Membre à part entière

Les mouvements d’Action catholique sont toujours présents au Québec. Ils ont eu leur heure de gloire… Ne seraient-ils pas un ferment de renouveau pour l’Église, pour relever les défis majeurs qu'affrontent aujourd’hui citoyens et croyants?

Les mouvements d’Action catholique (AC) visaient à l’origine à apporter l’Évangile et l’enseignement social de l’Église catholique romaine dans divers milieux par les personnes vivant dans ceux-ci. L’AC générale, elle, passait par les paroisses. Le premier à viser un milieu précis fut la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) fondée par l’abbé Cardijn, en Belgique, en 1924. Ces mouvements font partie des mouvements d’apostolat laïque qui comprennent, entre autres, le Service de préparation à la vie (SPV) pour les jeunes et, chez les adultes, les Cursillos, les Focolari, la Société Saint-Vincent-de-Paul, les Chevaliers de Colomb, plus centrés, pour leur part, sur le ressourcement spirituel et l’entraide. Les mouvements Scouts (garçons) et Guides (filles) apprenaient, quant à eux, aux jeunes à se débrouiller et à être serviables, en faisant une BA (Bonne Action) par jour.

Au Québec, les mouvements d’AC ont joué un rôle clé dans la formation de leaders sociaux et ecclésiaux : Claude Ryan qui a été éditorialiste au journal Le Devoir et premier ministre du Québec; Jean-Claude Leclerc, ex-éditorialiste au même journal; Gérard Filion, directeur du Devoir; Gérard Pelletier, ministre dans le gouvernement Trudeau; Michel Chartrand, syndicaliste, et Simone Monet, militante féministe pour la paix1; et les parents de Gabriel Nadeau-Dubois… Plusieurs évêques sont passés par là aussi, dont le cardinal Jean-Claude Turcotte (JOC), feu Mgr Charles Valois (JEC), feu Mgr Pierre-André Fournier (JOC) et l’auteur bien connu, le chanoine Jacques Grand’Maison (JOC). Dans les mouvements d’AC, formateurs à l’analyse sociale, tous apprenaient à réfléchir par eux-mêmes, à partir de la méthode du «voir, juger, agir», à se référer à l’Évangile et à agir en groupe sur les problèmes identifiés, comme cela se vit au MIDADE.

Une époque révolue? Pas totalement, malgré les coupures de subventions à ces mouvements par l’Église depuis le début des années 2000. Manque de ressources financières. Mais il en reste peu, et les accompagnateurs ayant pratiqué cette spiritualité sont rarissimes. Serait-ce dû au fait que les autorités civiles et religieuses n’apprécient guère les esprits autonomes et critiques, les citoyens qui se tiennent debout et ne suivent pas la parade? Avec l’AC, on est sur un tout autre registre que l’image séculaire du troupeau qui suit docilement ses pasteurs…

Ces mouvements et leur pédagogie de responsabilisation dans la mission de l’Église vivaient déjà, au départ, l’esprit du concile Vatican II où la liberté de conscience, le concept de peuple de Dieu et de responsabilité des baptisés dans la mission de l’Église ont émergé en force. Lors du Synode sur la justice dans le monde (1971), il sera affirmé que « le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l’Évangile qui est la mission de l’Église pour la rédemption de l’humanité et sa libération de toute situation oppressive ». Ce que reprendra Jean-Paul II dans deux encycliques – La question sociale (1988) et la Centième année (1991) – où il critique durement le néolibéralisme; puis Benoit XVI dans l’encyclique L’amour dans la vérité (2009). En dépit de la révolution conciliaire et de ces prises de position pour la justice sociale, l’Église romaine demeure très axée sur les sacrements, la liturgie et la catéchèse. Les paroisses se rabattent massivement sur la charité. C’est moins risqué… Sur la question de la responsabilisation des baptisés, l’Église d’ici baigne encore dans le patriarcat et le monopole clérical de la Parole. Une personne « ministre de la Parole » s’occupe des interprétations de la Parole et l’assemblée écoute passivement. Il n’y a pas de prise de parole dans les assemblées, sauf dans quelques rares communautés nouvelles. Les conseils paroissiaux de pastorale (CPP) et même diocésains sont peu nombreux. La révolution du membre-sujet-responsable dans les communautés de foi, dont l’expérience de vie et de foi en fait un adulte autonome capable de rendre compte de sa foi en ses propres mots, n’est pas encore advenue.

« Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on ne peut pas réaliser de grandes choses. » Site de MIDADE Québec

Pourtant, l’itinéraire sur le MIDADE nous fait entendre des paroles dignes de Jésus dans l’Évangile : « L’enfant est une personne, un sujet à part entière, et non un objet manipulable… une personne qui doit être respectée et prise en compte » et « l’écoute attentive des enfants qui réfléchissent à des situations qui les touchent, les impliquent et les concernent, constitue le cœur même de toute l’action du mouvement. Les enfants sont des partenaires à prendre en considération… » Combien plus alors ne faudrait-il pas prendre en considération, dans les communautés, les ados et les adultes qui ont déjà une expérience de vie et de foi, qui ont mûri dans les épreuves, les orages et les nuits sans étoiles…

Avec son style de vie évangélique, son esprit de collégialité et ses priorités missionnaires, le nouveau pape François remet bien des choses en question. Il rebrasse vigoureusement les cartes. Dans ce contexte, l’AC est plus que jamais d’actualité pour former les témoins d’une foi vivante, engagée avec audace et libératrice des aliénations et des violences qui oppriment notre monde. Quant à l’Église, elle a un urgent besoin que ses membres y soient à part entière, femmes et hommes.

1. Voir cet article du Devoir.

À consulter

Voir l'article « Une Église contestée au nom de la foi: Action catholique, militantisme chrétien et modernité au Québec, 1930-1970 » de Lucie Piché dans le blogue Bulletin d'histoire politique.

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