L’émotion des choses

p>À l'occasion de sa tournée musicale au Québec, Yves Duteil en a profité pour promouvoir son recueil de chroniques intitulé La petite musique du silence (Médiaspaul). L'occasion était belle pour l'entendre parler de sa quête spirituelle.

À l’automne 2014, Yves Duteil était en tournée au Québec avec son nouvel album Flagrant délice. Sur son Blog à part, il écrit : « De cette tournée nous garderons un accueil inoubliable et une galerie de souvenirs lumineux. Le climat qui nous restera gravé sera celui des salles, tantôt intimistes, tantôt impressionnantes, et le silence respectueux qui résonnait à la fin des morceaux, l’éternité d’une seconde… »

Parallèlement à cette tournée, il s’est aimablement prêté à deux entretiens1 avec Alain Crevier. À Québec, la publicité disait : « Yves Duteil est habité par une authentique quête spirituelle. Un “guetteur d’aube” qui éprouve régulièrement le besoin de prendre la plume pour confier “son regard intérieur” sur les êtres, la vie, le monde… »

D’emblée, il nous apprend qu’il a une double appartenance : enfant de famille juive, petit-neveu d’Alfred Dreyfus, il est aussi devenu enfant de Marie par le baptême chrétien qu’il a reçu en 1949. La guerre était terminée depuis 4 ans, mais sa mère a voulu le faire baptiser, par précaution, comme on le faisait pour les petits juifs de 1939-45, afin de les protéger contre les dangers encourus par les familles juives. Un certificat de baptême épargnait des tourments, des tortures et la mort aux enfants. Yves Duteil peut donc dire à juste titre : « Je suis réellement judéo-chrétien! Jusqu’à l’âge adulte, je n’avais pas d’appartenance précise, mais j’ai une ouverture sur la spiritualité non dogmatique. »

La maladie de son épouse Noëlle est venue bouleverser les choses. Il raconte cette maladie qui l’a surpris en train de prier : « Je priais sans que j’y prenne garde. Et donc, si je priais, je croyais! Je priais Marie. Elle était devenue importante. D’ailleurs, on prie plus qu’on ne le pense, car ne dit-on pas souvent : “Je vous en prie, je vous prie de bien vouloir?…” »

« Noëlle a été guérie. Mais après la guérison, dit-il, on n’arrête pas de prier. Seulement, on ne dérange pas Dieu pour des choses subalternes. On prie pour des choses importantes. Je considère qu’on est trop petits pour regarder Dieu dans son immensité. Ce que nous savons est minuscule par rapport à l’univers. On n’a pas assez de connaissance pour appréhender l’univers. On est donc condamnés à croire. Il reste l’espérance – une foi – la spiritualité – l’amour. L’espérance, c’est de l’espoir qui marche. Et la foi, c’est aussi de l’espérance, parce qu’elle arrive au moment où tout semble perdu! La foi, c’est faire confiance à quelque chose qui nous dépasse, nous échappe. C’est le “lâcher-prise”. L’Amour, c’est quelqu’un qui vous aime, c’est quelqu’un qui vous a à sa merci et n’en profite pas. » Ne serait-ce pas là une phrase à placer dans tous les lieux où les relations humaines se tissent au fil des jours et des événements?

Sa vision de Dieu? « Dieu n’est pas tout-puissant, dit-il simplement. Et s’il l’était, que resterait-il de notre libre arbitre? S’il ne fait pas ou ne change pas les choses, c’est probablement qu’il ne le peut pas. Il a probablement des règles à respecter. Mais qu’est-ce que vous voulez que Dieu fasse?, dit-il. Ressusciter le bébé qui vient de mourir? Envoyer des médicaments en Afrique pour contrer l’Ebola? Enlever tout ce qui est de la nature humaine? »

Yves Duteil voit large, profondément et grand. Dans cet entretien, il nous fait découvrir une vision qui donne l’envie de s’atteler à la tâche de la construction de ce monde. Selon lui, « la démocratie, la liberté et les droits de l’homme sont bien imparfaits… mais on avance, millimètre par millimètre. La démocratie n’est pas la meilleure façon de faire, mais c’est la moins pire ». Il présente une vision assez optimiste de l’être humain : « Des personnes ont sauvé des juifs pendant la guerre; de nombreux bénévoles offrent leur temps et leur argent. Des chercheurs donnent leur vie pour éradiquer un virus mortel. »

Et lui qui est homme de communication par sa musique et ses écrits ne peut s’empêcher de terminer en disant : « On vit dans un monde de communication qui ne communique pas… comme on ne touche plus. Mais il n’en demeure pas moins qu’il croit qu’un simple regard peut changer la vie! »

Il raconte volontiers que « les artistes sont là pour pointer du doigt la beauté : ce sont les artistes qui nous transmettent l’émotion des choses ». Et si nous demandons d’où il tient son inspiration, il répondra : « Jeune, j’ai touché le piano. Voilà pour la musique… Et ma mère faisait des mots croisés. Voilà pour la langue! » À nous maintenant de laisser vivre l’artiste qui se cache ou se réveille au-dedans de nous. À nous de nous faire attentifs et attentives à « l’émotion des choses » parce que ces choses sont les plus importantes : elles nourrissent la Vie.

1. À Québec et à Montréal.

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