Les premiers pas de l’oecuménisme1

« Il nous fallut franchir une double barrière : confessionnelle et culturelle, raconte Irénée Beaubien. Nous avons appris à nous connaître, à nous respecter, à cheminer dans un climat progressif de fraternité chrétienne. »

Pionnier de l’œcuménisme au Canada, le père Irénée Beaubien, jésuite, est le fondateur du Centre canadien d’œcuménisme et… de Sentiers de foi. Nous reproduisons ici des extraits d’un article paru dans un numéro spécial de la revue Œcuménisme en 2004 retraçant les débuts de cette formidable aventure.

Mes études et ma formation terminées chez les Jésuites, j’obtenais l’autorisation de tenter une expérience inédite. Il s’agissait d’aller à la rencontre de nos concitoyens de Montréal qui n’appartenaient pas à l’Église catholique romaine. Sachant qu’un des enseignements majeurs de l’Évangile portait sur l’unité des disciples du Christ en vue de l’unité du monde, je désirais entrer en contact avec les protestants, les anglicans, les orthodoxes et aussi avec les juifs, dont la majorité était anglophone. C’est ainsi qu’en janvier 1952 je fondais au centre-ville de Montréal un nouveau service appelé Catholic Inquiry Forum. […]

Au début de septembre 1957, alors que j’entreprenais une année sabbatique en Europe, je me suis inscrit à une session internationale de cours offerts par le Centre Lumen Vitae, à Bruxelles. Ces cours m’ont sensibilisé au dynamisme des recherches doctrinales et pastorales qui allaient alimenter Vatican II. Alors que l’Église, en tant qu’institution, était encore très réticente à l’égard du mouvement œcuménique, j’ai constaté que des théologiens catholiques s’intéressaient personnellement à ce mouvement. J’ai sollicité des entrevues auprès de ces personnes en plusieurs pays. […]

En septembre 1958, je revenais à Montréal, renouvelé et déterminé à implanter et à développer l’esprit œcuménique dans nos milieux catholiques. Les circonstances m’ont favorisé. Dès octobre, juste avant l’élection du pape Jean XXIII, je mettais en marche un petit groupe formé de pasteurs de quatre dénominations protestantes, d’une part, et, d’autre part, de quelques prêtres catholiques acceptant d’entrer en dialogue avec ceux qu’on qualifiait encore d’hérétiques et de schismatiques. Nous nous sommes mis d’accord pour tenir discrètement des rencontres mensuelles avec, chaque fois, deux brèves communications sur un thème précis, suivies d’échanges. Tous acceptaient de se rencontrer dans un climat de vérité et de charité.

Informé, l’archevêque de Montréal, le cardinal Léger, exigea un rapport écrit à la suite de chaque rencontre. D’abord réticent, il devint peu à peu l’un de nos protecteurs. L’expérience vécue par ce noyau œcuménique s’est avérée fort enrichissante. Il s’y est créé de solides amitiés. Ce noyau deviendra graduellement inspirateur de nouvelles initiatives qui ne cesseront de se multiplier.

En accord avec le doyen de la Faculté de théologie de l’Université McGill, à l’automne 1959, nous amorcions, en anglais, toujours discrètement, un nouveau dialogue au plan doctrinal. Il nous fallut franchir une double barrière : confessionnelle et culturelle. Nous avons appris à nous connaître, à nous respecter, à cheminer dans un climat progressif de fraternité chrétienne. Entre-temps, nous faisions la promotion de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens formulée en France par l’abbé Paul Couturier qu’on a justement surnommé le père de l’œcuménisme spirituel.

En janvier 1962, le cardinal Léger accepta de publier une lettre pastorale bilingue adressée à tous les catholiques de l’archidiocèse de Montréal, lettre intitulée Chrétiens désunis/Christians Disunited. Nous pouvions dès lors agir au grand jour. Cinq mois plus tard, en mai, le Cardinal créait la Commission diocésaine d’œcuménisme. C’était de l’inédit. […]

Un lundi matin, en octobre 1963, je convoquais à mon bureau deux pasteurs anglicans, deux membres de l’Église Unie du Canada, un prêtre orthodoxe et deux prêtres catholiques. Le but : nous demander si l’Expo 67 n’offrait pas une occasion unique de poser un geste œcuménique à la face du monde. On tomba d’accord pour relever lucidement ce défi. Ce fut un long et difficile processus impliquant un grand nombre de personnes. Je crois légitime d’affirmer que Le Pavillon chrétien/Christian Pavilion sur les terrains de l’Expo 67 a été et demeure la plus grande expérience œcuménique vécue au Canada. […]

En 1966, les évêques de la Conférence catholique du Canada (CCC) demandaient à notre Centre diocésain [d’œcuménisme, à Montréal] s’il lui serait possible d’agir comme secrétariat national au service de la nouvelle Commission épiscopale d’œcuménisme mise en place pour répondre aux orientations de Vatican II. En 1974, la CCC se révéla incapable de continuer le financement de l’Office national d’œcuménisme, secteurs anglophone et francophone. À Toronto, le directeur décida de mettre fin à ses opérations. À Montréal, après un long discernement, nous nous sentions incapables en conscience d’abandonner nos services et nos initiatives au plan national. II y aurait eu trop de conséquences négatives. Nous avons donc décidé de fusionner le Centre diocésain et l’Office national d’œcuménisme en une seule corporation avec charte qui prit le nom légal de Centre canadien d’œcuménisme (CCO)/ Canadian Centre for Ecumenism (CCE).

L’avenir de l’œcuménisme? […] Baptisés de toutes dénominations, forts de la puissance et de l’amour de Dieu, assistés de la grâce salvifique de Jésus Christ, guidés par le souffle vivifiant de son Esprit, nous avons tous la responsabilité, dans le contexte actuel, de coordonner nos efforts variés au profit d’une mondialisation qui se cherche et qui devrait normalement répondre aux attentes et aux aspirations les plus légitimes d’une humanité souffrante en quête d’unité et de paix dans la vérité et l’amour. Le mouvement œcuménique bien compris et vécu constitue l’une des principales sources d’espoir pour la promotion universelle du Royaume de Dieu.

1. Extrait de l’article « Le CCO célèbre ses 40 ans. Le Centre canadien d'œcuménisme, d'où vient-il? », dans Œcuménisme, nos 153-154, mars/juin 2004, p.4-7.

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