Pas plus d’or ni de besace que François

Comment parvenir à trouver l’essentiel dans un monde de bruit, d’agitation et de consommation compulsive? Une jeune femme d’ici aurait-elle trouvé une piste?

« Mon espérance est en Jésus Christ qui me rend à moi-même chaque jour. Je sens que je suis aimée de lui. C’est mon roc. C’est solide. » Quand on a la chance de causer avec Alexandra, c’est exactement ce que l’on ressent : on a aussitôt la conviction que cette jeune femme est entière, bien intégrée dans son être, et qu’elle sait quels sont ses appuis.

N’est-ce pas là le premier fruit, le fruit le plus important, de la relation avec le Christ? Nous ne parlons pas ici d’une foi simpliste, qui dit béatement que, parce qu’on a la foi, tout va bien. L’image évangélique du roc, c’est plutôt celle que nous propose Jésus : « La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. » (Mt 7, 25)

L’image n’a-t-elle pas de quoi faire sourire? La maison qu’Alexandra a bâtie sur le roc et que rien n’emporte, c’est une tente de toile « renchaussée » de neige! On aura compris que la jeune femme a découvert où se tient l’essentiel. Comment ne pas voir dans son parcours nombre de parallèles avec l’itinéraire de François d’Assise? Certes, le point de départ diverge assez radicalement : alors que François doit couper les ponts avec son père et, nu, tout remettre dans les mains de son Père du ciel, Alexandra, elle, n’hésite pas à affirmer que les racines de son expérience spirituelle se trouvent dans le foyer familial. Mais pour la suite, le poverello d’Assise et la jeune aventurière sont en grande communion. Dans sa tente d’« ermite », elle accueille ses amis interrogatifs, avec lesquels elle prie (s’ils le veulent, sinon elle priera seule en leur présence!). Sa vie interpelle, sa vie est annonce d’Évangile. Quand elle part sur les routes, elle n’a pas vraiment plus « d’or ni de besace » que François l’évangélisateur ou que les disciples envoyés deux par deux par Jésus. Juste de quoi faire face aux rigueurs du climat nord-côtier… Et en route, elle sème, au gré des occasions, des rencontres… C’est sans parler de son amour de la nature, presque aussi fort que celui de ses frères et sœurs. En fait, dans ses mots, on sent que, toujours comme François, les plantes sont ses sœurs et les animaux ses frères… Une foi bien ancrée dans le roc, disions-nous.

Une foi assez solide pour oser, maintenant, faire face au déséquilibre potentiel en entreprenant un parcours d’études en théologie. En effet, entrer à la « fac de théo », pour une fille comme Alexandra, c’est oser s’interroger sur le contenu de sa foi, en acceptant que celle-ci pourra se déplacer, se reconfigurer, se nettoyer s’il le faut d’un certain nombre de scories et de fioritures secondaires, tout en sachant que cela ne saura arracher sa tente solidement plantée, c’est-à-dire sa foi comme attitude confiante qui fait qu’elle se repose en Christ « comme un enfant tout contre sa mère » (Ps 130).

Pour parler d’une foi mature, le Directoire général pour la catéchèse emploie fréquemment l’expression « profession de foi vivante, explicite et agissante ». Peu importe les sentiers empruntés, il me semble que c’est ce à quoi nous convie la marche vers en avant, à la suite du Christ : être capable de professer une foi vivante, qui ne soit pas qu’un contenu récité, mais une foi qui fasse vivre, qui donne sens et espérance; une foi explicite, que l’on soit capable de verbaliser, car dans le monde actuel, il y a nécessité, sinon urgence, de pouvoir « rendre compte de son espérance » (1P 3, 15); une foi agissante, car la crédibilité du témoin ne vient pas tellement de ses paroles, mais bien plutôt de la cohérence entre le discours et les actes.

Loin de moi l’idée de tomber dans le discours moralisateur! Seulement, l’itinéraire d’Alexandra me semble refléter à merveille, malgré sa jeune vingtaine, cette posture d’une foi « vivante, explicite et agissante ». Que ce soit une invitation pour nous tous et toutes à découvrir en Jésus Christ une proposition qui suscite, chez nous aussi, une foi toujours plus cohérente, globale, entière, une foi qui n’a pas peur des remises en question qui la font ballotter aux grands vents de la modernité, parce qu’elle est bien ancrée dans le roc solide d’une relation intime avec le Christ.

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