L’orientation pastorale de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre

Les Oblats et leur paroisse du Centre-Sud de Montréal ouvrent grand leurs portes, avec audace et courage, aux exclus et aux marginalisés. Ainsi, plusieurs membres de la communauté homosexuelle retrouvent leur dignité d’enfants de Dieu.

Pour décrire l’orientation pastorale de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre, il est utile de faire un bref détour historique. Les Oblats de Marie-Immaculée arrivèrent à Montréal en 1848. À l’invitation de Mgr Bourget, ils s’établissent dans ce qui s’appelait alors le « faubourg Québec » (aujourd’hui le Centre-Sud). Victimes du mépris des citadins, les habitants de ce quartier pauvre et ouvrier éprouvent de la honte à fréquenter l’église Notre-Dame – unique paroisse de la ville à cette époque. Les Oblats se mettent donc aux services de ces exclus. En 1851, ils entreprennent la construction d’une magnifique église néogothique pour desservir cette population marginalisée qui souhaite faire sa place dans la société et l’Église montréalaises. Les Sulpiciens (« Seigneurs de l’île ») s’opposent toutefois par tous les moyens à ce projet qui implique le démembrement de la paroisse Notre-Dame sur laquelle ils règnent. Ils font la vie dure à ces premiers oblats qui s’installent dans leur « pré carré ». Cette hostilité aura pour effet que le statut de paroisse ne sera accordé à Saint- Pierre-Apôtre qu’en 19001. On peut ainsi dire que le combat pour la dignité des méprisés, des pauvres et des exclus remonte aux origines de cette dernière.

Au tournant des années 1970, la construction de la Maison de Radio-Canada (juste en face de l’église) ampute brutalement la paroisse d’un pan entier. Puis, au milieu des années 1980, plusieurs commerces offrant leurs services à la communauté homosexuelle s’établissent dans le quartier – donnant naissance au « Village gai ». Ces transformations profondes font que la vie paroissiale périclite. En 1996, l’équipe pastorale en vient à la conclusion que Saint-Pierre-Apôtre ne peut plus faire fi du contexte socioculturel qui l’entoure : il faut s’ouvrir ou mourir. La paroisse opte alors pour l’ouverture aux réalités du milieu et l’accueil inconditionnel de tous2. Cette décision, aussi courageuse qu’audacieuse, marque un point tournant. Elle engage toute la communauté dans une pastorale de l’inclusion et de l’accompagnement des personnes avec « leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses3 ».

L’option porte des fruits. La paroisse se revitalise peu à peu. La « bonne nouvelle » se répand et les célébrations dominicales en viennent à rassembler des centaines de fidèles provenant de la grande région métropolitaine – et même de partout au Québec. Nombre d’entre eux sont des hommes et des femmes d’orientation homosexuelle qui se sont longtemps sentis exclus et méprisés par leur Église. Plusieurs sont des « recommençants » qui redécouvrent leur dignité d’enfants de Dieu. Ils célèbrent leur foi avec d’autres baptisés à qui l’on refuse souvent une place au banquet du Royaume : personnes divorcées, prêtres laïcisés, personnes aux prises avec différentes formes de dépendance et autres marginalisés de la société et de l’Église. À Saint-Pierre-Apôtre, pas de « moralisme » ni de « légalisme », mais une véritable « éthique théologale », c’est-à-dire l’annonce d’un Dieu Père qui nous fait miséricorde par son Fils et dont l’Esprit de liberté, de vérité et de justice est une grâce qui nous pousse à la conversion personnelle et à la transformation du monde.

En communion avec l’archevêque de Montréal – qui reconnaît l’importance de cette pastorale adaptée tout en mettant en garde contre le danger de créer un ghetto – les Oblats continuent de guider avec prudence et générosité la fragile barque de Saint-Pierre-Apôtre. Ils osent faire confiance aux laïcs qui prennent de plus en plus leurs responsabilités dans la communauté. Ils témoignent ainsi de l’actualité de leur charisme inspiré de Luc 4, 18-19 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… il m’envoie annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres… aux captif la délivrance… aux aveugles la lumière… aux opprimés la liberté… et proclamer une année d’accueil par le Seigneur. » Comme l’indique le site Internet de la paroisse : « Face aux “pauvres de l’urbanité”, la mission Saint-Pierre-Apôtre offre un lieu de fraternité inspiré de l’attitude ouverte et sans jugement de Jésus-Christ. » Fidèle à ses origines historiques, cette communauté chrétienne poursuit donc son combat évangélique pour la dignité des méprisés, des pauvres et des exclus. Sa pastorale de l’inclusion se caractérise par un respect du mystère des personnes et par l’action de grâce pour l’œuvre étonnante que l’Esprit réalise en elles.

1. Voir Lucia Ferretti, « Entre voisins : la société paroissiale en milieu urbain – Saint-Pierre-Apôtre de Montréal (1848-1930) », Boréal, 1992.

2. C’est à ce moment qu’est inaugurée, dans l’église Saint-Pierre- Apôtre, la chapelle de l’Espoir qui est dédiée aux victimes du sida.

3. Constitution conciliaire Gaudium et spes (L’Église dans le monde de ce temps), no 1.

La pastorale de Saint-Pierre-Apôtre, comme la magnifique église néogothique qui accueille les passants tous les jours, a besoin de votre appui financier. Pour contribuer à la campagne de financement, voir le site Web ou joignez le 514 524-3791.

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