L’oubli et Liberté de la morale

Les ascètes disent que le « géant du péché » est l’oubli, et un patriarche d’Orient qu’il est du devoir de l’Église de former les croyants à la liberté.

L’oubli

Les ascètes nous disent que l’oubli, c’est le « géant du péché ». L’oubli, c’est-à-dire l’incapacité à s’étonner et à s’émerveiller, à voir. Le non-éveil, une espèce de somnambulisme, celui de l’agitation comme celui de l’inertie. Pas d’autre critère que l’utilité, la rentabilité, le rapport qualité-prix. Le bruit intérieur et extérieur, pour les uns l’agenda trop rempli où chaque moment engrène sur un autre, pour d’autres l’agenda trop vide, la violence et les drogues molles ou dures. Ne plus savoir que l’autre existe aussi intérieurement que moi-même, ne jamais s’arrêter pour rien, dans le saisissement d’une musique ou d’une rose, ne plus rendre grâce – puisque tout m’est dû. Ignorer que tout s’enracine dans le mystère et que le mystère m’habite. Oublier Dieu et la création de Dieu. Ne plus savoir s’accepter comme une créature au destin infini. Oublier la mort et le sens possible au-delà d’elle.

Olivier Clément, Trois prières, DDB, 1993, p. 86-87.

Liberté de la morale

Dans notre tradition orientale, nous avons toujours estimé que la tâche de l’Église est celle de former la conscience chrétienne du peuple en ne donnant que les directives principales d’une conduite de vie conforme à la volonté de Dieu. Mais nous n’interférons pas dans les détails qui sont souvent relatifs et scientifiquement discutables; nous n’interférons pas dans le domaine intime de la vie de chacun. Je pense qu’il est de notre devoir de respecter la liberté que Dieu a donnée à tous, et en même temps de former les croyants à l’exercice de cette liberté, d’alimenter et de faire grandir leur conscience. Cependant, l’Église ne doit pas légiférer de manière à balayer la conscience des gens. Il ne s’agit pas d’un libéralisme ou relativisme moral, mais de laisser à chacun la faculté d’exercer sa conscience. C’est un signe de confiance que l’Église a dans ses fidèles : puisqu’ils ont reçu la grâce de Dieu et ont acquis une éducation chrétienne, elle les considère comme mûrs pour distinguer le bien du mal.

Karékine 1er, catholicos de tous les Arméniens, Entretiens avec Giovanni Guaïta, Nouvelle Cité, 1998.

Mots clés :
, , , ,