèle de la paroisse qui rejoignent à la fois les individus et intègrent la célébration au contexte culturel et sociopolitique.

Question : une initiative diocésaine peut-elle être vue comme un sentier de foi? J’y réponds oui et je m’explique.

Tout ne va pas de soi dans les avenues du pouvoir institutionnel. Il y a des pratiques qui peinent à y trouver leur voie comme des sentiers à tracer. Ainsi, même si le besoin de trouver autre chose que le véhicule institutionnel de la paroisse pour assurer une spiritualité chrétienne avait été affirmé par deux instances majeures du diocèse et par le rapport d’un comité mis sur pied à cet effet, le tout fut tabletté. La résistance institutionnelle était telle qu’il a fallu les pressions d’un groupe de conscientisation pour qu’on arrive à créer RESPIR. Comme quoi l’institution n’est pas toujours monolithique et qu’il faut savoir persister. Ce qui ne veut pas dire non plus que la résistance institutionnelle s’est dissipée. L’enjeu est de taille : trouver un autre sentier que la paroisse. Or les diocèses s’identifient depuis des siècles au système paroissial. On peut donc penser que RESPIR sera longtemps minoritaire et devra sans doute affirmer son autonomie.

La pratique de RESPIR est aussi une pratique marginale au niveau national, dans la mesure où elle relativise la voie royale de la paroisse qui, trop souvent, réduit dans les faits la pratique de la foi à une sacramentalisation présentée comme un en-soi qui ne tient guère compte des parcours individuels ou de la culture ambiante. La spiritualité avait été laissée à la pastorale scolaire ou à des groupes traditionnels spécialisés qui ont disparu. On ne peut s’étonner que tant de gens s’investissent dans les spiritualités orientales ou le New Age.

En un certain sens, RESPIR trace une nouvelle approche dans la mesure de son audace intégrative. On est habitué aux pastorales sectorielles. D’un côté, la liturgie ou les dévotions, ou les démarches spirituelles; de l’autre, la pastorale sociale. Le psy ou le socio. RESPIR se fait carrefour. D’une part, l’individu peut y prier, y méditer, seul ou avec d’autres. Il peut y trouver un accompagnement ouvert au soutien psychologique. Qui plus est, il pourra même participer à un club de lecture spirituelle. C’est tout autre chose que la dépendance à une liturgie répétitive où l’on vous dit d’en haut les émotions à ressentir ce jour-là. Une démarche qui habilite chacun et chacune à se prendre en charge, une démarche d’empowerment, pour reprendre le terme anglais qui fait ressortir la dimension de libération politique d’une telle stratégie.

Ce genre de stratégie trouve toute son efficacité lorsqu’elle ouvre, d’autre part, sur le collectif. Or RESPIR veut acculturer la célébration chrétienne. Pâques n’est plus que quelques offices religieux dans des églises plus ou moins fréquentées. La célébration s’annonce dans un genre bien québécois, le festival, qui multiplie les facettes. On tient compte aussi bien du temps saisonnier (le printemps) que de l’actualité politique (en 2011, on y évoquait le printemps arabe). On y mixte les activités culturelles (musique, poésie, etc.), sociopolitiques et liturgiques : Jeudi saint, journée du pain partagé, avec la cueillette et la distribution du même pain à l’Eucharistie et chez les plus démunis; chemin de croix à thème pénitentiel écologique. Je n’ai jamais vu un programme pascal aussi généreux et pertinent dans sa thématique et je réalise le défi que cela suppose de rester à la hauteur des problématiques actuelles et du Mystère chrétien.

En finissant ce texte, j’apprends, par la bande, l’existence d’une dernière initiative de RESPIR qui marque une conversion possible au-delà du modèle paroissial. Lors du dernier Forum social du Bas-Saint-Laurent, RESPIR a organisé un atelier sur le thème suivant : Notre spiritualité au cœur de nos engagements. On se trouve loin des reproches souvent entendus en paroisse, à l’occasion des grandes fêtes ou des sacrements : qu’il faudrait revenir plus souvent à l’église… À l’atelier offert par RESPIR, qui n’est pas dans le monde de la diffusion de la parole d’autorité vers la base muette, on invite, dans un milieu sécularisé, ceux qui s’intéressent à une dimension importante de l’action à venir partager.

Il n’est pas surprenant que, devant un projet qui s’inscrit dans des perspectives d’empowerment des personnes et d’inculturation sociopolitique, et une terminologie et des valeurs encore peu présentes dans l’Église, la Fondation Béati n’ait pas hésité à accorder un financement initial qui permettra l’embauche d’une personne.

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