Libres comme racines et sève

La liberté est le chemin royal pour arriver à faire de notre monde un lieu de renaissance : croire que la résurrection n’est pas quelque chose de lointain, d'inaccessible et d'impénétrable permet de vivre dès maintenant avec des visages de ressuscités!

Il y a des coïncidences étonnantes au cœur de nos vies! Ainsi, j’ai accepté de rédiger la perspective du mois d’avril, mais j’avais peu de temps pour écrire parce que j’allais vivre un ressourcement de quelques jours. Nous avions pour thème : « Le figuier ou se laisser nourrir par les racines ». Pendant la fin de semaine, nous avons travaillé avec nos racines, nos branches, nos fruits, notre arbre, etc. J’ai donc eu toute une surprise quand, de retour chez moi, j’ai lu la fin de l’article de Gérard Laverdure sur la résurrection! Il écrit : « Ainsi, la dernière fête pascale s’est tenue […] sous le thème “De nos faiblesses notre force”. […]  On s’est demandé ce qui constituait nos racines, notre tronc, la sève qui apporte vie, guérison et relèvement, nos branches tournées vers le ciel et les fruits que l’on porte. Nous sommes déjà ressuscités, aujourd’hui, dans la foulée de la résurrection du Christ. »

Oui, Gérard a raison de dire que la résurrection, c’est pour maintenant, tout de suite. On ne le dira jamais assez! Pour moi, il est très clair que chaque personne expérimente plusieurs fois la résurrection au cours de sa vie : chaque fois que l’on sort d’une grave maladie, chaque fois que l’on se relève d’un coup dur, chaque fois que nous triomphons d’une difficulté quelle qu’elle soit, nous ressuscitons! Nous pouvons donc continuer à vivre plus forts et remplis d’espérance en un avenir meilleur. Les chrétiens et les chrétiennes ne peuvent pas se permettre d’avoir des « faces de carême ». C’est notre crédibilité qui est en jeu.

L’itinéraire de ce numéro ouvre de grandes portes et il est clair que ce sont celles du cœur. Des cœurs libres et crédibles. Tout l’itinéraire respire la liberté du charisme de ces religieuses. Or la liberté est une valeur dont notre monde a bien besoin aujourd’hui. Il ne s’agit pas de la liberté de faire ceci ou cela pour suivre les modes éphémères et plutôt étouffantes. Il s’agit de la liberté que l’on trouve particulièrement dans les évangiles : celle de délier les enchaînés de toutes sortes. Cette liberté-là n’est pas facile à atteindre. Comme le dit Catherine de Hueck, elle consiste à « avancer sans peur dans les profondeurs du cœur des hommes », car c’est dans les cœurs des hommes et des femmes que se trouvent les liens qui enchaînent la liberté. À cet égard, il est réconfortant de constater que Jésus ne rate pas une occasion de faire savoir aux chefs religieux sa façon de considérer leurs pensées et leurs agissements. Prenons simplement la parabole du figuier dans l’évangile de Luc (13, 6-9) : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas. Il dit au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le; pourquoi encore épuise-t-il la terre?” Celui-ci, répondant, lui dit : “Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, eh bien tu le couperas!” »

Ce pauvre figuier qui ne porte pas de fruits représente la race de ceux qui se promènent en robes pompeuses (comprenne qui veut comprendre!), enchaînant ceux et celles qui n’entrent pas dans leurs critères erronés par rapport au lien avec Dieu. Intéressant aussi de voir que Jésus, immédiatement après avoir transmis cette parabole, donne une sévère leçon aux chefs religieux : c’est le jour du sabbat et il entre dans la synagogue, lieu privilégié du judaïsme. Il voit « une femme toute courbée absolument incapable de se relever. Agissant immédiatement, il dit : “Femme, te voilà délivrée de ton infirmité” et il lui impose les mains…. (Oh, quelle horreur: toucher une femme!) À l’instant même, elle fut redressée », ce qui met en colère le chef de la synagogue. Je l’entends presque dire : « Mais comment une femme a-t-elle le droit de se tenir debout, et en plus le jour du sabbat? » Il a dû être scandalisé de cette appellation « fille d’Abraham ». Mais voilà, Jésus n’impose pas de fardeaux aux humains, et encore moins aux femmes. Parlant de celles-ci, il est bon de souligner qu’aucune femme de l’évangile n’est fautive de quoi que ce soit envers Jésus. Intéressant aussi de savoir qu’un texte aussi fondamental que celui de la femme courbée et redressée ne fait pas partie des textes dominicaux de l’année de Luc. Honnêtement, j’ai de la difficulté à croire que c’est par hasard!

Et je termine en revenant sur la liberté vécue à la Maison Orléans. Le secret de sa réussite réside à mes yeux dans cette petite phrase : « On part du quotidien, de la vie, et non de la liturgie, car la foi est une expérience à vivre. » Je confesse qu’il y a belle lurette que je choisis mes lieux liturgiques. Je ne suis plus capable de supporter le fait que nos rassemblements soient une répétition perpétuelle de textes figés qui ne parlent plus à bien des gens qui ont déserté les églises. Or, dans ces lieux où l’on part de la vie, et non de la liturgie, tout bouge. Au passage, je dis que les 148 numéros de Sentiersdefoi.info sont là pour en témoigner. Quant à la Maison Orléans, avec sa quarantaine bien sonnée, elle innove encore tous azimuts, ne ménageant pas la Fraternité et l’Amour. Dans ma tête et dans mon cœur, j’imagine les milliers d’impositions des mains qui se sont produites à la Maison Orléans, même si elles n’ont pas été faites en bonne et due forme! J’y vois des rituels construits d’amicales tapes dans le dos, d’ouverture de bras pour recevoir l’autre tout entier avec ce qu’il est, de paroles qui mettent en route et suscitent l’Espérance, de silences qui permettent l’intériorité. Et je crois que Dieu voit que cela est bon, très bon.

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