Manger sa vie

Avant de se faire messager ou messagère de la Bonne Mouvelle de l’Évangile, il faut « manger sa vie » avec tous les éléments qui la constituent.

Dans une vie, il y a des moments qui se donnent des airs de résurrection. Ce sont souvent des temps de difficultés, de souffrance, de malaises. Personne n’y échappe, mais généralement, alors que nous sommes au cœur même de ce qui est dur à assumer, nous ne réalisons pas que nous sommes en pleine résurrection. L’histoire de Dominique Cyr est truffée de ces moments ombrageux. Mais rapidement, en écoutant battre sa vie, nous nous apercevons que l’ombre n’a pas empêché la lumière de briller dans tout son être, au cœur même de son existence dans tout ce qu’elle comporte.

Dans le livre d’Ézéchiel, chapitre 3, versets 1 à 3, on trouve ceci : « Il me dit : “Fils d’homme, ce que tu trouves, mange-le, mange ce rouleau, et va parler à la maison d’Israël!” J’ouvris la bouche, il me fit manger ce rouleau. Il me dit : “Fils d’homme, fais manger ton ventre et nourris tes entrailles avec ce rouleau que je te donne!” Je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel. »

La première phrase nous rappelle ceci : « Fils d’homme, ce que tu trouves, mange-le… » Et, partant de l’expérience de Dominique Cyr, on peut aisément dire : « Fille d’homme, ce que tu trouves, mange-le… », parce qu’il est clair que jusqu’à maintenant, Dominique « a mangé sa vie! » Manger sa vie, c’est accepter tout ce qui s’y présente comme une nourriture saine qui nous fait grandir, que nous nous en rendions compte ou non. Manger sa vie, c’est marcher au rythme des événements qui se présentent sous diverses formes et les accepter tels qu’ils sont… Je dirais même : manger sa vie, c’est faire corps avec les événements, acquérir une sagesse qui permet de se déployer au meilleur de son être tout en permettant à l’autre devant nous de faire de même.

Intéressant aussi que le texte d’Ézéchiel ne mette pas en premier le fait d’aller parler à la maison d’Israël, c’est-à-dire d’aller enseigner Dieu et la spiritualité au peuple. Non! Le texte commence par insister sur la nécessité de digérer ce qui se passe dans notre existence. Après seulement, quand nous serons devenus assez sages pour comprendre que l’Éternel-le nous veut témoins de sa présence ressuscitante à chaque moment de notre itinéraire terrestre, nous pourrons être signe d’un relèvement toujours possible.

L’importance de lieux d’expérimentation de la foi qui conduisent à une vie totalement assumée

Le parcours de Dominique Cyr correspond beaucoup à celui de personnes qui sont aujourd’hui dans la cinquantaine et plus. Combien de ces personnes ont milité dans des mouvements qui les ont conduits à explorer le sens de leur existence : JEC (Jeunesse étudiante chrétienne), R3, SPV (Service de préparation à la vie), pastorale scolaire, JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et bien d’autres ont largement contribué à former une jeunesse à l’écoute d’un essentiel qu’ils ont laissé mûrir au fil des jours. Cette jeunesse a appris à réfléchir, à discerner, à choisir, à dénoncer, à contribuer au contact des adultes qui ont donné de leur temps et de leur expérience pour asseoir solidement leur personnalité. L’exemple de Dominique Cyr illustre très bien comment tous les éléments de sa vie s’entrelacent jusqu’à expérimenter comment l’Éternel-le se glisse dans son âme pour la conduire sur un chemin de lumière. À la lecture de l’itinéraire, on perçoit très bien comment il a été naturel pour Dominique de frayer avec les intuitions et l’écoute des signes qui lui sont présentés. Elle s’est faite docile à toutes ces manifestations, si bien qu’elle est devenue capable d’accepter ce qui aurait pu facilement devenir l’inacceptable. Ces lieux de préparation sont devenus très rares. Et, actuellement, l’Église est encore centrée sur la préparation des jeunes aux sacrements de premier pardon, de première communion et de confirmation. Les agents et agentes de pastorale doivent composer avec des enfants qui sont souvent plus ou moins intéressés à suivre ces formations chrétiennes. On a vraiment oublié que les sacrements ont été d’abord institués pour les adultes qui s’investissaient dans une longue démarche préparatoire. Les jeunes aiment parler de leurs difficultés et de leurs joies, de leur avenir, de ce qui arrive dans le monde… et en ont besoin. Peut-être qu’au fond, les sacrements ne sont pas si importants que cela à ce stade-ci de leur développement et de l’histoire du Québec. Nous avons probablement davantage besoin de personnes qui savent accompagner un cheminement de vie menant à une foi bien intégrée et inébranlable. Les sacrements sont des signes, mais un signe doit naturellement signifier quelque chose de recevable. Or il est possible de se demander si les signes sacramentels sont réellement valables pour les enfants.

Dominique se découvre « être femme, être laïque, être engagée dans l’Église catholique, être francophone et Québécoise ». Or réussir à faire prendre conscience à un jeune de son identité propre et de sa valeur inestimable, c’est en faire une personne debout, apte à apporter sa contribution à la société qui est la sienne. Puissent les jeunes trouver sur leur chemin des Dominique qui « accompagnent les autres à naître à eux-mêmes, à discerner l’authenticité de leur être et à s’abandonner à la présence de l’Amour en soi ».

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