Le monde va bien : une litanie de l’espérance

« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir », disait Matisse. Cela ne va pas de soi. L’espérance est un exercice de courage qui mise sur les gestes anodins, sur les menues fleurs qui poussent à l’ombre des panneaux-réclames.

Il y a des jours où il est difficile de croire. De croire qu’il pousse des fleurs malgré les dépotoirs. Mais le monde pourrait-il aller mieux qu’on pense, contrairement à l’idée reçue? Cette assertion, j’ose le penser, est plus proche de la vérité qu’on ne veut bien l’imaginer. En fait, n’est-il pas temps de s’insurger devant la morosité générale? Aujourd’hui, l’espérance est une manifestation de courage, un exercice de résistance du regard devant un écran cathodique qui obstrue souvent la vue. Dans une société de l’apparence, les images qu’on bombarde martèlent notre cerveau, y impriment de mauvais plis. Pas étonnant que le bilan que l’on fait du monde ne soit pas rose. À mon avis, pour bien voir, il faut s’exercer à regarder au-delà de l’écran, à voir ce qui pousse à l’ombre des panneaux-réclames, à écrire ses propres nouvelles. Nos images personnelles et nos rêves en ont besoin. Quand on y regarde à deux fois, on peut découvrir qu’un courant souterrain mais puissant est en train d’éclore…

Il faut s’y résoudre : les bonnes nouvelles ne font pas bonne presse. Pourtant, notre monde regorge d’initiatives prometteuses, réalistes et éprouvées qui sont autant de manifestations de créativité, une faculté salutaire, de nature divine, qui est le propre d’une humanité en pleine possession de ses moyens. Depuis longtemps, je me suis promis d’en faire une litanie, comme une louange à la vie. Une litanie qui à force de répétition pourrait forger nos esprits de visions positives. Qui devrait être reprise dans toutes les églises, tous les hôtels de ville et tous les parlements du monde. Question de « reformater » nos neurones et de rappeler le pouvoir des petits gestes, des initiatives qui font les choses neuves. Vous me pardonnerez : mon regard s’attardera aux initiatives vertes. C’est mon optique à moi, celle qui vient remuer mes entrailles. Mais il y a fort à parier qu’en explorant d’autres domaines, l’exercice serait tout aussi probant. Voici donc cet essai de litanie :

Souci accru des enjeux écologiques dans les médias.

Aux nouvelles, il n’est plus rare d’entendre parler, entre autres, des effets des changements climatiques. On y a mentionné récemment les conclusions du rapport du GIEC1 sur les liens étroits qui existent entre activités humaines et réchauffement. En 1992, un rapport semblable, intitulé World Scientists’ Warning to Humanity, était passé inaperçu.

• Des émissons traitent de questions vertes.

Je pense aux dossiers présentés par Découverte, à Radio-Canada, à propos du réchauffement climatique : du jamais vu! On note aussi la diffusion d’émissions originales telles que La vie en vert et Les compagnons du rebus global qui font voir avec ingéniosité et intelligence les autres voies possibles (www.telequebec.tv).

• Des sites proposent des pistes concrètes.

Le site Novae, qui se donne pour mission « d’aider les professionnels à adopter de nouvelles pratiques d’affaires, à la fois performantes et respectueuses des individus et de l’environnement », publie une newsletter hebdomadaire qui constitue un véritable journal de bonnes nouvelles (www.novae.ca); de même, une entreprise sociale, Éthiquette, se donne pour objectif de « guider le consommateur consciencieux dans sa quête d’alternatives qui ne portent pas atteinte à l’environnement et contribuent à l’amélioration des conditions sociales » en faisant connaître des produits équitables et issus d’entreprises éthiquement responsables. (www.ethiquette.ca).

• Des entreprises posent des gestes inédits.

Des entreprises telles Volvo, General Electric et Alcan s’unissent pour demander aux gouvernements d’agir pour lutter contre les changements climatiques (Novae). De même, Desjardins, avec son Défi relevé vert, s’engage à planter 100 000 arbres dès le printemps 2007 en lien avec le Jour de la Terre. Telus s’engage à planter des millions d’arbres aussi, un pour chacun de ses clients sans fil qui passera de la facture papier à une facturation électronique.

• Des actions de sensibilisation suscitent de l’intérêt.

La Semaine de la lenteur, en janvier dernier (www.slowdownweek.org), la Semaine sans télé, du 23 au 29 avril prochain (www.tvturnoff.org), la Journée sans achat, en novembre (www.buynothingday.org) sont autant d’occasions qui questionnent notre mode de vie axé sur la consommation et nous proposent de redécouvrir des avenues où l’humain est aux premières loges.

• Des organismes verts mobilisent les citoyens.

Les différentes campagnes menées par des organismes comme Équiterre (www.equiterre.org) et Eau secours! (www.eausecours.org) sont de plus en plus considérées par la population. Aussi, un premier centre de spiritualité écologique, Terre sacrée, est né au Québec en 2006. (www.centreterresacree.org).

• Des livres mettent de l’avant des solutions.

Le livre Worldchanging2 est né d’une initiative lancée sur un blogue afin de récolter les meilleures solutions pour résoudre les problèmes qui menacent notre monde. (www.worldchanging.com) Ce fut un tel succès qu’on en a fait un livre : une véritable bible du développement durable. Du côté français, le livre 80 hommes pour changer le monde3 présente autant de personnalités, hommes et femmes de tous continents, qui ont bâti des entreprises alternatives prometteuses, et qui fonctionnent!

• Un film sur le réchauffement climatique remporte un oscar.

Le documentaire Une vérité qui dérange, qui a connu un large succès, reprend la conférence d’Al Gore, qui a fait le tour du monde pour sensibiliser la population à l’impact des changements climatiques. Ce prophète des temps modernes nous convainc de l’urgence de la situation. En finale, le film propose des solutions concrètes pour renverser la vapeur (www.takepart.com/an-inconvenient-truth).

• Des magazines tracent des voies d’avenir.

La revue L’Actualité a fait paraître, dans un numéro spécial en janvier dernier, le dossier Courage, rêvons présentant « 30 idées qui vont tout changer 30 Québécois qui font une différence ». Aussi, une revue américaine – Yes – se consacre au développement durable et à la création d’un monde plus juste et humain. (www.yesmagazine.com)

• Des initiatives personnelles ont un impact.

Une dame de L’Ancienne-Lorette, outrée de l’exploitation éhontée des sables bitumineux de l’Alberta, véritable catastrophe écologique en puissance, a fait circuler parmi les gens de sa paroisse un modèle de lettre à écrire au député pour les inviter à manifester leur mécontentement. Aussi, les sacs réutilisables augmentent en popularité. Cette initiative personnelle de milliers d’individus fait boule de neige et incite les commerces à proposer leurs propres sacs. Impensable il y a quelques années.

• De nouveaux produits écologiques font leur apparition.

La gamme de produits québécois Bio-Vert (www.bio-vert.com) est maintenant disponible dans certaines grandes surfaces (IGA, Loblaws). Elle offre savon à vaisselle, détergent à lessive, gel pour lave-vaisselle, etc., produits entièrement biodégradables et tout à fait sains pour nos eaux. La compagnie québécoise La Parisienne vient de mettre en marché un détergent à lessive biodégradable en 28 jours, répondant ainsi aux normes de l’OCDE (www.laparisienne.ca). Il y a 2 ans, ce genre de produits étaient difficiles à trouver.

Et chacun pourrait poursuivre sa propre litanie. Ça éclate de partout, et les croyants n’y sont pas pour rien. Bien sûr, on peut m’accuser de naïveté ou d’optimisme excessif. Je sais : les guerres, etc. Mais en temps de crise, n’est-ce pas le temps de retrousser les manches? Fermons les vannes des mauvaises nouvelles. Non pas pour faire l’autruche mais pour laisser la place à d’autres voies plus subtiles, moins pétaradantes. Dieu ne se manifeste-t-il pas dans la brise plutôt que dans la tempête? Le réel changement ne fait pas de grosses vagues. À mon avis, les transformations profondes s’installent peu à peu dans les consciences et les cœurs. Sinon, il ne sont que tsunamis ou raz-de-marée! Toutes ces menues initiatives, comme autant de lueurs d’espoir dans l’obscurité, sont autant de résurrections discrètes mais réelles comme un souffle chaud et réconfortant. L’être humain sait faire preuve de résilience. « Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde », disait Gandhi.

Que Pâques transforme notre regard et nous donne l’élan de faire resurgir l’espoir devant les forces désespérantes! Voilà ma prière. Voilà ma foi en la Vie. Que Pâques éclose!

1. Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé par deux organismes de l’ONU.

2. Le livre Worldchanging A User’s Guide for the 21st Century nous donne un aperçu des meilleures solutions, parmi les plus innovatrices, pour résoudre les grands problèmes qui menacent notre monde. Rempli d’idées, de solutions et d’histoires, Worldchanging vous fournit les outils dont vous avez besoin. Si vous voulez consommer de façon plus responsable, contribuer à améliorer votre communauté de vie, combattre la pauvreté et la maladie ou créer une entreprise éthiquement responsable, vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour vous mettre en route. New York, Abrams, 2006, 600 p. En anglais seulement.

3. Imaginez un monde... où une banque permet aux trois quarts de ses clients de se sortir de l’extrême pauvreté tout en étant parfaitement rentable... où un hôpital soigne gratuitement deux patients sur trois et fait des bénéfices... où les emballages sont biodégradables et nourrissent la terre au lieu de la polluer. Ce monde existe. Les auteurs de ce livre l’ont exploré. Ils ont parcouru la planète à la recherche de ces entrepreneurs exceptionnels. Loin du fatalisme ambiant, ces hommes et ces femmes ont réussi à construire le monde dont ils rêvaient au lieu de subir celui qui existe. DARNIL, Sylvain et Mathieu LE ROUX, 80 hommes pour changer le monde Entreprendre pour la planète, Livre de poche, 2005. Prix littéraire des Droits de l’Homme 2005.

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