Le silence

« Il y a beaucoup de silence dans ce film », confie Émond. Des silences qui traduisent l’aphonie des sans-voix, et qui révèlent aussi le mutisme de Dieu devant la misère humaine. Un texte de Bernard Émond.

Il y a beaucoup de silence, dans ce film. Gilles et Réjeanne sont, littéralement, des sans-voix, des petites gens dont la parole ne compte pas. Tous deux deviennent muets : Gilles, à cause de sa maladie, et Réjeanne, qu’on fait taire lorsqu’on lui enlève son emploi de téléphoniste, puis qui finit par rejoindre volontairement son mari dans un mutisme obstiné.

Il y a aussi le silence de Dieu. Lorsque Réjeanne se réfugie dans une église et qu’elle s’agenouille dans un geste dont on ne sait pas s’il est un geste d’humilité ou de défi, Dieu ne répond pas : Gilles continue à sombrer, jusqu’au dénouement fatal. Et pourquoi Dieu répondrait- il, alors qu’il s’est tu devant tant de massacres et d’injustices tout au long de l’histoire humaine? Mais alors, comment croire, devant ce silence?

Pourtant, à la dernière image du film, Réjeanne, cette femme brisée, retrouve la parole pour dire « Mon Dieu, aidez-moi. » C’est là que, véritablement, elle espère contre toute espérance. Elle sait peut-être que sa prière ne sera pas exaucée et que, si Dieu existe, il continuera à se taire. Mais elle veut vivre. Là est toute son espérance.

Pour Simone Weil, l’espérance consiste à écouter le silence de Dieu, dans une attention au monde qui permet d’être vraiment sensible à la beauté comme à l’horreur et d’entendre à la fois le cri merveilleux des oies qui s’envolent et celui des enfants qu’on tue. Peut-être a-t-elle raison et trouve-t-on, dans le silence de Dieu, la trace de l’Autre. Mais peut-être a-t-elle tort et sommes-nous vraiment, irrémédiablement, complètement, seuls. Il ne nous resterait alors que la charité, dans la noirceur du monde.

Je sais une chose du troisième film de la trilogie : la charité est ce qui reste quand il ne reste plus rien.

Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
Paul Éluard, L’amour la poésie

Bernard Émond
Mai 2007

Texte tiré du dossier de presse du film Contre toute espérance

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