Les églises aux tournesols

Le projet Église verte rassemble des communautés chrétiennes qui sentent un appel à prendre soin de l’environnement. Et si le projet de salut de Dieu incluait aussi celui de sa création et de tous les êtres vivants...

Maison Saint Columba, quartier Pointe Saint-Charles, Montréal, 2006. Une jeune écolo, habituée du centre communautaire, lance un jour cette remarque : « Vous vous occupez de justice sociale, il faudrait vous occuper aussi d’environnement! » La directrice de la Maison acquiesce à l’idée. Comme il y a une cuisine, on propose d’abord le compostage. Bientôt s’instaure un jardin communautaire sur le toit, on met en place le recyclage et on change les produits nettoyants. Puis, la directrice, pasteure de l’Église Unie, va voir ses collègues de la région de Montréal et leur présente ce « Green Church Project » qui a cours chez elle. Elle leur propose de profiter de leur expertise. Bientôt, six églises de l’Église Unie du Canada se rallient au projet et deviennent vertes…

C’est ainsi que M. Norman Lévesque, catholique et coordonnateur actuel du projet Église verte, raconte les origines de l’initiative. Aujourd’hui, « le projet Église verte soutient les églises dans la réduction de leur empreinte écologique et dans la redécouverte d’une spiritualité plus près de la nature », explique-t-il à propos de ce projet rassembleur et novateur. « En 2009, le projet a pris un virage œcuménique : il a inclus les traditions catholiques et orthodoxes. Il compte aujourd’hui quinze églises, francophones et anglophones. De plus, dix autres églises ou communautés se montrent intéressées, dont le Grand Séminaire de Montréal et l’Oratoire Saint-Joseph. »

« Les chrétiens ressentent de plus en plus l’appel à prendre soin de la création, soutient-il. Ils se rendent compte qu’il y a quelque chose de leur tradition qui a été perdu, et doit resurgir. Pour eux, cependant, le lien entre foi et environnement ne va pas de soi au départ. » Pour retisser ce lien, il importe pour lui de puiser dans ce qui existe déjà au sein de nos traditions spirituelles. « Je raconte l’histoire de Noé dans laquelle Dieu fait alliance avec tout être vivant; celle de Joseph qui annonce des années de vaches maigres (pensons aux changements climatiques); la fin de l’évangile de Marc où, à son départ, Jésus dit : allez porter la Bonne Nouvelle à toutes les créatures (au lieu de toutes les nations). Cette lecture écologique étonne même les théologiens. Mais, selon les commentaires que je reçois, tous trouvent cela rafraîchissant. On m’a dit récemment que c’était une véritable théologie de la création que je faisais. On sort d’une vision anthropocentrique pour retrouver une vision où tous les vivants font partie du projet de Dieu. Depuis 300 ans, avec Descartes, on a chosifié la nature, on en a retiré l’être humain. Cela a comporté des avantages, mais on en connaît les conséquences : on s’est déconnectés de la nature et on en a oublié sa valeur. Pourtant, sans la terre, on n’est rien. »

« Et tous les arbres des champs battront des mains! »
(Es 55,12)

« Cette théologie nouvelle est un défi, confie M. Lévesque. C’est un discours bien reçu, qu’on est en train de redécouvrir. Parmi les figures de proue qui nous inspirent, il y a bien sûr François d’Assise, mais aussi saint Kevin d’Irlande, amant de la nature, et fondateur d’un monastère. Il a peu écrit, mais, selon la tradition, quand il priait près du lac, une loutre lui apportait à manger. Par respect pour leur fondateur, les moines ont gardé des liens étroits avec la nature. Aujourd’hui, le boisé qui entoure ce monastère est un des seuls qui restent dans ce pays. Aussi, en côtoyant les orthodoxes, on voit que, pour eux, le respect de la création est important : la nature est une véritable icône de Dieu. Et leur prière universelle contient toujours une intention pour les blessures faites à la création. »

Afin de soutenir les chrétiens dans leur engagement en ce sens, le projet définit trois axes d’intervention. « D’abord, l’action environnementale. Elle consiste en des gestes concrets : changer les ampoules, instaurer le recyclage, éliminer les verres en styromousse, etc. Ensuite, la sensibilisation environnementale. Elle se fait, par exemple, en publiant une capsule écolo1 dans le bulletin paroissial, en invitant un conférencier ou en organisant une discussion autour d’un film sur le sujet. Enfin, la spiritualité écologique. Cet axe propose d’organiser une célébration qui porte sur le thème de la création au moins une fois par année, idéalement une fois par saison, et d’intégrer l’environnement à la liturgie. Elle peut se faire autour de la fête de saint François ou du Jour de la Terre (22 avril). Cet axe invite aussi les gens à nourrir leur réflexion en puisant à même nos traditions spirituelles et les écrits de théologiens contemporains, comme Thomas Berry. Bref, on ne s’attarde pas juste à ce qui est fait, mais aussi à ce qui est dit et prié. […] Par exemple, certains incluaient des textes sur la création dans la liturgie, mais utilisaient des verres de styromousse. D’autres avaient la géothermie dans leur église, mais les paroissiens ne savaient pas à quoi ça servait », soutient M. Lévesque. Les trois axes permettent donc de développer une approche globale et de susciter l’engagement écologique au nom de sa foi. Et l’équipe du projet, composée de plusieurs bénévoles, les accompagne dans ces voies.

« Questionne les bestiaux, et ils sauront t’instruire; les oiseaux dans le ciel, ils te renseigneront. »
(Jb 12, 7)

Le mardi 9 février dernier, le premier colloque du projet Église verte avait lieu à l’église Saint-Charles, à Montréal. Plus de 150 personnes y étaient présentes. Une conférence de M. André Beauchamp, prêtre et écologiste, ouvrait la journée. Avec lucidité, il a invité les gens à s’ériger contre la morosité actuelle, à nourrir l’espérance et à passer à l’action, car « il est temps maintenant ». Ensuite, trois ateliers reprenant chacun des axes ont permis aux gens de présenter leurs initiatives locales. Enfin, une célébration œcuménique où tous ont prié leur Créateur pour la création a clôturé le colloque. On a alors remis aux gens des graines de tournesol qu’ils ont été invités à semer devant leur église. Un symbole évocateur dont le projet fera désormais la promotion. Ainsi, dans les années à venir, en été, ce sera facile de reconnaître les églises vertes…

Selon les auteurs du livre Pour une écologie chrétienne2, il importe que les Églises s’inscrivent dans le courant écologique afin d’y apporter un éclairage différent. « Dans l’écologie chrétienne, souligne M. Lévesque, l’accent est mis sur la transmission de ces valeurs aux générations à venir. Cette vision mène à l’espérance. Devant les enjeux énormes, il est facile de désespérer. Notre projet veut apporter une Bonne Nouvelle, non pas être alarmiste : l’environnement n’est pas que problèmes! Il ne s’agit pas de nier les enjeux, mais de changer notre relation à la nature, d’en redécouvrir l’importance et ainsi de développer tout le respect qu’on lui doit. » Car Dieu s’y laisse aussi découvrir…

1. On peut retrouver ces capsules sur le site www.egliseverte-greenchurch.ca.

2. Hélène et Jean Bastaire, Pour une écologie chrétienne, Paris, Cerf, 2004.

Si vous avez des questions et des commentaires, ou si votre communauté désire faire partie du projet, n’hésitez pas à nous contacter.

Coordonnées

  • Norman Lévesque, coordonnateur du projet
  • Église verte / Green Church Project
  • 1435, rue City Councillors
  • Montréal (Québec)
  • H3A 2E4
  • 514 844-9128
  • info@greenchurchproject.org
  • www.egliseverte-greenchurch.ca

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