Les nouveaux signes des temps1

Pas facile de bien lire les signes des temps, dans le monde comme dans l’Église. Ce qui est en jeu ici, c’est l’incarnation de l’Église dans ce monde et sa crédibilité.

Quel temps fait-il sur le monde? Quel temps fait-il chez nous? L’évangile nous rappelle que les apôtres arrivaient difficilement à les lire. Alors, la soirée Relations du 9 février dernier à la Librairie Pauline, à Montréal, a tenté d’ouvrir des pistes d’interprétation.

La nécessité de lire notre temps s’enracine dans l’esprit du concile Vatican II (document Gaudium et Spes) nous rappelle Guy Paiement, théologien, une des personnes invitées à prendre parole. Il relève deux défis majeurs : « Créer des liens avec une humanité qui explore de nouveaux domaines » et « apprendre à lire les signes que l’Esprit de Jésus Christ trace à même notre histoire mouvementée comme autant d’appels à donner des formes inédites à la bonne nouvelle de l’évangile. » Pour lui, cette nouvelle perspective de lecture « implique la mort d’une certaine Église et l’espérance de nouveaux enfantements ». Il dira même : « Nous ne sommes plus dans un univers mental régi par la religion. » Le temps des certitudes et des solutions d’autorité est terminé. Retour à la force et à la fécondité de la Parole manifestée en Jésus qui marche avec nous sur nos chemins. Ce Jésus qui « ne s’intéresse pas à l’observance des rites religieux des gens qu’il rencontre, mais à leur désir de vivre avec les autres, d’être acceptés et pardonnés » et « qui travaille à la réussite de ce qui se trouve en nous d’humain », dira Guy Paiement. « Il en découle que les liens que nous tissons dans notre vie de tous les jours demeurent le lieu par excellence où se jouent nos liens avec cette Présence qui s’y trouve. »

De son côté, le théologien Marco Veilleux porte son regard sur les signes visibles à l’intérieur même de l’Église, dans ses Églises locales, avec chacune leur histoire et leurs défis. Il relève d’abord la part de lumière et d’ombre que recèle l’héritage religieux reçu de l’Église qui est au Québec. Voici quelques initiatives dans la part de lumière : la commission d’étude sur les laïques et l’Église (Rapport Dumont) en 1970; le développement d’une pratique d’analyse sociale et d’engagement pour la justice (mouvements d’action catholique; journées sociales; Centre Justice et foi, Centre Saint-Pierre, messages du 1er mai de l’épiscopat, etc.); engagement massif des chrétiens et chrétiennes et des membres des communautés religieuses dans les mouvements communautaires; depuis 1975, dialogue entre les évêques et le mouvement des femmes; développement d’une « opinion publique » éclairée dans l’Église d’ici : L’Autre Parole (1976), Réseau Femmes et ministères (1982), Réseau Culture et foi (1995), Réseau des Forums André-Naud (2005), le journal Web Sentiersdefoi.info (2005).

Quant à la part d’ombre, elle comprend ce que Marco Veilleux appelle un « enterrement de première classe » des promesses de Vatican II par la réaffirmation du centralisme romain (nouveau code de droit canonique en 1983) et le rejet, par la Curie romaine, de l’ecclésiologie du Peuple de Dieu (Synode extraordinaire de 1985) et du principe de collégialité épiscopale. Sans renier les initiatives fécondes survenues dans l’Église d’ici, « il s’agit plutôt de reconnaître les limites structurelles que ces dernières ont rencontrées et qui ont miné, peu à peu, le projet d’incarner, au Québec, une Église locale vivante », précisera M. Veilleux.

Pour sa part, la théologienne Denise Couture nous a signalé six signes d’envergure internationale : la démesure de la répartition des richesses qui creuse toujours l’écart entre riches et appauvris, le déséquilibre écologique, l’émergence des femmes dans la vie publique, l’accueil des étrangers et étrangères ou les « accommodements raisonnables », l’invisibilité des peuples autochtones et le processus du Forum social mondial ou l’altermondialisme. J’en ajouterais un septième : la reconnaissance de la « nature naturelle » de l’homosexualité.

N’est-ce pas étonnant de voir comment ce « Dieu qui aime passionnément le monde » y est présent et agissant de mille façons. Il agit toujours dans notre histoire et nous fait signe dans les événements, les crises, les luttes de libération, les orages et les éclaircies d’humanité. L’Esprit nous est donné pour bien voir, entendre, discerner et agir. Ce qu’a fait Jean XXIII avec le concile Vatican II.

1. « Cette expression biblique, popularisée par le pape Jean XXIII, évoque ces phénomènes sociaux, historiques et culturels qui interpellent la foi et la mettent à l’épreuve du discernement. » Lise Baroni Dansereau, dans Relations, février 2009, p. 15.

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