L’Ecclésiole « Franglican »

Les cloches ont beau sonner, les églises sont vides. Alors l’audace que donne l’Esprit en a poussé certains à sortir à la rencontre du monde. Voici les premiers pas de ce nouveau sentier.

« Encore une belle rencontre hier soir autour des Épîtres de Jean. Avec entre autres un délicieux pain de Pâques préparé par Violet, nous nous sommes séparés après un rassemblement autour du piano offert par Edouard, en accompagnant Yves dans le répertoire de Robert Lebel. Prochain rendez-vous : le mercredi 25 avril. » Ainsi était résumée, sur leur page Facebook, la rencontre de cette petite communauté anglicane francophone. Depuis l’automne 2011, une dizaine de personnes font partie de ce nouveau style de rassemblement qui se veut un lieu d’échange et de fraternité pour ceux et celles qui ont pris leur distance des Églises, qui y ont été blessés ou qui ont tout simplement faim de fraternité et de la parole de Dieu. C’est ouvert à tous et toutes. La formule est appréciée : « C’est un endroit où on peut parler librement, sans risque de se faire convertir », affirme un participant.

Les rencontres se déroulent à la maison culturelle Île de Garde, propriété de Marie-Christine Chassot de Florencourt, à Sherbrooke, et débutent par un repas partagé afin de créer des liens, comme Jésus faisait en son temps avec ses amis. « Deux fois par mois, les participants se parlent de leur vie, de leurs projets et difficultés, puis échangent sur la Parole et ce qu’elle suscite dans leur vie. L’animation est partagée entre hommes et femmes pour éviter que cela devienne l’affaire du curé », dit le révérend Yves Samson, prêtre de l’Église anglicane qui a démarré le projet avec trois autres personnes à la suite d’une demande de son évêque, monseigneur Dennis Drainville. Lors d’un synode diocésain, ce dernier lui a proposé de tracer de nouveaux sentiers dans un format simple et souple, en dehors des structures traditionnelles.

La lumière a jailli lors d’une conférence de la pasteure Lytta Basset, lors des Assises de la spiritualité tenues à Québec en août 2011, qui a fait référence aux ecclésioles1. Le révérend Samson rapporte ainsi les événements : « L’été précédent, Violet Konrad et Edouard Lebeau nous accueillaient, Marie-Christine et moi, à leur table. Nous songions déjà à organiser un groupe où pourraient se retrouver des gens venus de tous les horizons afin de partager autour de la Parole. Cette idée se voulait une manière de mettre en action cet appel de notre évêque à travailler « hors les murs » de nos églises. Mais l’allumage est venu des paroles inspirantes de cette femme extraordinaire, Lytta Basset, pasteure de l’Église réformée de Suisse, qui parlait de cette Église en version modèle maison, l’ecclésiole, lors des Assises. Ce jour-là, l’Esprit a soufflé fort. »

« Dans l’approche anglicane, il n’y a pas d’enseignements fermés, dogmatiques. Personne n’a le monopole de la vérité et la parole d’une personne laïque a autant d’importance que celle du prêtre », affirme mon interlocuteur. Il poursuit : « Être anglican, c’est une manière d’être, de vivre et de se situer en frères et soeurs universelle. Le message de l’Évangile est plus d’actualité que jamais. Le monde a son intérêt tourné vers l’argent. Tout pour l’individu. L’Évangile nous tourne vers le bien commun, une société où tous peuvent avoir leur place. Alors, être chrétien, ce n’est pas d’abord venir à l’église et suivre des règles, mais prendre position dans ce monde au nom de l’Évangile et agir en conséquence. Nous avons ainsi le privilège de participer à l’oeuvre de Dieu, d’être ses collaborateurs. »

Les églises sont vides, constate Yves Samson. Sonner les cloches pour convoquer les chercheurs et chercheuses de Dieu ne donne rien. Comme cela s’est passé lors de la transfiguration de Jésus, il faut descendre de la montagne vers la vallée, sortir des routes balisées, pour rejoindre le terrain où le monde marche. D’ailleurs, l’invitation qui nous sert de motivation de base est très claire dans le livre de l’Exode (14, 15) : « Cessez de crier après moi et mettez-vous en marche! » C’est ce que fait l’Église anglicane avec le projet des Ecclésioles franglicans.

1. Du mot latin ecclesiola qui veut dire « petite assemblée, petite église ». Une Ecclésiole est une petite église domestique qui permet aux chrétiens et chrétiennes de se réunir dans une maison pour nourrir la foi.

Sur Internet

Pour en savoir davantage, consultez la page Facebook « Franglican » et le site www.iledegarde.com.

Coordonnées

Maison culturelle Île de Garde
576, rue Prospect
Sherbrooke (Québec)
819 437-9009
iledegarde@bell.net

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