Pâques en sentiers

Notre campagne de financement commence avec le dimanche d’Emmaüs. Méditation sur l’aspect laissé-pour-compte de cette expérience pascale.

Ils marchent seuls, vers leur village,
avec au ventre l’angoisse froide
qui vous étreint,
à la fin d’un grand rêve ou d’un amour.

 

 

 

 

 

 

 

 
Ils se sont vus arpenter
les allées du nouveau pouvoir,
à la suite du triomphe du Libérateur du pays.
Or celui-ci a été exclu
par les chefs des prêtres et les autorités.
Mort dans l’ignominie.
On ne retrouve même pas son cadavre.

Puis, il y a cet homme
qui veut savoir
ce qui les rend si tristes.
Cet homme qui leur parle
et réchauffe leur coeur.

Arrivés au village, à l’heure du souper,
ils refusent de le laisser partir seul,
sans avoir mangé.

Peintres et prédicateurs
préfèrent la fin de cette histoire :
le partage du pain
et la manifestation du Ressuscité.
Questions.
Coupée du reste de l’histoire,
la fin ne sombre-t-elle pas dans la pensée magique,
la toute-puissance ou le cléricalisme?
N’est-elle pas plutôt la sanction
de ce qui s’est passé avant,
durant la marche et à l’entrée du village?

Car la mort de celui qui les a tant fait rêver
perd sa victoire
quand ils se laissent retrouver Parole.
Et le Maître revit quand son ordre se réalise
et qu’on partage le pain avec le solitaire.

De toute façon, le travail du deuil ne se fait jamais
par des voies tracées d’avance.

Même sur les grands chemins,
qui s’y trouve voué
reste seul
pour déchiffrer son sentier,
entre l’horreur froide de la séparation
et la lumière du re-surgir en Vie.
en sentiers

Michel-M. Campbell

Photo : © Lucie Brousseau, 2009

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