Paroles d’ados, parole de Dieu!

Que peut-il sortir de bon d’une parole d’ado? Que peut-il nous apprendre sur les grandes questions de la vie et de la foi? Suivant l’expérience de la pastorale de rue Chutes-Chaudière, la Parole du Tout-Autre passe aussi par celle des jeunes.

La pastorale de rue Chutes-Chaudière, mise en place en concertation avec huit paroisses de la rive sud de Québec, est animée par Marcel Pellerin, prêtre de 64 ans, curé d’une paroisse et animateur de pastorale au Cégep de Sainte-Foy. Cette pastorale dite « pasto de rue » invente un modèle inédit de pastorale jeunesse. C’est une pastorale de jeunes par les jeunes, où les jeunes travailleuses et travailleurs de rue nouvelle mouture, eux-mêmes aux études, sont une nouvelle espèce de missionnaires. Ils sont plus proches des premiers missionnaires qui ont écouté les gens d’ici et vécu avec eux, jusqu’à devenir des spécialistes de leur langue. La « pasto de rue », selon Marcel Pellerin, « c’est l’Église qui va vers l’Église, car les jeunes c’est l’Église ailleurs, et l’Église c’est les bien-aimés de Dieu. L’Église vit dans ce qu’ils vivent ».

Aujourd’hui, la « pasto de rue » se passe dans la rue, dans les terrains de jeux, dans les maisons des jeunes, sur les terrains vagues, dans les arénas où les jeunes passent leurs temps libres. La pastorale ne consiste alors pas à « transmettre un message », des vérités, une morale ni des contenus à savoir, mais à construire de nouveaux rapports où l’on partage nos histoires, nos vies, nos personnes. La pastorale est entièrement conçue comme l’accueil de l’autre dans ses différences, dans son originalité.

Mais d’où vient une telle pastorale? Selon Marcel Pellerin, le parti pris pour l’écoute se fonde sur l’accueil des textes bibliques selon la méthode sémiotique1 : « Nous rencontrons les jeunes dans la rue comme nous écoutons les textes bibliques : nous écoutons le mouvement de leur parole, le comment de leurs relations. » Les jeunes eux-mêmes disent : « Ça parle de nous, de notre vie et de notre travail ces histoires-là! » Ces « histoires-là », ce sont les récits évangéliques, mais lus autrement. On ne cherche plus à en tirer des morales ou des leçons. Devant le texte comme devant un ou une jeune, il faut déconstruire les images, les idées préconçues, les préjugés. Il faut sortir des savoirs préalables qui empêchent de recevoir l’autre dans son originalité. « Notre lecture du texte biblique et de l’autre se fait comme si on ne connaissait rien… Nous cherchons à avoir un regard neuf, à nous arrêter à ce qui intrigue, étonne, questionne, mais toujours du côté de la relation entre les acteurs ou actrices. Si nous ne trouvons pas l’enjeu d’une relation dans un texte, si nous ne vivons pas le défi de la rencontre avec l’autre, c’est que nous passons à côté de l’essentiel », affirme M. Pellerin.

Mon interlocuteur confirme que les jeunes s’y retrouvent, adorent ça et en redemandent. « Ils apprécient surtout les récits de guérison, de réintégration des exclus dans la communauté. » Tout un virage pour ce « ministre de la Parole », formé et mandaté, habitué de « donner la Parole » de haut et de la commenter selon son point de vue d’expert. « Évangéliser devient désormais donner la Parole au sens de laisser l’espace libre pour la Parole du Tout-Autre qui s’exprime par celle de l’autre, quel qu’il soit. Non pas transmettre, mais découvrir l’inédit, l’inattendu de la Parole chez l’autre. Ce qui construit de nouveaux rapports entre nous, plus authentiques et respectueux. Ça m’a donné beaucoup d’espérance. C’est mon souffle! », dira-t-il.

Les jeunes retrouvent ainsi confiance en eux, en leurs moyens, en leur parole. Ils découvrent et développent leur propre spiritualité, leur propre sens à la vie. Ils prennent des initiatives et proposent des projets aux autorités locales : un spectacle hip-hop dans une église (qui a accueilli 2000 personnes) et la construction d’un skate park. Pour faire connaître le projet, une vidéo a été tournée, justement intitulée À l’écoute des jeunes, où les jeunes s’expriment sur plusieurs sujets d’actualité. Me reviennent en mémoire ces paroles d’une chanson du groupe Harmonium : « On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter » et aussi « Où est passé tout ce monde qui avait quelque chose à raconter? » Mais y a-t-il quelqu’un pour écouter?

1. Étienne Pouliot et Anne Fortin, Re-cueillir la Parole. Une lecture sémiotique des récits évangéliques, Novalis, 2009.

La pastorale de rue Chutes-Chaudière est appuyée financièrement par la Fondation Béati.

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