Le sentier cinématographique

Au-delà des sujets religieux, n’est-ce pas l’ensemble de la démarche cinématographique et cinéphilique qui a quelque chose du « sentier de foi »?

Tenir un festival de cinéma religieux et humaniste au Québec peut être interprété comme un geste de réconciliation. Dès ses débuts, le cinéma a eu maille à partir avec l’Église catholique. N’ayant pu empêcher l’ouverture de la première salle au Québec – non par faute d’avoir essayé –, l’épiscopat catholique récupéra et encadra le phénomène, notamment par le développement d’un réseau de salles paroissiales et en s’assurant de la mise en place d’un bureau provincial de la censure.

Lien de parenté entre cinéma et religion

Les tensions entre religion et cinéma tiennent au fait qu’ils habitent le même territoire, qu’ils sont rivaux tout en ayant des airs de famille. L’un et l’autre parlent de l’imaginaire. L’un comme l’autre sont des lieux où l’on tente de fabriquer du sens. Dans le silence de la salle, comme dans celui de l’église, on se trouve hors de son quotidien, hors du temps pour entrer dans un Autre temps. En se laissant absorber par des images, on se trouve projeté dans un univers étranger et il arrive d’être à ce point intégré dans une dramatique que l’on sursaute, que l’on soit horrifié, que l’on soit dégoûté, que l’on rie et que l’on pleure. Bref, on vit l’histoire, on joue le jeu à tel point que l’on oublie celui des acteurs.

On donne ainsi crédit à une autre voix (ou voie) que la nôtre pour dire l’humanité, la souffrance, la mort, l’absolu. N’est-ce pas ce qui cause ce sentiment étrange, à la sortie d’une projection qui fut véritable rencontre, d’avoir pendant quelques minutes fugué de notre propre vie? Comme dans tout art, il y a dans le septième des indices de transcendance qui lui donnent une véritable force de conversion. D’un visionnement de film, on peut ressortir transformé. On peut y avoir vécu une metanoia, un changement de façon de penser et de concevoir la vie. Un film peut permettre un autre type de rapport au monde, pour le meilleur ou pour le pire. Il peut en effet servir la vie comme mener à la mort, sans égard d’ailleurs aux « étiquettes », certains films religieux de propagande pouvant devenir particulièrement aliénants.

La quête d’un sensus fidei

Au-delà des sujets religieux abordés par certains films, n’est-ce pas l’ensemble de la démarche cinématographique et cinéphilique qui a quelque chose du « sentier de foi » par le fait qu’elle bricole de l’imaginaire pour tenter de faire émerger du sens? Dans cette perspective, il devient nécessaire que la rencontre avec le cinéma ne se fasse pas uniquement dans la retraite qu’offrent les salles, mais qu’elle soit reprise dans la parole partagée. Le visionnement solitaire et silencieux peut éprouver tout son sens dans la discussion. Il s’agit de mener un travail collectif de défrichage et de déchiffrage qui n’a rien de la censure ou du contrôle. Tout simplement ne pas être seul pour recevoir une histoire en images afin que, par la périlleuse prise de parole, se développe le sens critique et que s’opèrent les discernements.

Tout comme la liturgie n’épuise pas Dieu, le cinéma ne dit pas tout du réel, mais construit des réalités. S’il n’y a pas de religieux sans une forme de communauté et de recherche d’un sensus fidei, ne devrait-il pas en être de même pour le cinéma? Ainsi, un festival de films religieux et humanistes peut être ce lieu qui évite que l’on se perde, submergés par le flot des images et des réalités. Les « cinédiscussions » en tous genres ne sont-elles pas de formidables occasions pour dire nos angoisses et nos espoirs, pour saisir les signes des temps et incarner la Parole au cœur du concret de nos vies?

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