Mille sentiers à parcourir

Le monde et ses merveilles sont un pâturage qui nous attend. Avec audace et confiance, le Souffle du Berger nous y conduit. Un texte interpellant de Réal Pelletier, responsable de l’équipe RESPIR.

Quand les pâturages sont trop ras, le bon Berger, dit l’Évangile, conduit ses brebis dans de nouveaux pâturages. Expérience personnelle : chez nous, les moutons avaient leur enclos propre, tout à fait au bout de la ferme paternelle. À tout bout de champ, les moutons sautaient dans le champ d’avoine avoisinant, et j’étais désigné pour aller les renvoyer dans leur enclos, à pied, car il n’y avait pas de 4 x 4 en ce temps-là. Parfois, papa prenait les grands moyens : leur mettre des carcans. Mais rien à faire, ils développaient de nouvelles habiletés. Et puis, un jour, on écoutait leur voix qui nous disait, dans leur langage : « Le pâturage est ras, nous désirons de verts pâturages. » Quand notre vie spirituelle se durcit et s’étiole, quand notre vie en Église décline et s’anémie, quand les brebis sautent la clôture, on aura beau leur mettre des carcans, elles vont quand même sauter dans l’avoine du voisin… Elles ont besoin de nouveaux pâturages.

Mais où trouver ces nouveaux pâturages? Inutile de chercher de midi à quatorze heures et de sauter la clôture : ces nouveaux pâturages ne sont-ils pas là devant nos yeux? Ils sont dans la vie, dans le monde, le monde qui est la création de Dieu, le monde que Jésus a vu, entendu, vécu par son incarnation. La spiritualité passe par les sens et le renouvellement des saisons. La vie en Église n’est pas d’abord dans l’église, mais dans les pâturages du monde et sa beauté. Sans doute, il ne s’agit pas d’une simple jouissance esthétique, mais plutôt de vivre le sensible comme porte d’accès au spirituel. Ainsi, l’art, la poésie, les sciences, l’écologie, la technique et leur beauté sont des chemins où se manifeste la présence palpitante de Dieu. Notre Dieu n’est-il pas Source de vie en abondance, d’émerveillement et de joie. Chaque visage humain, chaque histoire, chaque créature, chaque bosquet, chaque ruisseau est un sentier à découvrir en y marchant. « Il y a mille sentiers qui n’ont jamais été parcourus, mille sentiers et mille terres, cachées de la vie. » (Nietzsche)

RESPIR a entrepris d’explorer de nouveaux pâturages pour renouveler la vie et la mission de l’Église de Rimouski. Le Festival de Pâques de Rimouski (2010) fut une tentative, sans doute très modeste, d’explorer des sentiers peu fréquentés en pastorale : l’art, la poésie, la beauté, la chanson, l’expérience de fabrication et de partage du pain, une marche de pardon, ponctuée de poses méditatives devant certaines institutions de notre communauté, présentation des organismes communautaires, qui se mêlent au public avec leurs pancartes, diaporamas sur écrans géants dans la cathédrale. Un bref coup d’oeil sur la liste des collaborateurs en dit long : les Conservatoires de musique de Rimouski et de Québec, le Chœur de chambre, les journaux, la radio, la télé et beaucoup d’autres. Tous ces partenaires ont apporté à l’équipe responsable, de façon empressée, leur expérience, leurs ressources, leur compétence, leurs savoir-faire comme autant de sentiers.

Certains en témoignent : « Une Semaine sainte avec de l’air frais… Au cours de la messe de Vigneault, dans la cathédrale remplie à craquer, un courant d’Esprit est passé… Un coup de l’Esprit saint pour une Église qui a besoin de souffle… Une Église qui fête, contrairement à une Église qui se défend… Un renouveau proposé sur la base du dialogue entre foi et culture. » L’Évangile ne nous propose-t-il pas de mettre le vin nouveau dans des outres neuves, d’oser avancer au large, en eau profonde, avec confiance? Le Festival de Pâques n’est qu’un début. Enlevons les carcans qu’il nous reste, peurs et préjugés, pour courir dans les mille pâturages où Dieu nous invite à manger, à partager et à nous réjouir.

Réal Pelletier
coordonnateur de l’équipe de RESPIR

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